Bilel Slatnia vient d’entamer sa carrière. Il a foulé la scène théâtrale jeune, s’est frayé son petit chemin avant de se faire happer par le cinéma et la télévision. Remarqué par Abdelhamid Bouchnak, il s’est retrouvé en 2018 à l’affiche du premier film d’horreur tunisien «Dachra», qui continue à cartonner sur Netflix actuellement, mais a surtout conquis le grand public en interprétant «Brahim» dans «Nouba». Prochainement sur scène à «El Teatro», l’artiste n’a pas manqué l’occasion de nous rencontrer. 

«Dachra» d’Abdelhamid Bouchnak cartonne toujours autant dans le monde entier. Ce tout premier film pour vous en tant qu’acteur est récemment accessible sur Netflix. Que pouvez-vous nous dire sur cette toute première expérience au cinéma ?

Ça change une vie ! (Sourire) Une expérience inédite, nouvelle et forcément bouleversante pour moi. Je rêvais d’un grand rôle à cette époque-là. Ce rôle-là s’est présenté grâce à Bouchnak pile au bon moment. C’était un rêve éveillé évidemment marquant. L’opportunité s’est présentée après ma participation dans «Hedhoukom», la série avec Abdelhamid Bouchnak aussi aux commandes à la télé. Après un an, il m’avait proposé ce rôle dans «Dachra». A la base, il a écrit le film pour Bilel et Yasmine. D’ailleurs, on avait gardé nos vrais prénoms dans le film. Le succès était au rendez-vous. Il a fait le tour de plusieurs festivals et c’est un succès phénoménal en Tunisie également. Je ne peux être que reconnaissant et comblé.

Votre parcours commence fort. Avez-vous toujours voulu devenir acteur ?

J’ai commencé à faire du théâtre quand même relativement tôt. J’avais 15 ans en intégrant un club scolaire dirigé par Sameh Dachraoui. On avait réalisé «Roméo & Juliette». Une réalisation qui nous a permis de participer à un festival régional en 2009. J’ai eu le prix du meilleur acteur à l’Ariana. C’est ce qui m’a boosté et m’a fait aimer le théâtre. J’ai persévéré. Avant cela, comme j’ai été un voisin à Naima El Jeni, elle nous emmenait Oumaima ben Hafsia (sa fille) et moi au théâtre. Je lisais même des scénarios à Naima chez elle. La passion n’a pas tardé à devenir réellement grandissante. J’ai eu des cours avec Meriem ben Chaabane, Jaafar Guesmi. Une fois le bac en poche, j’ai pensé faire l’Esad mais j’ai opté pour une filière plus technique en étudiant «L’image»; en parallèle, je n’ai cessé d’alterner cursus universitaire et théâtre. Ma participation à «Richard III» de Jaafar Guesmi, même si elle a été courte, j’en garde un bon souvenir. Après «Dachra», j’ai intégré «El Teatro», et je me suis laissé former par Khaoula Hadef, Taoufik Jbali… J’en suis à ma troisième année. Bouchnak a insisté pour que j’intègre cette école. C’est un passage obligatoire. J’ai déjà participé en tant qu’acteur à une création d’El Teatro, présentée quelque temps avant la crise du Covid-19 et qui ressortira bien après, certainement. Elle s’appelle «Maa-nbièch» (Je ne vends pas), réalisée par Saber Oueslati.

Personnellement, j’esquive les attaques dans le genre. Je passe mon chemin.

On aurait dit que vous avez basculé rapidement du théâtre/cinéma à la télé, mais vous avez déjà eu une expérience dans «Hadhoukom» avec Bouchnak aussi. La transition vers la télévision n’a pas été dure pour vous ?

En tant qu’acteur, pas vraiment. S’il y a un projet qui vaut le détour, je ne peux qu’accepter. Je suis plus preneur quand il s’agit de théâtre/cinéma mais plus sélectif pour la télé. Toute bonne proposition est à saisir.

Comment avez-vous croisé le chemin d’Abdelhamid Bouchnak?

