Les États-Unis ne possèdent pas de base dans le sud tunisien mais certains « indices » laissent supposer une présence militaire durable, d’après les observateurs, ce à quoi l’Africom a tenu à répondre en précisant, par le biais d’un communiqué remis aux médias, que l’annonce d’une présence militaire américaine en Tunisie concerne une « petite unité de formation dans le cadre d’un programme d’assistance militaire à la Tunisie et non de forces de combat ». L’Africom ajoute qu’il est important de comprendre les besoins potentiels et de rechercher toujours de nouvelles approches de coopération dans le cadre d’un dialogue permanent entre les deux parties.

Comme attendu, la Tunisie se retrouve, encore une fois, embourbée dans le chaos libyen ou plutôt dans les jeux des alliances géostratégiques qui se dessinent autour du conflit entre les deux principaux rivaux, le Maréchal Khalifa Haftar, chef autoproclamé de l’armée nationale d’un côté et Faiez Essaraj, chef du gouvernement d’union nationale, qui jouit de la reconnaissance de l’ONU. L’implication de la Russie d’un côté et de la Turquie de l’autre, l’allié encombrant, mais incontournable de l’Otan et qui ne cache plus ses ambitions hégémoniques, a conféré une dimension  régionale au conflit. Du coup, notre pays se retrouve,  malgré lui, impliqué dans cette situation de belligérance et les rumeurs vont bon train autour de la présence de « forces américaines » dans le sud tunisien. Des rumeurs que l’Etat, soucieux de préserver sa souveraineté et son intégrité territoriale, a démenties catégoriquement.

En octobre 2016, c’est le quotidien américain le Washnigton Post qui a lancé un pavé dans la mare en annonçant que « le Pentagone a secrètement élargi son réseau mondial de bases de drones en Afrique du Nord, en déployant des avions sans pilote et du personnel militaire américain dans une base en Tunisie afin d’effectuer des missions d’espionnage en Libye ».  Le quotidien ajoute que ces drones  « ont joué un rôle-clé dans l’offensive américaine aérienne contre le bastion de l’État islamique en Libye ».

 

En fait, cette information se rapportant à l’implantation présumée d’une base militaire américaine à Remada dans le sud du pays a été relayée par certains médias suite à des discussions entre le général David M. Rodriguez, patron de l’Africom (Commandement des États-Unis pour l’Afrique) à cette époque et le chef du gouvernement, Ali Laârayedh. Toutefois, les démentis officiels apportés à ces allégations émanant du ministère de la Défense publiés en 2013 comme en 2016 sont venus lever toute équivoque à ce propos. Ceci n’exclut pas pour autant  le raffermissement des liens entre notre pays et l’Africom en cette période où le bruit de bottes se fait ressentir à nos frontières.

C’est dans le contexte très tendu d’une confrontation qui ne fait que se confirmer entre les parties belligérantes et d’un assaut final impactant la situation militaro-sécuritaire à nos frontières  que la question de la coopération militaire entre la Tunisie et les Etat-Unis d’Amérique resurgit aujourd’hui, comme en témoigne l’entretien téléphonique qui a eu lieu jeudi dernier, 28 mai 2020, entre le ministre de la Défense nationale, Imed Hazgui, et le chef du Commandement des États-Unis pour l’Afrique, Stephen J. Townsend .

Mais comme attendu, cet entretien n’a fait qu’alimenter les rumeurs autour des réelles intentions de la partie américaine d’autant plus que les Etats-Unis « envisagent de dépêcher une brigade pour une assistance à la sécurité en Tunisie évoquant des inquiétudes concernant l’activité russe en Libye », selon  l’agence de presse Reuters. « La Russie continue d’alimenter les flammes du conflit libyen et la sécurité régionale en Afrique du Nord suscite de plus en plus d’inquiétudes. Les Etats-Unis examinent avec la Tunisie de nouveaux moyens pour répondre aux problèmes de sécurité communs, y compris le recours à une brigade américaine », explique le  chef de l’Africom, selon la même source.

Tunisie-USA, un même discours concordant

Les États-Unis ne possèdent pas de base dans le sud tunisien mais certains « indices » laissent supposer une présence militaire durable, d’après les observateurs, ce à quoi l’Africom a tenu de répondre en précisant par le biais d’un communiqué remis aux médias que l’annonce d’une présence militaire américaine en Tunisie concerne une « petite unité de formation dans le cadre d’un programme d’assistance militaire à la Tunisie et non de forces de combat ». L’Africom ajoute qu’il est important de comprendre les besoins potentiels et de toujours rechercher de nouvelles approches de coopération dans le cadre d’un dialogue permanent entre les deux parties.

Même discours concordant du côté de notre ministère de la Défense nationale qui a insisté, pour sa part, sur l’importance de la coopération tuniso-américaine dans le domaine militaire dans une atmosphère de confiance mutuelle pour soutenir les capacités opérationnelles de l’armée nationale. Le commandant américain a été même invité à visiter la Tunisie et les deux parties se sont mises d’accord  pour la reprise des exercices conjoints qui ont été reportés en raison de la situation sanitaire exceptionnelle.

Le spectre d’un mémorandum qui ressurgit

Pour rappel, un mémorandum d’entente entre la Tunisie et les Etats-Unis a été signé le 20 mai 2015 par le conseiller politique auprès du président de la République, Mohsen Marzouk, et le secrétaire d’Etat des Etats-Unis, Jhon Kerry, en marge de la visite de l’ancien président feu Béji Caïd Essebsi aux Etats-Unis. Il prévoit notamment une étroite collaboration entre les deux pays fondée sur la coopération sécuritaire, le progrès économique, la consolidation des acquis démocratiques et la coopération stratégique entre les deux pays. Le mémorandum prévoit également une aide des Etats-Unis pour la mise en place des réformes nécessaires en vue de renforcer la sécurité et la stabilité pour un futur prospère en Tunisie. Ce mémorandum a suscité une grande polémique à cette époque puisque, pour certains, il met en cause la souveraineté de l’Etat tunisien. Les mêmes craintes resurgissent aujourd’hui provoquant les mêmes critiques.

Se sentant visé, Mohsen Marzouk, secrétaire général du parti Machrou Tounès, a publié avant-hier un statut dans lequel il a exprimé son refus à la présence de forces de combat ou de soutien sur le sol tunisien. Il a rappelé que le mémorandum en question se limite à la coopération dans les domaines sécuritaire, économique et scientifique en général  et a exprimé à la fin que le refus de la présence militaire étrangère ne signifie pas pour autant  que la Tunisie ne doit pas bâtir des coopérations avec d’autres pays, mais il ne faut pas qu’elle s’implique dans le jeu des alliances qui portera atteinte à sa souveraineté.

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Un commentaire

  1. Liberte

    01/06/2020 à 16:24

    Appelons un chat un chat, la présence militaire américaine est plus évidente et justifiée, plus de 5000 militaires sont basés en Tunisie . Basés en sites de surveillance plutôt qu’instructeur militaires, ils occupent des aéroports qui ne sont plus rentables comme celui de tabatka loué avec une loyer insignifiant. Bref ils remplacent le manque de touristes en Tunisie.

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