Avec l’avènement du mois de ramadan, les produits de base sont entrés dans leur danse endiablée malgré les annonces que les prix sont à la portée de tous. Nous en avons fait le constat hier au marché central de la Ville de Tunis.

Pour le plaisir des yeux, rien ne vaut une petite virée au marché central de la Ville de Tunis. Les lumières, les couleurs, l’architecture du lieu, la foule, les voix, les bruits, et même les odeurs… sont un ravissement pour le flâneur. Mais si vous êtes là pour faire vos emplettes, vous ne pouvez manquer de porter le plus clair de votre attention vers ces petites pancartes à pique sur lesquelles les prix sont tracés avec soin à la craie blanche.

Attention au prix du couffin

C’est le second jour du mois de ramadan et le marché central regorge de produits de toutes sortes. L’offre ne manque pas sur toute la gamme allant des viandes aux légumes, en passant par les fruits et les poissons. Pourtant, il y a une ancienne règle des économistes de l’offre et de la demande qui semble totalement fausse chez nous. Cette règle, c’est la raison inverse entre la disponibilité des produits et leurs prix. En gros, quand tous les produits sont à profusion, les prix devraient baisser.

Malheureusement, ce n’est pas ce que nous avons observé, hier, au marché central, quand il a suffi de passer en revue les grands groupes de consommation pour se rendre à l’évidence.

En entrant du côté de l’avenue Charles de Gaulle, on tombe tout de suite sur le groupe viandes où ont peut relever que le veau est proposé à 21 dinars le kilo, l‘agneau à 26 DT, le poulet à 5,990 DT et l’escalope de poulet à 14,490 DT.

Quand on sort de la halle aux viandes et que l’on s’introduit dans l’allée principale du marché, on a tout de suite sous les yeux la quasi-totalité de l’espace fruits et légumes. On voit alors les carottes et les navets à 1,380 dinar le kilo, les petits pois à 2,600 DT, les poivrons normaux à 2,125 DT et les poivrons doux à 3,700 DT… mais nous découvrons tout de suite un fait bizarre. En ce mardi à 10h15 et alors que le marché bat son plein, aucune des échoppes vendant les tomates n’affichait les prix. Nous en demandons la raison à l’un des vendeurs. Il s’enflamme un peu. Nous le calmons en lui déclinant l’identité de La Presse. En tout cas, il ne nous dit pas la raison de ce prix à la tomate qui brille par son absence. Quelqu’un à côté nous dit que les commerçants ne veulent surtout pas entendre parler du kilo de tomates à 1,600 DT comme l’a annoncé le ministre du Commerce et qu’ils le proposent à plus de 2 dinars !

Retour aux étalages. Les fruits sont à la même enseigne avec la deglet nour à 10,980 dinars le kilo, la banane à 5,500 DT, la fraise à 2 DT la livre… On va plus loin, vers la halle aux poissons, pour trouver des prix totalement extravagants. Nous les dépassons pour regarder du côté de la moyenne ; les prix varient entre 3,600 DT pour les sardines à 15,600 DT pour le kilo de loup, en passant par 8 DT pour le thon. On est un peu sonné par ce déploiement de prix que tout le monde officiel décrit comme à la portée de tous sans dire ce que veut dire ce «tous». Prenez votre couffin et faites-en l’expérience.

Des chiffres qui disent le contraire des officiels

L’expérience du couffin semble avoir été anticipée par l’INS qui ne fait évidemment aucun commentaire de ce que disent les officiels de tous bords qui essaient de convaincre que les prix sont à la portée du citoyen moyen. Ce que donne l’INS, ce ne sont que des chiffres mais tellement éloquents qu’ils disent exactement le contraire des politiciens.

Cela commence par une manœuvre innocente : selon l’Institut, le taux d’inflation atteint 6,9% en avril contre 7,1% le mois précédent et 7,3% en février 2019 ; repli qui est dû essentiellement à la décélération du rythme d’augmentation des prix de l’alimentation (6,6% contre 7,5%).

Et cela aboutit vite à une vérité claire et nette : sur un an, les prix de l’alimentation ont augmenté de 6,6% en avril 2019, contre 7,5% en mars 2019. Cette hausse est expliquée par l’augmentation des prix des œufs de 34,7%, des produits laitiers de 11,8%, des viandes de 9,8% et des légumes de 8,6%. Hors produits frais, les prix de l’alimentation sont en hausse sur un an de 5,7%.

«Les prix de l’alimentation ont augmenté», voilà ce que dit l’INS et cela ne souffre pas la nuance. Mais voici le plus intéressant qui arrive, comme toujours, au moment où l’on observe l’inflation des prix des produits libres et administrés car la comparaison est frappante : en avril, les produits alimentaires libres ont connu une augmentation de 7,5% contre 2,3% pour l’alimentaire administré.

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