A l’occasion de la pandémie Covid-19, une «cacophonie» a «matraqué» nos oreilles promouvant l’idée du télétravail, l’apanage de quelques «rentiers », d’où le besoin d’apporter certaines précisions.

Primo, le télétravail est le travail à distance à travers la toile d’Internet. La plupart des gens font la confusion avec le «travail à domicile», qui n’est pas l’unique forme du télétravail.

En effet, depuis l’arrivée d’Internet, toutes les personnes et entreprises s’échangent du travail et des courriers (par mail et plateformes dédiées), avec leurs relations : fournisseurs, clients, personnel, certaines administrations, etc. C’est du télétravail, dans les bureaux, les sièges sociaux et l’environnement d’entreprise, avec le moins possible de déplacements et de contacts, sauf nécessité.

Secundo, hormis quelques services (informatiques, TIC, call center, journalisme, etc.), le télétravail ne peut pas s’appliquer à la grande majorité des métiers, professions et administrations. C’est le cas pour les personnes physiques, des démarches et documents indispensables : acte et/ou extrait de naissance ou de décès, livret familial, carnet de soins, carte de séjour, certificat de nationalité, CIN, passeport, diplômes, actes médicaux, permis de conduire, carte grise, certificat de propriété, carte bancaire, bulletin judiciaire, acte de mariage ou de divorce, etc.

Pour les entreprises, le même problème se pose pour les actes juridiques, les agréments, les autorisations, les certificats, les cahiers de charges, l’extrait RNE, les BL de marchandises, les PV et constats, l’archive des documents officiels, etc.

Même si on arrivera, un jour, à avoir tous ces documents à distance, on devra, toujours, les imprimer et les garder à portée de main pour les présenter en cas de besoin. Les images sur Smartphone ou support magnétique, uniquement, ne sont pas garanties : panne, vol, perte, etc.

Tertio, pour assurer du travail à domicile, l’employeur doit fournir à chacun de ses salariés, et à sa charge, tout le matériel et l’outil de travail nécessaires : un PC portable, une ligne télécom Adsl, une connexion professionnelle Internet, un module de «print-scan», un bureau, etc.

Aussi, il doit se doter d’un progiciel de contrôle à distance pour s’assurer de la production de ses salariés. De son côté, le salarié doit être en tenue présentable, car à tout moment son supérieur peut l’appeler en vidéoconférence. Même le méga-projet de numérisation de l’administration tunisienne ne résout pas le problème. On ne pourra envisager une telle réforme que si on met en place un système permettant d’avoir, en mode virtuel, les documents ci-dessus indiqués. Il en est de même pour la légalisation des signatures et l’enregistrement fiscal des actes juridiques, la mise à jour des cadastres (CPF, tribunaux, RNE, douanes, etc.).

Certains prétendent que le travail à domicile accroît le rendement occultant les inconvénients : enfermement chez soi avec effets psychiques, difficulté de concentration en présence des membres de la famille (notamment les enfants), perte de certains droits (repos hebdomadaire fixe, indemnité de présence, ticket restaurant, prime de rendement ou 13e mois, etc.). Imaginez la perte de temps à faire pour s’expliquer avec les relations, alors que le contact direct préserve les énergies et fait gagner beaucoup de temps.

Que faire des activités culturelles et sportives ? Des chantiers de bâtiment et de travaux publics? Des entreprises industrielles, métiers et professions libérales? Des bureaux et espaces de travail occupés actuellement ? Des établissements d’enseignement et de santé ? Des entreprises de transport ? Des audits, contrôles et inspections ? Des cafés, restaurants et établissements touristiques ?

Tant de questions légitimes qui s’imposent à bon entendant.

A mon avis, le travail à domicile peut être un privilège pour certains secteurs limités et certains salariés à conditions particulières, mais pour un salaire partiel. Alors, arrêtons cette confusion, parfois intentionnelle et abusive, entre «télétravail» et «travail à domicile».

Mohamed Hammadi JARRAYA
(Expert en économie et Président de l’Observatoire Tunisia Progress)

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