Un rassemblement massif des médecins, infirmiers et aides-soignants a eu lieu hier matin pour dénoncer l’attentisme et le surplace des autorités, appelées plus que jamais à donner un nouveau souffle au secteur de la santé.


Une grève générale du secteur de la santé a été décrétée hier, jeudi 18 juin. Dès 9 heures, place Bab Saâdoune, un attroupement massif des blouses blanches à l’entrée du ministère de la Santé était perceptible. Plus d’un millier de médecins, infirmiers, techniciens et administrateurs de la santé publique ont convergé devant l’entrée pour crier à l’unisson leur colère et leur désapprobation. «Dans la perspective de l’approbation de la loi principale à travers l’article 2 pour tous les employés du secteur et le respect des conventions», lit-on sur la banderole qui trône à l’entrée du ministère de la Santé. Les sempiternelles revendications statutaires et matérielles sont exigées, à savoir la promulgation de la loi principale et l’application de l’article 2 du code de la santé. Ils reprochent à l’ancien gouvernement, mais aussi à l’actuel, de mener une politique de procrastination. Radhia S., infirmière employée au ministère de la Santé publique depuis 1984, n’en démord pas : «Il faut une orientation claire de la part du gouvernement pour répondre à nos revendications toujours insatisfaites. De quel secteur de la santé parle-t-on vu l’effondrement de nos structures sanitaires ? L’ARP doit avoir le courage de faire avancer nos revendications».

En effet, les hôpitaux tunisiens vivent les pires difficultés actuellement pour soigner les patients et les malades dans de bonnes conditions malgré la parenthèse du Covid-19 qui a démontré les prouesses de la santé publique tunisienne. Auparavant, Othman Jallouli, secrétaire général de la Fédération générale de la santé, n’a eu de cesse de scander les slogans hostiles à la politique du gouvernement qui doit «aller droit au but». Des slogans repris en chœur par les employés de la santé. Le drapeau national mélangé à ceux de l’Union générale des travailleurs tunisiens sont massivement déployés par les protestataires. Parfois sous un même fanion recto verso.

A 10h30, l’hymne national a résonné dans les haut-parleurs suivis de chants à la gloire de l’Ugtt. Vers 11h00, la marche de protestation est partie du ministère en passant par le grand square de la place Bab Saâdoun pour couronner la journée de colère. Un groupe s’est même rendu jusqu’à la place Mohamed-Ali, siège de l’Ugtt, pour continuer à faire entendre sa voix. Un aide-soignant affirme sa déception que ses collègues et lui n’aient bénéficié d’aucune récompense matérielle ou prime exceptionnelle de leur travail hargneux et pénible durant la période de pic de l’épidémie de Covid-19. «On n’a bénéficié ni de prime, ni même de reconnaissance morale en l’occurrence». D’autres témoignages similaires ont estimé qu’ils n’entendaient pas être honorés ou couronnés de médaille, mais tout simplement bénéficier d’un salaire et d’un traitement financier équivalant à leur statut et ce qu’ils apportent à la société.

Debout comme un seul homme

Sous un soleil de plomb, le V de victoire levé au ciel et coltinés les uns aux autres, debout comme un seul homme, leur force collective n’en est que plus belle. Même si une vague de corporatisme de bon aloi se lit dans ce rassemblement total, de surcroît au moment où l’épidémie de Covid-19 continue de susciter des frayeurs plus ou moins fondées en Tunisie, leurs allégations tiennent et sont justifiées. Des slogans sous le sceau de la colère sont entonnés de vive voix, ce qui signifie qu’ils tiendront et ne renonceront pas et démontre leur ténacité à toute épreuve afin que leurs droits et revendications soient satisfaits. Autant de messages qui tentent aussi de redorer l’image et tout l’honneur de l’employé de santé. Cela afin qu’il soit restitué dans ses droits en bénéficiant d’un appui financier plus conséquent dans ses revenus et sa situation matérielle. On apprend par ailleurs que les gardes Covid qui assurent la sécurité des centres de mise en quarantaine des malades du Covid-19 ne sont pas payés au moyen du budget de l’Etat, mais par d’autres moyens alternatifs comme la caisse de solidarité #1818, ce qui démontre la précarité de leur situation professionnelle. Othman Jallouli remet en cause les négociations avec l’autorité de tutelle qui «tâtonne dans un dossier sensible» selon lui et n’accorde pas la plus haute importance à leur secteur, sachant qu’il y a une insatisfaction matérielle de la part des soignants. «L’armée blanche», comme ils aiment à être appelés, a bataillé pour la lutte contre le Covid-19 avec le succès qu’on lui connaît puisqu’un millier de cas et cinquante morts sont décomptés, ce qui en fait un pays «Covid safe», un pays sans risque majeur d’épidémie après trois semaines consécutives avec zéro cas.

Toutefois en période de crise économique où tous les indicateurs sont au rouge, puisqu’on parle d’une croissance négative de quatre points pour 2020, d’après les prévisions des économistes, on est en droit de se demander si les autorités l’entendront de cette oreille. Un bras de fer qui risque de durer étant donné que la situation ne semble pas aller vers l’apaisement. Le secteur de la santé publique a été durement touché par la révolution du 14 janvier 2011. Aujourd’hui, une reconfiguration du paysage économique tunisien pourrait amener à ce que les autorités accordent plus de crédit à des dossiers de première importance qui touchent à la santé des citoyens tunisiens tout comme l’éducation et l’enseignement durement secoués et fragilisés au même titre. La crise sanitaire du Covid-19 va inévitablement apporter de nouvelles orientations qu’il faudra suivre au fil des mois et des années à venir.

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