Une séance de travail ministérielle s’est tenue hier sur le développement dans les régions. Elle avait pour objectif d’étudier au plus près la situation qui prévaut à Tataouine et devait déboucher sur une batterie de mesures pour la mise en œuvre effective des clauses de l’accord d’El Kamour conclu sous l’égide de l’Ugtt entre le gouvernement Youssef Chahed et les sit-inneurs de la région. Au grand dam de ces derniers, un communiqué de presse laconique a renvoyé ces mesures sine die. En effet, il a été décidé de confier à une équipe de travail ministérielle la tâche d’étudier une série de mesures et de nouveaux mécanismes à même de faire entrer le gouvernorat dans une dynamique économique et sociale et dans un cercle plus vertueux.

N’empêche, le résultat de cette séance de travail aura laissé sur leur faim des milliers de manifestants lassés par une attente déjà intenable.

Depuis des années, chaque jour qui passe emporte dans son sillage les rêves de milliers de jeunes dans ce gouvernorat comme dans d’autres régions. Des espoirs qui volent en éclats laissant place à un désespoir qui creuse davantage le lit de l’extrémisme, du banditisme et de la criminalité. C’est qu’en mettant en avant la transition démocratique au détriment de la transition économique, nos politiques et hérauts des valeurs citoyennes ont fait une mauvaise lecture de l’âme du pays.

C’est pour cela que la région de Tataouine s’est récemment mise en mouvement, et nul ne sait combien de temps va durer cette phase. Par effet d’entraînement, la colère a gagné d’autres régions. 

Le message du gouvernement est clair : pas de négociation sous pression. Mais il risque d’être coiffé au poteau par la vitesse de propagation des mobilisations dans cette localité et sera acculé à prendre des mesures d’urgence pour calmer les ardeurs, alors que le dossier est clair comme de l’eau de roche.

Voilà ce qui, en vérité, révulse les observateurs et inquiète les citoyens de cette région.  En effet, cette réunion gouvernementale ne semble pas orienter la question d’El Kamour vers un destin plus ordonné. Il ne s’agit, au fait, que d’une trêve d’une semaine : on calme le jeu, on observe et, le feu ayant cessé, on négocie le passage d’une situation à son contraire sans pour autant extirper le mal qui ronge les régions d’une façon beaucoup plus profonde.

En effet, un ancien rapport sur «l’indice d’attractivité régional, classement des gouvernorats et bonnes pratiques de gouvernance locale» est venu à point nommé pointer du doigt la dure réalité des régions laissées à l’abandon.  Puisqu’il ressort de ce rapport qu’à part Tunis, le climat n’est pas propice aux affaires dans les 23 autres gouvernorats. Pis encore,  l’indice général local du climat des affaires calculé est jugé «peu satisfaisant». Il n’atteint même pas la moyenne dans la majorité des gouvernorats de l’intérieur. Et pour cause, les  verrous qui entravent le décollage des régions sont toujours en place.

En effet, la réhabilitation des quartiers, les logements sociaux, le forage de puits et  autres équipements de santé ne changeront en rien le quotidien des citoyens et ne baliseront guère la voie à cette précieuse dynamique qu’on souhaite mettre en place pour entrouvrir toutes les lucarnes essentielles à la relance de l’économie locale et pour rebomber le torse des régions.

Tout cela ne sera possible que quand la reprise économique se renforcera et se diffusera pour rejaillir positivement sur une région et qu’elle recommencera à créer des emplois et à redémarrer les investissements. Car tant que les régions souffrent, la Tunisie ne sera pas à l’abri des troubles et des soubresauts. Il s’agit donc de donner un coup de pied dans la fourmilière administrative pour mettre tous les acteurs en mouvement et trouver un nouvel équilibre, et vite. Il doit être proactif, inventif et capable de faire avancer les régions.

Et l’illusion d’une réunion ministérielle, aussi importante soit-elle, serait malheureusement synonyme d’une manœuvre politique loin de nous faire oublier cette douloureuse réalité : les régions sont en détresse.

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