Les problèmes auxquels font face les propriétaires d’oliveraies sont à l’origine de leur faible rendement, ce qui incite certains d’entre eux à se débarrasser de leurs terres pour s’adonner à une autre activité considérée comme plus rentable !

Les oliveraies constituent l’une des richesses de la Tunisie depuis belle lurette. Elles contribuent dans une large mesure à la croissance économique grâce notamment à l’industrie de l’huile d’olive qui est exportée en grande quantité vers plusieurs pays. Notre pays est classé, en effet, en deuxième position après l’Espagne comme fournisseur mondial d’huile d’olive de qualité. Or, cette filière se trouve menacée vu que certains agriculteurs comptent vendre leurs oliveraies car, selon leurs dires, elles ne sont plus rentables. En effet, les agriculteurs qui cultivent les oliviers sont confrontés à plusieurs problèmes  à commencer par le prix des olives vendues aux huileries et qui ne couvre pas les frais de production. D’ailleurs, la somme obtenue après la vente des quantités produites au cours de la campagne ne permettent pas aux producteurs de vivre décemment toute l’année.

Les propriétaires d’huileries ne veulent pas revoir le prix à la hausse et ne tiennent pas compte des charges supportées par les agriculteurs suite à l’augmentation des prix des intrants et des matières premières utilisées ainsi que les frais divers comme le paiement des ouvriers agricoles qui se chargent notamment de la cueillette. En fait, il est difficile de nos jours, de trouver un nombre suffisant d’ouvriers qui acceptent ce travail pourtant bien rémunéré. Pour attirer de la main-d’œuvre, les agriculteurs ont accepté d’augmenter les émoluments des ouvriers qui sont pour la plupart des femmes.

Changement de vocation !

De plus, les ouvriers changent à chaque campagne. Certains viennent des régions environnantes alors que d’autres habitent le gouvernorat où se trouvent les oliveraies. Mais les ouvrières sont toutes obligées d’emprunter les moyens de transport disponibles pour rentrer chez elles et revenir le lendemain, dès l’aube, sur le lieu de leur travail. Les conditions de transport sont souvent précaires puisque ces ouvrières sont entassées à l’arrière d’une camionnette sans moyens de sécurité. Des drames ont  lieu fréquemment suite au renversement de ces camions, ce qui a causé, à plusieurs reprises la mort et la blessure de plusieurs ouvrières qui ne sont pas inscrites au régime légal de la sécurité sociale.

Les agriculteurs n’ont pas souvent la capacité de fournir un transport adéquat à ces ouvrières qui souffrent le martyre pour gagner leur vie. C’est dire que le problème de l’indisponibilité de la main-d’œuvre occupe une place importante dans les préoccupations des agriculteurs qui sont parfois obligés de laisser les fruits sur le pied des arbres plusieurs jours après leur mûrissement vu l’absence des ouvriers chargés de les cueillir.

Se trouvant à l’origine dans les régions côtières comme Sousse, Monastir et Sfax, les oliveraies ont été étendues vers d’autres régions du Nord et du Nord-Ouest qui sont devenues à leur tour productrices d’olives destinées à la trituration. Mais cette activité ne semble plus capter l’intérêt de plusieurs promoteurs et certains pensent se débarrasser de leurs oliveraies qui ne rapportent pas assez d’argent pour vivre dignement. Ce qui est grave, c’est que certains agriculteurs ne trouvent pas d’inconvénients à ce que leur propriété change de  vocation pour devenir un terrain aménagé et destiné à l’habitation. Pour eux, l’immobilier rapporte beaucoup plus que l’activité agricole. Certes, le changement de vocation d’une  terre agricole est interdit par la loi, mais certains agriculteurs avancent des arguments aux autorités régionales en vue d’obtenir une autorisation de changement de vocation.

D’où  la nécessité de traiter, dans les meilleurs délais, les problèmes des propriétaires d’oliveraies dont certains sont surendettés pour les inciter à continuer leur activité sans penser à céder ou à brader leur terre pour exercer une autre activité considérée comme plus rentable. La Tunisie a toujours été présentée comme un pays producteur d’olives et cette vocation doit rester pour les générations à venir d’autant plus que ce fruit est source de devises pour notre pays. Les autorités publiques devraient traiter au cas par cas les problèmes de ces agriculteurs en contribuant à trouver une solution à leur endettement (report des échéances de remboursement, avance financière), et résoudre le problème de la main-d’œuvre en mobilisant des jeunes à la recherche d’un emploi et revoir à la hausse le prix de vente des olives pour améliorer un tant soit peu les revenus des agriculteurs.

Charger plus d'articles
Charger plus par Chokri GHARBI
Charger plus dans à la une

Laisser un commentaire