Quand on évoque le handball tunisien, l’icône emblématique reste toujours le doyen des clubs tunisiens, l’Espérance Sportive de Tunis, avec ses 31 titres de championnat, 26 coupes, 5 coupes arabes et 6 trophées africains. Et pour faire partie du gotha des joueurs de gloire de ce grand temple du handball tuniso-arabo-africain, il faut être d’un mérite sans pareil. C’est bien le cas de notre choix du jour : Zouheïr Khénissi, ce lutin d’ailier droit des années quatre-vingt, dont le nom figure parmi les meilleurs produits de tous les temps de notre handball.

C’est toujours avec un sentiment de consternation de constater que nos chaînes de télévision aussi nombreuses soient-elles, et à leur tête la chaîne nationale «boudent» l’histoire de notre sport national qui est truffée de leçons, de beauté et de valeurs, qui méritent d’être racontées et retransmises. En boucle même !
Le handball est parmi les rares sports ayant ramené de nombreuses satisfactions à la Tunisie.
Son histoire mérite d’être narrée de temps en temps surtout à travers le témoignage de ses grandes figures.
Notre contribution est de vous faire connaître (pour les jeunes) et revivre des souvenirs savoureux vécus par Zouheïr Khénissi, le grand ailier droit de l’Espérance et de l’équipe nationale, dont la carrière parmi les seniors s’est étalée sur une période de 16 ans (de 1978 à 1994) avec un bail très respectable comme international long de neuf ans (de 1983 à 1991).
Pour ceux qui ne le connaissent pas, Zouheïr dépasse à peine 1,70 mètre, ce qui est relativement peu imposant pour un handballeur. Seulement pour un ailier, ce n’est pas handicapant.
Cela se doit d’être compensé par une bonne technique et une grande vélocité. Ce qui est le propre de notre invité d’aujourd’hui.
Zouheïr faisait vibrer la foule avec ses feintes déroutantes sur la partie gauche du parquet et ses gestes techniques à la fois spectaculaires et payants, puisqu’il lui est arrivé de terminer ses matches en étant le meilleur buteur.
Ses «roucoulettes» couronnant ses contres et sa souplesse hors du commun le placent historiquement parmi les deux ou trois meilleurs ailiers de tous les temps en Tunisie.
C’est d’ailleurs pour toutes ces raisons que le nom de Zouheïr Khénissi est cité parmi la crème de la crème des handballeurs de l’Espérance, dont entre autres Faouzi Sbabti, Mounir Jelili, Naceur Jeljli, Khaled Achour, Hechmi Razgallah, Karim Zaghouani, Moncef Hajjar, Mohamed Madi, Wissem Hmam, Moncef Besbès, Habib Yagouta et la liste des ténors «sang et or» nécessite des pages entières pour être complétée.
C’était du temps où le sport de la petite sphère drainait la grande foule à chaque match. Et Zouheir de nous en dire davantage à ce propos : «En effet le handball de notre époque n’avait rien à envier au football. C’était un sport adulé par le grand public dans plusieurs régions du pays. Tous les matches phares se jouaient à guichets fermés dans toutes les contrées de la Tunisie. C’est vous dire l’engouement que suscitait le handball chez ses férus. Et quand je vois aujourd’hui que les derbies de la capitale se jouent souvent en présence d’un public juste moyen, voire peu nombreux, je ressens un vrai pincement au cœur. Avant, pour un derby entre l’Espérance et le CA, on était toujours certains de constater que les gens qui restaient hors du Palais des Sports représentaient le double de ceux qui étaient à l’intérieur de la salle qui était tout le temps pleine comme un œuf. Je n’arrive vraiment pas à trouver une explication plausible à ce changement qui frôle la désolation».

«Les titres, notre seul souci»
A vrai dire, Zouheïr Khénissi connaît parfaitement les raisons de ce phénomène, puisqu’il va parler des conditions optimales qui étaient bien réunies dans la gestion de nos clubs.
Pour lui, «il y avait d’abord la soif des titres qui caractérisait tous les joueurs, que ce soit à l’EST, ou au CA en particulier.
Et même chez les autres clubs, on était toujours animé par une forte rage de défi et de dépassement de soi. C’est ce qui rendait la plupart des matches palpitants, disputés et très spectaculaires. Il y avait en plus une gestion exemplaire qui était impérativement confiée à des responsables méritants qui connaissaient parfaitement le handball de bon niveau et ses exigences. Ce qui n’est plus le cas aujourd’hui, même dans les clubs huppés».
Les handballeurs jouaient pour se faire plaisir et pour en donner à ceux qui venaient les voir à l’œuvre. Et c’était tout ! Pour preuve, la mutation d’un club à l’autre pour des raisons financières était rare.
L’amour du club primait. «La veille d’un derby, je ne dormais pas ni mangeais comme l’exigeait ma condition de sportif. Et cela explique tout, car mes coéquipiers et moi-même ne vivions que pour la gagne et les titres».
Les titres, Zouheir Khénissi en a remportés un grand nombre.
«Effectivement je n’arrive plus à les compter, mais je sais que j’ai épinglé six doublés tout au long de ma carrière. Et c’est tout à mon honneur. Même avec l’équipe nationale j’ai vécu des moments inoubliables surtout avec notre médaille d’or glanée aux Jeux panarabes de Rabat en 1987. En revanche, quelques dates me sont restées en travers de la gorge, tels que nos ratages africains en finale contre l’Algérie en Angola (1985) et en demi-finale au Maroc contre l’Egypte en 1987. Comme quoi les souvenirs ne sont pas toujours gais. Il y avait parfois des désillusions à vivre. C’est ça le sport».
«Sbabti, Razgallah et Abassi, des monstres sacrés»
On sait tous que malgré vents et marées, la Tunisie reste la plus titrée en Afrique en matière de handball car ses joueurs sont très doués et la tradition de ce sport est bien enracinée chez nous. En témoignent nos dix couronnes africaines remportées entre 1974 et 2018 (contre 7 pour l’Algérie et 6 pour l’Egypte). Mais quelles sont les stars légendaires de ce sport en Tunisie aux yeux de Zouheïr Khénissi ? «Eh bien, c’est très difficile de pouvoir répondre à cette question, car le risque de léser certains est énorme. Mais, quand même, je peux vous citer quelques-unes de nos gloires qui m’ont marqué spécialement par leur talent et par leur côté humain formidable. Il y a Faouzi Sbabti, l’homme à la double suspension, Hachemi Razgallah, l’ailier et l’entraîneur à la grande culture sportive, le bras Samir Abassi et les deux gardiens magnifiques Moncef Besbès et feu Habib Yagouta.
J’aimerais aussi mentionner les noms des deux illustres entraîneurs Saïd Amara et Sayed Ayari qui ont marqué l’histoire du handball tunisien». Pour terminer, rappelons que Zouheïr Khénissi n’a jamais rompu avec son idylle handballistique, puisqu’après sa riche carrière de grand joueur, il fait monnayer un diplôme de deuxième degré en tant qu’entraîneur. Il a roulé sa bosse sous plusieurs cieux : Bizerte (CAB), USBen Arous, EST (jeunes), Arabie Saoudite (Ennejma), Qatar (Gharrafa), Libye, etc.
Entretien conduit par
Amor BACCAR

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