Quand le passé de la photo s’efface au profit d’un présent en devenir, des personnages fantastiques naissent sur la surface, étonnants. Mahmoud en joue, comme l’on jouait avec les nuages, ou lisait dans les formes improbables qui jaillissent du hasard.

C’est sous l’effet de l’oubli, de la sédimentation, de la pourriture et de la décomposition que renaissent les photographies de Mahmoud Chelbi. Elles renaissent, tout en faisant remonter à la surface une part d’une mémoire oubliée et délaissée, telle une empreinte, une trace.

Les clichés remontent à la surface au gré du hasard, des accidents, des rencontres anodines de déménagement, et des gestes du quotidien.  Le temps en avait fait ses frais, l’humidité, la négligence et le manque d’intérêt. Mais ils continuent à être le témoin de leur époque, à porter la marque de leur temps, la trace de l’instant de leur réalisation, le souvenir qu’ils évoquent, celui d’un spectacle musical ou d’une pièce de théâtre.

De ces clichés, il ne reste que l’ombre d’une chaise, la tête à moitié visible de ceux qui étaient là, la lumière qui s’y est dissoute, une couche décrépie et des couleurs… une giclée de couleurs ou une coulée de larves créant des difformités qui laissent libre cours à un imaginaire sans limites. Quand le passé de la photo s’efface au profit d’un présent en devenir, des personnages fantastiques naissent sur la surface, étonnants. Mahmoud en joue, comme l’on jouait avec les nuages, ou lire dans les formes improbables qui jaillissent du hasard.

L’artiste libère son geste et s’abandonne à un traçage affranchi. De la photo de scène, nous passons à un exercice d’une extrême légèreté, la fluidité d’un geste au marqueur qui souligne, contourne. Une recherche nonchalante d’un mouvement, d’un point ou marque. Ce travail de marquage génère un sens, un sens propre à la couleur et à la forme. Le trait est forcé, le hasard est au rendez-vous et le résultat plait. De la pourriture au beau, un équilibre qui ne tient qu’à un fil. Les photos se révèlent et se trouvent un nouvel équilibre, sortent de leur temporalité et en créent une intemporalité. Du visible à l’invisible, de l’utile à l’inutile, du pourri à l’esthétique et des archives décomposées vers une vie au cœur du virtuel.

Chelbi ne s’arrête pas là, il n’est pas réfractaire à ce que peut lui offrir les nouvelles techniques. Il scanne, traite, accentue sans vraiment toucher à la matrice. Il cherche les bonnes combinaisons pour révéler au mieux ces taches faites de couleurs et de lumière.

Dans toute cette démarche, Mahmoud Chelbi joue. Ce genre d’exercice fait partie de sa pratique. De par son âme libre de ne pas vouloir choisir une seule vocation ou de les choisir toutes à la fois, il trouve dans ce qui est destiné à la disparition, la voie d’une création.

Le confinement lui a donné cette envie de surfer sur le virtuel, d’y exister et de créer une sorte de galerie. Il poste, il échange et des tirages qu’il met en vente. Cette galerie virtuelle balise le terrain pour sa prochaine exposition réelle avec ces clichés imprimés sur toile à l’Aire libre d’El Teatro en septembre prochain. Démarche et rendu valent vraiment le détour.

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