En faisant échouer pour la deuxième fois la signature du «Pacte de stabilité et de solidarité gouvernementales» en signe de réaction au camouflet subi, mercredi 3 juin au palais du Bardo, de la part essentiellement de ses partenaires au gouvernement Fakhfakh, Ennahdha a-t-il décidé de faire imploser cette même équipe qui n’a pas encore bouclé ses cent premiers jours d’exercice ?

Les analystes et politologues qui prédisaient que désormais on doit parler de la Tunisie pré-coronavirus et de la Tunisie poste-coronavirus devraient revoir leur copie et y ajouter une autre maxime : «En Tunisie, il y a un paysage politique avant le mercredi 3 juin 2020 et un paysage politique après la séance plénière tenue, le jour même, au palais du Bardo».

En plus clair, les alliances aussi bien au Parlement qu’au niveau du gouvernement Elyès Fakhfakh dit gouvernement de la restauration de la confiance et de la transparence vont changer radicalement.

Hier, vendredi 5 juin, soit deux jours après l’historique séance plénière de l’Assemblée des représentants du peuple (ARP) au bout de laquelle Rached Ghannouchi, président du Parlement et président d’Ennahdha, a fini par reconnaître (sans le déclarer franchement) ses erreurs et ses errements et a promis de prendre en considération à l’avenir les «critiques-conseils» que les députés lui ont formulées sur sa gestion des affaires du Parlement, Ennahdha a décidé de prendre ses distances de ses partenaires au gouvernement qui l’ont «trahi» lors du vote de la motion Abir Moussi, soit en votant pour, soit en décidant de ne pas prendre part au vote (Echaâb a voté pour et Attayar a donné consigne à ses députés de ne pas participer au vote) et a décidé de bouder la cérémonie prévue, hier matin, à Beït El Hikma à Carthage, en vue de la signature, sur initiative du chef du gouvernement Elyès Fakhfakh, du document dit «Pacte de stabilité et de solidarité gouvernementales», un document qui a valeur d’un code de conduite ayant pour objectif de régir les rapports au sein de l’équipe ministérielle Fakhfakh et d’obliger «amicalement» ses membres à adopter un autre comportement médiatique qui bannira les déclarations incendiaires mutuelles, les petites phrases assassines que ministres nahdhaouis, tayyaristes ou partisans d’Echaâb s’échangeaient quotidiennement via les plateaux TV et les radios et à mettre un terme au lavage en public du linge sale du gouvernement qui n’a pas encore bouclé sa période de grâce des 100 jours traditionnels.

Hier, le communiqué publié par le département communication de la présidence du gouvernement s’est contenté de préciser que la cérémonie de signature du pacte en question a été reportée à une date ultérieure sans expliquer pour quelle raison elle a été ajournée et quand les probables signataires seront invités de nouveau à avaliser par écrit le pacte selon lequel ils s’engageront à arrêter de se quereller médiatiquement et de se dire publiquement leurs quatre vérités.

Les conflits révélés

Et ce sont les députés des partis de la coalition gouvernementale de révéler au public les raisons de l’échec pour la deuxième fois de la non-signature du pacte de stabilité et de solidarité gouvernementales.

Mohamed Ammar, député d’Attayar, et Heikel Mekki, député d’Echaâb, précisent : «Ennahdha conditionne sa signature du pacte par l’acceptation de son appel à l’élargissement, ce qui revient à dire l’intégration au sein de l’équipe gouvernementale de ministres représentant le parti Qalb Tounès» en attendant, peut-être, que des représentants d’Al Karama se joignent eux aussi au gouvernement.

Sauf qu’Echaâb et Attayar, les principaux partis composant aux côtés d’Ennahdha la coalition gouvernementale actuelle, s’y opposent catégoriquement et considèrent qu’il n’existe pour le moment aucune condition objective qui justifierait l’élargissement de l’équipe ministérielle. Quant aux autres partenaires de la coalition gouvernementale (le parti Tahya Tounès présidé par Youssef Chahed et les blocs parlementaires la Réforme nationale et Al Mostaqbal) ils observent pour le moment un silence assourdissant qu’Ennahdha n’apprécie pas trop.

Et ce ne sont pas les réactions, les déclarations ou les votes ou absences de vote produits par Attayar, Echaâb ou même Qalb Tounès qui sont de nature à rassurer Ennahdha sur la solidité des rapports déjà précaires, fragiles et de nature à exploser au moindre couac avec ses alliés-partenaires qui lui ont été imposés à l’époque de la formation du gouvernement Fakhfakh et de son obtention de la confiance du Parlement.

Hier, aussi bien Yamina Zoghlami qu’Oussama Sghaier, députés d’Ennahdha, l’ont dit clairement aux radios Shems FM et IFM : «Notre parti ne signera pas le pacte de stabilité et de solidarité gouvernementales proposé par le chef du gouvernement qui n’a plus à nos yeux de signification, à la suite des attitudes observées par nos alliés au sein même de ce gouvernement, essentiellement le mouvement Echaâb et à un degré moindre Attayar, attitudes hostiles à notre parti qu’ils ont manifestées le mercredi 3 juin au palais du Bardo dont ils continuent à faire montre dans leurs apparitions médiatiques».

Charger plus d'articles
Charger plus par Abdelkrim DERMECH
Charger plus dans à la une

Un commentaire

  1. Liberte

    06/06/2020 à 15:56

    Enfin on aperçoit notre premier ministre, on pensait qu’il travaillait par télétraitement, c’est à dire par un ordinateur de chez lui et transmettre son plan de travail à ses ministres par ordinateur.

    Répondre

Laisser un commentaire