Les images que capte  Faten Jaziri sont de l’ordre du sensoriel, nous arrivons à les toucher, à sentir les éléments de la nature qui les composent. Dans cette narration quasi épique, elle dessine les contours d’un conte ou d’une destinée.  Son image est métaphore et son univers est onirique.

La 15e édition du Festival international du film oriental de Genève est désormais en ligne comme beaucoup de ses semblables. Se tenant du 8 au 14 de ce mois, le Fifog, cet évènement qui fait du cinéma oriental sa vocation, se place sous le signe du féminin,   la résistance…au féminin, célébrée par des images de femmes faites par les femmes, faites pour les femmes, amplifiant l’espoir de la jeunesse, questionnant les résistances des peuples et explorant le dynamisme des sociétés d’Orient.

« Mirage », de la réalisatrice Faten Jaziri, en fait partie, un court métrage de 23 min, est une évasion dans les tumultes d’une âme errante, une mémoire qui tient à ses repères, rembobine le film de sa vie.

Le monde touche à sa fin, son monde à lui peut-être, Youssef lutte contre l’oubli, son enfance, son amour, une île, une barque, une maison sur pilotis, une vieille photo… et la lune pour seul guide et son reflet qui se perd au fond d’un puits.

Les «salauds» tentent de lui ôter ses repères mais son regard se souvient du rayon de soleil éclatant, de la robe de Fatma en lin blanc bougeant au gré du vent. Il se souvient de la sensation de l’eau sur sa peau, le goût du sel sur ses lèvres, de lui, enfant à l’ombre du figuier goûtant le miel d’une figue verte.

Les images que capte Faten Jaziri sont de l’ordre du sensoriel, nous arrivons à les toucher, à sentir les éléments de la nature qui les composent. Dans cette narration quasi épique, elle dessine les contours d’un conte ou d’une destinée.  Son image est métaphore et son univers est onirique.

Un trio, trois personnages et une île, une étendue liquide. Sous l’eau, ses personnages vivent aussi, cherchent le fil qui les conduit vers la fin de l’histoire. Les salauds sont là, ils guettent Youssef, saisissent son âme. Mais le souvenir le retient à ce monde.

Le cinéma que fait Faten Jaziri est un cinéma à part, esthétique, elle en fait un poème guidé par la voix du narrateur.  Son premier court métrage « Eveil » réalisé en 2017 suit la même démarche. C’est une vision du legs, de l’héritage, de la culture comme force de résistance, son image est parlante au-delà des mots, elle est le fruit d’un imaginaire qui se fait lien entre le passé et le présent. Ses films sont comme un cahier de souvenirs, un patchwork de photos, bribes de nous-mêmes, ce que nous étions et ce que nous sommes.

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