LA politique étrangère d’un pays appartient au temps long et ne peut pas changer au gré des jours ou selon les desiderata d’un parti politique ou d’un autre. Elle reflète les politiques d’un Etat et non pas des gouvernements successifs, de ses institutions ou de ses partis. Certes, les médias, la société civile sont des acteurs qui peuvent jouer un rôle pour amplifier la voix de la Tunisie ou pour prendre position contre l’attitude de notre pays sur un dossier, mais cela reste du domaine de la diplomatie parallèle qui, même si elle représente une gêne pour le régime en place, ne lui fait endosser aucune responsabilité. Mais quand c’est le président du Parlement qui s’emmêle les pinceaux et interfère dans la politique étrangère de notre pays, c’est une usurpation de pouvoir qui peut nuire  grandement à la nation. En effet, il est permis au président du Parlement, au Chef du gouvernement de s’exprimer sur une question internationale si celle-ci s’aligne sur la position officielle du Chef de l’Etat à qui la Constitution a délégué le pouvoir de veiller aux relations internationales de la Tunisie. Mais  si  l’activisme de l’un ou de l’autre dans les affaires internationales de la Tunisie relève d’un changement de position sur un dossier aussi brûlant que celui de la question libyenne, c’est un changement majeur de style en politique étrangère,  dans sa substance et dans ses grands axes d’action extérieure qui peuvent nuire aux intérêts de la nation.

De ce fait, en remontant les bretelles à Rached Ghannouchi dans son discours de vœux à l’occasion de l’Aïd El Fitr, le Chef de l’Etat, Kaïs Saïed, n’a fait que rappeler à ce dernier que la politique étrangère est encore un domaine réservé à la présidence de la République et que cette initiative de féliciter Fayez El Sarraj pour la reprise de la base d’El Watiya est une action réflexive mais pas réfléchie qui prête à une certaine confusion sur les intérêts nationaux. En voulant jouer au « poil à gratter » des relations internationales tunisiennes, Ghannouchi s’est encore une fois fourré le doigt dans l’œil. Mais ce qui est davantage problématique, une nouvelle fois, c’est l’image que l’on cherche à donner de notre pays : une Tunisie à plusieurs têtes. C’est qu’en se plaçant, d’une manière plus soutenue, dans un axe international, Ennahdha a fait ce choix déjà perceptible tout au long de ces dernières années. Mais cela était à peine acceptable en tant que parti politique. N’empêche, les dommages collatéraux de son immixtion dans la politique étrangère de notre pays par le biais de son président, qui porte en même temps la casquette de président du Parlement, peut conduire les relations avec nos voisins à la dérive.

Et même si cette ingérence directe dans les affaires diplomatiques avait été atténuée par le discours du Président de la République, la dimension symbolique de la politique étrangère tunisienne fondée sur le principe de la non-interférence dans les affaires internes des pays frères et amis en sortira fortement altérée, surtout lorsqu’on mesure les effets qui pourraient découler de tels agissements irresponsables.

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