En détachement dans plusieurs pays, les enseignants-chercheurs appellent à l’amendement de la loi de 1993 pour prendre en considération l’impossibilité de se déplacer sur les lieux, pour cause de force majeure.

Depuis quelques jours, l’affaire des enseignants-chercheurs (maîtres de conférences et professeurs  universitaires), qui sont en détachement pour exercer dans le cadre de la coopération technique dans les quatre coins du monde, ne cesse d’enflammer les réseaux sociaux. Se trouvant, en effet, bloqués dans plusieurs pays depuis la propagation de la pandémie du coronavirus, ils ne peuvent pas participer aux auditions dans le cadre des concours de promotion de l’enseignement supérieur, puisque la loi de 1993 exige la présence obligatoire de tout postulant.

Un système à revoir ?

Pour l’universitaire Mahmoud Sami Nabi, membre de jury d’un concours de promotion au titre de maître de conférences en économie qui aura lieu au cours de ce mois, tout ce système mérite d’être revu et il va falloir révolutionner et digitaliser les esprits. « Plusieurs collègues ne peuvent pas venir en Tunisie pour participer aux auditions dans le cadre des concours de promotion de l’enseignement supérieur, vu les contraintes du confinement. C’est tout simplement hallucinant d’apprendre qu’on les informe que, d’après la loi de 1993, la présence est obligatoire…et que leur audition à distance n’est pas possible…Malheureusement, c’est toujours le genre de comportement bureaucratique qui persiste… et qu’il est de notre devoir de changer », affirme-t-il.

L’universitaire ajoute que la Tunisie, à l’instar de tous les pays, passe actuellement par une situation exceptionnelle et que la loi doit être amendée pour prendre en considération l’impossibilité de se déplacer à cause de la pandémie actuelle et surtout pour ceux qui sont dans des pays classifiés dans la liste rouge. «Avec les technologies numériques, au stade embryonnaire en 1993, la participation physique n’est pas la présence physique…A mon avis, pour ce sujet, il est très important de faire une comparaison avec ce qui se passe à l’international où les auditions ont  lieu à distance… A contexte exceptionnel, mesure exceptionnelle et gestion exceptionnelle », souligne-t-il.

L’autre alternative

Pour sa part, Asma Houcine, maître-assistant en comptabilité-finance à l’Essec de Tunis et détachée via la coopération internationale aux Emirats arabes unis depuis 5 ans, indique qu’elle est bloquée aux UAE alors qu’elle doit passer son concours de promotion en septembre prochain. « La date des auditions varie d’une spécialité à une autre. Il y en a certaines qui auront lieu dans moins de deux semaines (à partir du 20 juillet), alors que d’autres sont prévues pour les mois de septembre et novembre. Pour ce faire, je viens d’envoyer une demande formelle au ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique à travers l’ambassade de Tunisie à Abou Dhabi, pour qu’on puisse être auditionné en vidéoconférence au sein de notre ambassade. Je salue, à cette occasion, l’ambassade pour l’effort qu’elle a fourni, mais la réponse du ministère de tutelle était choquante, puisqu’elle fait la sourde oreille et nous répond que d’après la loi de 1993, la présence est obligatoire, alors que, cette même loi ne précise pas la ‘’présence physique’’, mais juste le terme ‘’la présence’’ a été indiqué », explique-t-elle, dans une déclaration accordée à La Presse.

Houcine ajoute qu’elle et ses collègues ont suggéré de passer les auditions en vidéoconférence auprès de leurs ambassades respectives comme c’est le cas pour les étudiants tunisiens bloqués en France et qui ont passé les examens à l’ambassade de Tunisie à Paris. Idem pour les plus grandes universités du monde ; Harvard, Cambridge, Oxford…où des soutenances de thèses ont lieu en vidéoconférence. « L’absence n’est pas un choix, c’est une obligation dictée par la crise sanitaire liée au coronavirus. Nous n’imaginons pas un autre choix ou une autre solution que de passer ces auditions en vidéoconférence, puisqu’il y aura présence mais non physique», précise-t-elle.

Ne pas laisser tomber son élite…

Un autre universitaire, qui veut garder l’anonymat, nous indique que pour cette année, plusieurs jeunes docteurs vont rater le concours de recrutement au titre de maître-assistant. « En Arabie saoudite seulement, on compte une centaine de jeunes docteurs qui sont bloqués et qui vont manquer les auditions…Il faut le dire, la plupart d’entre nous sont partis en détachement parce qu’il n’y avait pas de concours ouverts et de recrutement depuis 3 ou 4 ans. Que pouvons-nous faire face à un taux de chômage qui ne cesse d’augmenter d’une année à une autre ? Comment un pays laisse-t-il tomber son élite? Malheureusement, nous savons tous que plusieurs candidats ne vont pas pouvoir passer le concours car ils se trouvent bloqués, alors que dans un cas pareil, on doit être  solidaire, ce qui n’est pas le cas pour notre corporation…Dans le cas contraire, si les jurys avaient pris notre défense, les choses auraient été différentes », regrette-t-il.

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