Tolérés exceptionnellement au mois de Ramadan, les étals le seront-ils cette année encore?
A chaque mois de Ramadan que Dieu fait, il est de tradition que la fameuse partie entre le chat et la souris qui oppose les municipalités aux étals anarchiques perd beaucoup de son acuité. C’est donc la trêve annuelle que déclarent les justiciers aux contrevenants, non par dépit ou par abandon, mais tout simplement au nom de la sacro- sainte vertu de la tolérance, un des fondements essentiels du mois saint. Autrement dit, dès que l’avènement des quatre semaines d’abstinence pointe, arrêt instantané des hostilités et aux deux belligérants de rendre les armes pour se muer en une cohabitation éphémère, certes, mais pacifique et sans dégâts notables. Bien évidemment, le consommateur en est le principal bénéficiaire, en s’offrant de nombreuses opportunités, à savoir la diversité des gammes, la variété des prix et l’abondance de la marchandise.

Le oui, mais…
Or, les notions de la tolérance et de l’entraide que privilégie le mois du jeûne ne valent plus rien dès qu’elles débouchent sur des effets négatifs. C’est-à-dire que laisser étals et charrettes anarchiques faire comme bon leur semble équivaut irrémédiablement à ouvrir la porte aux abus. Oui pour les aider à écouler leur marchandise pour gagner leur vie.
C’est d’autant plus vrai que, comme en médecine, on s’attaque aux racines d’une maladie avant qu’elle ne se développe, c’est seulement en déclarant la guerre à ces circuits que le commerce parallèle qui a tellement nui à l’économie nationale sera sinon éradiqué, du moins contrecarré.
On l’a déjà dit sur ces mêmes colonnes, et on ne le dira jamais assez : c’est par les dépôts clandestins de stockage de la marchandise qui constitue leur véritable poumon, que tout le danger vient. C’est là où tout se trame, se dessine et s’exécute.

Les réseaux de tous les malheurs
En effet, les réseaux de contrebande qui, soit dit en passant, n’ont pas l’air de s’essouffler, ont fait de ces dépôts leur rampe de lancement. Ils y acheminent, généralement tôt le matin, d’importantes quantités de denrées (des tonnes, selon certaines indiscrétions policières) ramenées on ne sait d’où et parvenues, on ne sait comment, à bon port ! Ensuite, s’amènent, toujours aux premières heures de la matinée, les revendeurs de différents standings qui s’y approvisionnent en… deux temps, trois mouvements (marché noir oblige), avant de prendre le large par camionnettes et charrettes interposées, pour aller garnir leurs étals anarchiques.
Ce business, historiquement vieux de plusieurs années et vainement combattu par l’ancien régime, a subitement prospéré au lendemain de la révolution, aidé en cela par le développement galopant de la contrebande, d’une part, et par l’entrée en jeu «d’acteurs étrangers», d’autre part. Le phénomène s’est, par ailleurs, complexifié par la complicité d’une large frange d’agriculteurs et de producteurs qui, en quête de gains faciles échappant à la loi de la taxe, s’enhardissent à vendre au… premier «gachar», au premier contrebandier et à ces derniers de faire le reste. S’il n’y a donc pas photo, il y a en revanche un hic : pourquoi ce phénomène n’a pas été défait, à nos jours? Les réseaux de contrebande sont-ils inviolables à ce point? Bénéficient-ils encore d’une certaine protection? Si oui, laquelle et comment? Entretemps, c’est la même rengaine ramadanesque : l’Etat va sortir son artillerie lourde pour faire le siège des marchés, souks et grandes surfaces pour rendre la vie dure aux accros de la hausse illicite des prix, pour saisir les denrées périmées, pour dresser des PV, pour fermer des boutiques, pour infliger des amendes, pour et pour… Mais aller au fond des choses et aux racines du mal, à savoir justement les fameux dépôts, cœur battant des circuits de distribution du commerce parallèle, voilà un pas que, quelque part, on ne semble pas près de franchir… à moins que les événements, espérons-le, nous contredisent cette fois-ci.

Mohsen ZRIBI

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