Aujourd’hui, les articles en cuivre martelé allient le design contemporain et la tradition. Inspirés des ustensiles traditionnels, les articles revisités sont devenus des objets de décoration séduisants et prisés.


Malgré la chaleur suffocante et le soleil brûlant qui embrase Tunis, l’air est plus doux à la Médina. Les voûtes croisées qui recouvrent les Souks ombragent les étroites venelles tortueuses qui les traversent et les échoppes qui les bordent et permettent ainsi aux passants d’y flâner. A Souk Ennhas, ce marché du cuivre pluriséculaire qui jouxte la rue de la Kasbah, principale artère de la Médina, la ruelle qui le longe est peu animée. Comme à l’accoutumée, chaque marchand est assis à l’entrée de sa boutique. Avec son flair de commerçant qui sait convaincre et satisfaire  sa clientèle, il dévisage les passants en les exhortant à jeter un coup d’œil sur les articles exposés. A quelques encablures du début de la venelle, un homme d’âge moyen attablé devant son plan de travail, le dos courbé, les yeux fixant un grand plateau en laiton, se sert d’un marteau et d’un  burin  pour réaliser des gravures ornementales en relief. Les coups du marteau retentissent de tous les côtés. “Ici à Souk Ennhas, il n’y a plus d’atelier de dinanderie ancestrale, métier qui a presque disparu. Pratiquement, tout le monde s’est converti au commerce des articles en cuivre. Le ciselage, le battage, le polissage, même la gravure ornementale sont, tous, faits et fignolés avec des machines. Jadis, le Souk rassemblait tout un éventail de métiers où chaque artisan se spécialise dans une des étapes de fabrication des pièces métalliques, comme le ciselage, le martelage, le polissage, etc.”, nous confie Noureddine, un des marchands les plus connus du Souk Ennhas. Il ajoute en chuchotant : “Il y avait même des juifs et des Maltais qui possédaient leurs propres fabriques au marché. Aujourd’hui, tout s’est évaporé”.

Reprise du commerce du cuivre 

Noureddine est âgé de 65 ans. Il a découvert le monde de la dinanderie à l’âge de 13 ans. Après quelques années passées auprès des maîtres artisans du Souk, le marchand du cuivre, clairvoyant, s’est vite converti au commerce. Pour bien vendre sa marchandise, il cite, sciemment, l’utilité de chacune des pièces étalées aux yeux des passants. Son échoppe regorge de produits et d’articles revisités en laiton ou en cuivre nickelé, de quoi plaire aux férus de l’artisanat du cuivre: théière, mortier et pilon, brûle-encens, bougeoir, plateaux de différentes tailles, ustensiles de cuisine étamés, seaux de hammam, lustres arabesques en verre sablé multicolore, sucriers, objets décoratifs, etc. Les prix varient essentiellement  selon la taille de la pièce, allant de 4 dinars à plus de 200. “La nature des articles demandés dépend de la saison. Si c’est le mois de Ramadan, ce sont les ustensiles de cuisine, comme les plateaux pour four, qui sont les plus prisés. Tandis que durant  la saison estivale  qui rime avec fêtes matrimoniales et retour des Tunisiens résidents à l’étranger, la demande est plutôt portée sur les articles de cadeaux, notamment les produits de décoration”, explique le sexagénaire. Il ajoute : “Même la crise du coronavirus n’est pas parvenue à nous achever, nous les commerçants du cuivre du Souk. Je peux vous affirmer qu’après le confinement, il y a une reprise du commerce au sein du marché du cuivre. Croyez-moi, j’exerce ce métier depuis plus de 50 ans et pas un seul jour ne passe sans que je  ne réalise des bénéfices”.

Aujourd’hui, les articles du cuivre martelé allient le design contemporain à la tradition. Pour une majorité de Tunisiens, il est indispensable d’avoir chez soi des objets décoratifs ou des ustensiles de cuisine ou de salle de bain en cuivre martelé. Signe d’authenticité et de savoir-vivre.

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