Les conflits, les débats acharnés, les insultes sans précédent que les députés s’échangent désormais toutes les semaines au palais du Bardo, à l’occasion de la foire continue réservée «à la discussion des motions de marque déposée Abir Moussi et Seifeddine Makhlouf», balisent-ils sérieusement la voie à l’éclatement du gouvernement Fakhfakh ?
On attend avec impatience comment le locataire du palais de La Kasbah, avec l’inspiration et la supervision intellectuelle de celui du palais de Carthage, réussira à vaincre ce «deuxième Covid» enclenché au Bardo à peine deux semaines après la victoire gagnée contre le coronavirus.

Aussitôt que Nissaf Ben Alaya, l’héroïne nationale anti-corona, a pris son courage à deux mains pour nous annoncer, tout en prenant en considération les précautions sanitaires d’usage, que la pandémie est en train de vivre ses derniers jours sous nos cieux, nos élites politiques, au pouvoir, dans l’opposition et s’activant au sein de la société, ont réinvesti le paysage politique et civil national pour nous faire goûter aux mets spécifiques qu’ils nous ont concoctés tout au long de la période de déconfinement total, partiel, abrégé que les Tunisiens ont eu à vivre de fin mars dernier jusqu’au début du mois de juin quand le gouvernement a autorisé les cafetiers et les restaurateurs à rouvrir.

De la course folle et effrénée à la présentation au Parlement de motions de tous bords et de toutes catégories, à la mise sous pression du chef du gouvernement Elyès Fakhfakh l’invitant à revoir la composition de son gouvernement à défaut de voir son équipe gouvernementale voler en éclats et voir le pays tomber dans l’inconnu même si stratèges et analystes commencent à concocter eux aussi des astuces-solutions de rechange qu’ils revêtent d’un certain habit constitutionnel qu’eux seuls jusqu’ici ont découvert au sein de la Constitution en annonçant qu’il y existe un article autorisant le chef de l’Etat à recharger le parti ayant obtenu le plus grand nombre de sièges au Parlement de former un nouveau gouvernement, les Tunisiens sont en train de vivre une saison estivale qu’on qualifie déjà de chaude, voire décisive pour l’avenir proche du gouvernement Fakhfakh et aussi pour celui du Parlement actuel menacés sérieusement d’élections législatives anticipées qui pourraient faire perdre leurs postes à beaucoup parmi les députés actuels dont en premier lieu ceux qui sèment quotidiennement la panique et y cultivent la rancœur et la haine.

Et les Tunisiens de se trouver privés injustement de fêter leur victoire contre le Covid-19 et d’assister, dans l’incapacité de mettre un terme aux polémiques inutiles et aux guéguerres improductives, à une guerre interminable de positionnement et de recherche effrénée d’intérêts partisans et de concrétisation d’ambitions personnelles démesurées.

Quand les députés offrent aux Tunisiens cette image piteuse qu’ils ont eu à découvrir lors des deux séances plénières du 3 et du 9 juin consacrées à la motion du Parti destourien libre relative à la condamnation de toute intervention militaire étrangère en Libye et aussi celle ayant trait à la motion de la coalition d’El Karama sur les excuses que la France devrait faire aux Tunisiens pour ses crimes commis lors de la période coloniale, l’on est en droit d’affirmer qu’Elyès Fakhfakh, qui subit déjà une pression énorme pour élargir son équipe gouvernementale conformément aux caprices d’Ennahdha qui voudrait réparer le camouflet qu’il a subi le 3 juin, a beaucoup de travail à faire non seulement en matière d’élargissement de son équipe ministérielle mais aussi quant à son maintien même au cas où Rached Ghannouchi, président d’Ennahdha, réussirait à lui imposer ses conditions et parviendrait à «révoquer» les ministres d’Echaâb et de Tahya Tounès et à leur supplanter de nouveaux ministres représentant Qalb Tounès et Al Karama.

Les propos de Rached Ghannouchi à Nessma TV sont d’une clarté et d’une précision sans précédent même s’ils sont enveloppés dans un langage arabe littéraire d’une haute volée trahissant ou levant le voile sur la décision prise par Ennahdha de renverser le temple sur tous ses occupants au cas où ses caprices ne seraient pas satisfaits».

Et quand le président d’Ennahdha déclare crûment : «Notre parti ne signera pas le pacte sur la stabilité et la solidarité gouvernementales parce qu’il existe des partenaires au sein de la coalition gouvernementale qui ont trahi le principe même de notre alliance» (allusion à Echaâb et Tahya Tounès que le président d’Ennahdha accuse d’avoir voté contre son parti en donnant leur aval à la motion anti-intervention militaire en Libye), il ne faut pas s’attendre à ce que la rupture au sein des partenaires formant le gouvernement Fakhfakh aille sur la voie de l’apaisement dans les jours à venir d’autant plus que les échanges fournis et les phrases assassines produites par les députés, «en premier lieu ceux de la coalition gouvernementale, à l’occasion de la discussion, hier, de la motion de Seïf Makhlouf et ses lieutenants d’Al Karama, ont montré que le fossé se creuse de plus en plus entre Ennahdha et ses partenaires» et que toute rencontre de réconciliation ou de sauvetage de ce qui reste à sauver est peut être devenue impossible ou du domaine des chimères.

Faut-il conclure que la guerre des caprices personnels qui se déroule au palais du Bardo aura pour principal perdant Elyès Fakhfakh qui serait obligé d’assister dans un état d’impuissance totale à l’éclatement de son gouvernement dit «de la transparence et de la restauration de la confiance».

Sauf que malheureusement, ceux avec qui Fakhfakh a choisi d’œuvrer pour remettre le pays sur les rails de l’action et de la production font tout dans une ambiance de transparence et de clarté jamais égalées pour que cette confiance tant recherchée et attendue par les Tunisiens rentre définitivement dans les domaines de l’impossible et des rêves chimériques.

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