Pour certains, le chiffre annoncé récemment par l’INS, qui estime à 41% le taux des personnes qui ne sont pas retournées au travail durant la période de confinement ciblé, révèle un mal profond, alors que pour d’autres, c’est un chiffre exagéré qui rend d’autant plus sensible l’ampleur du désastre du chômage qui frappe le pays depuis des années.

L’Institut national de la statistique (INS) vient de publier les résultats d’une enquête portant sur l’impact de la crise du Covid-19 sur l’économie nationale et sur l’emploi. Tous les chiffres virent au rouge et font froid dans le dos : 41% des personnes interrogées ne sont pas retournées à leur travail durant la période de confinement ciblé (du 15 au 21 mai 2020), 80% ont perdu leur emploi et n’avaient plus de ressources, car elles n’ont pas reçu leurs salaires durant la période de confinement, 56% des ménages déclarent que leur situation économique s’est détériorée, 1/3 des ménages n’arrive pas à payer les charges fixes…

Que des chiffres estimatifs

De l’avis de l’universitaire et expert financier Abdelkader Boudriga, ces chiffres qui émanent de l’INS ne reflètent pas l’évolution réelle de la situation économique du pays et du marché de l’emploi en particulier, pour des raisons multiples. Tout d’abord, on constate toujours un manque de statistiques officielles complètes en Tunisie, et donc il n’était pas possible d’établir des données suffisantes pour étudier la question, ce qui ne nous permet pas d’évaluer ce phénomène avec exactitude. Deuxièmement, le choix de la période (du 15 au 21 mai 2020) n’est pas adapté à la situation, car la plupart des entreprises n’ont pas encore repris leur activité pour des raisons bien compréhensibles. Le pays est à peine sorti de la pire crise de son histoire et tous les acteurs sont dans l’attente des décisions gouvernementales.

« Il faut le dire, en Tunisie nous avons des problèmes avec les chiffres et personne ne peut nous confirmer le nombre d’emplois perdus ou le nombre d’entreprises déclarées en faillite durant cette crise sanitaire… De ce fait, il ne faut pas perdre de vue que le manque de chiffres et de statistiques officiels conduit à une image déformée de la réalité. Sur un autre plan, les chiffres annoncés par l’INS sont basés sur des estimations qui ne reflètent pas l’évolution réelle de la situation et du marché de l’emploi, ce qui entrave souvent une discussion constructive des questions clés », précise Boudriga, dans une déclaration à La Presse, ajoutant que ces chiffres ne doivent pas nous effrayer puisque l’enquête a été réalisée dans la première phase de déconfinement ciblé où la prudence doit rester de mise.

L’universitaire affirme, également, qu’il serait utile de reporter le temps de l’enquête pour l’après-14 juin, où la Tunisie est passée à la troisième et dernière phase de déconfinement avec des mesures plus souples, en vue d’un retour progressif à une vie normale. « Plus vite nous retrouverons un rythme de vie proche de la normalité, à part les hôtels qui restent fermés, ce qui prolonge le supplice du tourisme, le secteur le plus touché par le coronavirus », indique-t-il. Mais de l’autre côté, il faut voir la moitié pleine du verre ; plus de 90% des activités ont pu retrouver une situation relativement normale. Donc, comparativement à d’autres pays du monde (notamment l’Union européenne), les choses vont plutôt bien et la reprise sera au rendez-vous, si chacun de nous donne du sien avec conviction et responsabilité.

Crise ou pas crise

Boudriga indique que le pays ne vit pas une crise réelle. Au contraire, cette pandémie était une occasion pour augmenter l’épargne des ménages avec le report du paiement des crédits à la consommation, aux entreprises ou aux professionnels (qui, à leur tour, vont reporter l’impact de cette crise sanitaire), avec le report du paiement des factures de la Steg et de la Sonede, en évitant les dépenses engendrées par l’habillement, la restauration, l’éducation… « Les revenus disponibles, qu’on a accumulés chez les ménages pendant les trois mois de confinement, sont situés entre 3.000 et 5.000 millions de dinars. Ces revenus proviennent de la baisse des dépenses et du report du paiement des crédits et des factures de consommation… A mon avis, pour 2020, il n’y aura pas de crise en Tunisie. Donc, il ne faut pas paniquer face à la pandémie, il faut rester calme et faire confiance aux autorités… car dans un cas pareil, la confiance reste le maître mot pour éviter tout dérapage », précise-t-il.

Boudriga ajoute que pour faire tourner l’économie, on peut, à titre d’exemple, accélérer les procédures des marchés publics pour améliorer l’accès des PME à ces marchés, accélérer la réalisation des projets et responsabiliser l’acheteur public. « Je l’ai dit et je le redis, nous sommes capables de résister à toute sorte de crise…L’expérience a, bel et bien, montré que la Tunisie est l’un des rares pays qui ont réussi à maîtriser l’épidémie liée au coronavirus. Nous avons réussi donc à faire ce que les autres pays (même développés) n’avaient jamais réussi à ce jour…A cet effet, cette crise sanitaire pourrait se transformer en opportunité pour notre économie…Il suffit de restaurer la confiance et de travailler chacun de son côté… Il faut aussi arrêter de faire peur aux gens tout en donnant des messages rassurants et crédibles et tout en parlant un discours de vérité, car les choses sont difficiles mais ne sont pas catastrophiques… En un mot, il faut être fier de ces réalisations, tout en gardant la vigilance », souligne l’universitaire.

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