«Asrar» la fit découvrir, Gottayti et l’album Dana ont marqué l’auteure compositrice en elle. Avec Mouna Chtourou, son amie et complice, les projets de Raoudha Abdallah prennent une nouvelle dimension et se dotent de cette belle vivacité qui caractérise le travail en duo. D’un mot, une expression, ou quelques accords, un projet naît et au cours des rencontres se sculpte et se lustre. Les deux artistes s’auto-influencent, et se complètent. Et le meilleur reste toujours à venir.

Elle est tombée dans le chaudron de la musique très tôt, le chant est inné chez elle et elle a puisé dans tout ce qui se présentait à elle dans sa ville natale Gabès : clubs de musique, maisons de culture, scout…cette enfant active et curieuse commençait déjà à sculpter une personnalité qui l’accompagne jusqu’à aujourd’hui.

Départ pour Tunis, intégration de l’Institut supérieur de musique qui représente pour elle une étape charnière dans sa carrière. C’est dans ce terrier qu’elle commence à fréquenter un environnement créatif et à faire des rencontres. Et c’est bien à cette période qu’elle a connu Mouna Chtourou, qui, quelques années plus tard, deviendra sa complice et son alter ego.

Chemak, Zouhair Gouja et d’autres aussi ont offert à l’artiste des pistes et des voies pour se frayer son propre chemin et il y a eu «Asrar», son premier projet, qui a reçu le prix du meilleur spectacle tunisien de musique aux Journées Musicales de Carthage2016. « Asrar n’était pas un   projet musical, c’était un travail de recherche sur un répertoire commun des pays du Maghreb. Une technique de chant qui s’accompagne aux rythmes et aux sonorités traditionnelles» explique-t-elle, «il représente aussi ma manière de voir et d’intervenir sur quelque chose de fragile qui appartient à tout le monde et que je devais apprivoiser sans trop bousculer de peur de l’altérer».

Puis il y a eu Gottayti, un projet encore plus personnel, qui touche à l’intime avec des compositions inédites. Gottayti a dessiné les contours d’une empreinte qui commence à se faire sentir. Né avec la complicité de l’artiste Mouna Chtourou, qui apporte sa touche et sa personnalité, Gottayti prend forme et les choses deviennent encore plus claires. L’album Dana arrive à boucler la boucle. Raoudha qualifie cet album de féministe et de féminin : «Il porte l’essence de mon ressenti, l’effusion de mes sens et réunit nos deux univers le mien et celui de Mouna, nous formons un duo féminin, une expérience rare dans le monde arabe entre deux artistes qui se nourrissent l’une de l’autre, composent à quatre mains et s’enrichissent mutuellement».

Entre Mouna et Raoudha c’est deux mondes qui se rencontrent, les influences de l’une ravivent la créativité de l’autre. Entre elles, on ne se rencontre jamais pour travailler, la création se fait d’une manière naturelle et continue. D’un mot lancé d’une manière anodine, d’un élan, d’un simple geste qui gratte un instrument les choses se déclenchent. Les chansons prennent forme entre la voix, les notes, les rythmes et les paroles.

Si la composition est l’affaire du duo, les paroles viennent plutôt de Raoudha Abdallah et bien qu’elle ne se définit pas comme parolière, encore moins de poétesse, les mots lui viennent d’une manière naturelle, épousant un air déjà existant ou inspirant une phrase musicale qui sera la base d’une chanson.

Pour Raoudha Abdallah, les chansons sont des idées vivantes et évolutives qui se nourrissent de complicité et se sculptent au gré des rencontres. «Je crois en l’échange en la dynamique et aux énergies qui circulent et qui font naître les plus belles choses».

Le patrimoine pour elle, c’est les racines qui la font pousser, les sonorités qui ont modelé son identité, les rythmes qui éveillent sa curiosité. Et c’est de ce legs que se construisent ses compositions et lui permettent de partir rejoindre de nouvelles influences. Et c’est dans cette dialectique entre patrimoine et création qu’elle se positionne pour que son style soit reconnaissable parmi les autres expériences, que sa démarche aboutisse à des découvertes et que sa curiosité la mène à des approches nourricières.

«Moundou», son nouveau projet, toujours avec Mouna Chtourou, représente pour elle, une nouvelle voie qui s’ouvre à elle. Elle s’appuie sur ses acquis pour tenter des expériences, explorer des instruments nouveaux, fouiner dans les détails d’une culture ; «Moundou» sera pour elle une manière de souligner son existence, sa vie, son être et ses désirs de voyages.

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