Sur les réseaux sociaux. Je suis tombé sur une annonce de casting qu’un copain m’avait envoyé. Celle de «Hadhoukom» pour la saison 2. Il suffisait d’envoyer deux photos, mon nom en entier, mes coordonnées.

l m’appelle après une semaine, me demande de me rendre à son bureau pour un essai caméra de 30 min et m’a retenu. Le feeling s’est bien passé et il me rappelle pour une autre proposition un an après, m’envoie le scénario d’un film par mail. Je ne m’attendais pas à un rôle aussi important.

Un rôle titre presque. Je m’attendais à un rôle bien plus secondaire. J’étais aux anges, je n’arrivais pas y croire. J’ai connu Aziz, Yasmine et Hela par la suite. Abdelhamid est comme un grand frère pour moi. Toutes et tous sont une famille. On ne fait pas que travailler. Pour le prochain film de Bouchnak, je n’y suis pas.

J’ai été sur le plateau de tournage pourtant. On est étroitement lié, toutes et tous. Ce sont des gens en or. J’ai l’impression de les connaître depuis toujours.

Je suis plus preneur quand il s’agit de théâtre/cinéma mais plus sélectif pour la télé

«Brahim», votre rôle dans «Nouba» a beaucoup changé d’une saison à une autre. Comment décririez-vous cette évolution ?

Pendant la première saison, il y a une sorte de mise en place du personnage. Une installation de «Brahim». Vers la fin de la 1ère saison, Wassila annonce en grandes pompes devant tout le monde le «Grand retour» de Brahim, son fils. Pendant la 2e saison, on a connu Brahim de près, dans ses rapports avec sa mère, son relationnel avec ses copains du quartier, il est aux prises à des troubles de la mémoire, il peut être mystérieux, discret, cachotier, généreux.

En quoi le tournage des deux saisons était-il différent pour vous ?

En vérité, pour moi, j’ai ressenti une énergie toute autre pendant la 2e saison : on s’est senti enrichis par l’arrivée des nouveaux acteurs dont les plus grands comme Rim Riahi, Haddaoui, Touati. Le travail collectif a toujours été de mise. Le défi était de faire mieux que l’année précédente et on s’entraidait toutes et tous pour un meilleur rendu.

Le public a été un peu trop exigeant, souvent violent et pas vraiment critique par moment. Comment avez-vous géré cette pression accrue par les réseaux sociaux ?

Trop de violence verbale et de lynchage surtout en ligne. C’est ahurissant ! Dévaloriser l’acteur en le blessant, ça ne set à rien. Le critiquer décemment, pourquoi pas ? Mais le violenter verbalement ou en ligne, c’est insupportable. Tout le monde a son mot à dire sur tout. Mais si le public doit le faire, autant bien le faire, sans porter atteinte à l’artiste. Personnellement, j’esquive les attaques dans le genre. Je passe mon chemin. Ça ne sert à rien de s’y attarder quand ce n’est pas constructif. Le défi c’est de se retenir face à des attaques. Une bonne partie du public ne dissocie pas la fiction de la réalité. Je reçois des messages horribles à l’encontre de «Brahim», mon personnage. Je suis jeune, en début de carrière et je vois et je subis de plein fouet cette violence. On m’a dit quand même que ce n’était que le début… Je suis bien préparé.

Trop de violence verbale et de lynchage surtout en ligne. Dévaloriser l’acteur en le blessant, ça ne sert à rien. Le critiquer décemment, pourquoi pas ?

Parmi les acteurs et actrices, avec qui préférez-vous tourner des scènes dans «Nouba» ?

Hela Ayed, sans doute. Trop de partage d’écoute et d’énergie même pendant les répétitions. Yasmine Dimassi, je suis fan avant d’être son collègue ou son ami.

Y a-t-il une scène qui vous a particulièrement épuisé dans «Dachra» et dans «Nouba» ?

Dans «Dachra», c’est la scène gore où on me voyait mourir. Elle était insupportable à regarder même après. Je ne voulais pas tomber dans le «Sur-jeu». Je l’ai donc validé après tant d’effort. Dans «Nouba», c’est quand j’ai tué «Maher». Deux scènes en rapport avec la mort : dans la première, je me fais tuer, dans la 2e je tue. C’était les deux scènes les plus épuisantes à tourner pour moi.

Un aperçu de vos projets futurs ?

Probablement un film pour prochainement mais je reviendrai certainement au théâtre dans «Ma-nbiéch». Le théâtre est prioritaire en tout cas.

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