Le secrétaire général de l’Union générale des médecins vétérinaires, Mohamed Methnani,  considère que la majorité des abattoirs tunisiens fonctionnent dans des conditions catastrophiques et ne répondant pas aux normes d’hygiène, ce qui constitue un risque pour la santé humaine.

Contrairement aux autres secteurs ou activités qui souffrent d’un vide juridique, l’abattage des animaux est soumis à une réglementation officielle depuis des dizaines d’années; loi 64-66 du 26 juillet 1966 abrogée par la loi N° 2005-95 du 18 octobre 2005, relative à l’élevage et aux produits animaux. Mais l’adoption définitive de la loi ne signifie pas son application, car d’après Mohamed Methnani, SG de l’Union générale des médecins vétérinaires, la quasi-totalité des abattoirs tunisiens sont dans un état catastrophique et ne répondent pas aux conditions sanitaires ainsi qu’environnementales en vigueur. Malheureusement, sur les 200 abattoirs existants, seule une dizaine répond aux conditions sanitaires et d’hygiène requises par l’agrément sanitaire vétérinaire géré par un arrêté ministériel depuis mai 2006. Donc, la situation est loin d’être  rassurante.

Des difficultés structurelles
Dans une déclaration à La Presse, M. Methnani indique que le matériel et l’équipement d’une grande majorité des abattoirs tunisiens sont rudimentaires et ne répondent nullement aux exigences d’un abattage normalisé et conforme aux bonnes pratiques. Ce constat a été confirmé, notamment, après la Révolution qui a eu un impact direct sur toute l’activité économique du pays, mais aussi sur les comportements des professionnels concernés par cette activité qui ignorent, aujourd’hui, les bonnes pratiques d’hygiène et le renforcement, ainsi que l’amélioration des services de santé. « Les équipements en place devraient être constitués d’un palan, d’un rail d’abattage, d’un compresseur, d’une balance électronique, d’une chambre froide pour le stockage des pièces saisies…Mais sur le terrain, pour plus de 90% des abattoirs, les équipements en place comprennent seulement un palan et un compresseur sans plus, ce qui est insuffisant », regrette-t-il.

M. Methnani ajoute qu’avant l’abattage, l’animal doit faire une diète hydrique de 24 heures. Cette diète hydrique permet de corriger les effets liés au stress de l’animal, mais surtout de reconstituer les réserves glycogéniques qui vont intervenir plus tard dans la maturation de la viande. Au niveau de l’abattoir, le repos des animaux permet également aux vétérinaires la réalisation d’une seconde inspection sur pied.

Le responsable reproche aux municipalités (qui gèrent la totalité des abattoirs) cette situation effrayante et inquiétante et insiste sur l’urgence de rectifier et d’assainir dans les plus brefs délais la situation des abattoirs qui font face à un problème sanitaire, d’infrastructure et d’environnement. « L’animal est acheté du marché de bestiaux qui n’est pas contrôlé. Il est transporté dans des conditions d’hygiène inappropriées et quand il arrive à l’abattoir, sa réception ne se fait pas conformément à la loi existante… Dans des conditions normales, les animaux sont déchargés de la bétaillère dans le calme, avec des rampes et des quais adaptés, alors que ce n’est pas le cas en Tunisie où les animaux sautent derrière les camions. Il s’agit là d’un mauvais traitement des animaux et des viandes qui sont abattus…Il faut le dire, dans l’état actuel des choses, les conditions de transport et du bien-être animal sont totalement absentes», précise-t-il.

A cet égard, l’infrastructure existante ne permet pas d’assurer un bon abattage ou une bonne inspection et n’assure pas une sortie offrant toute garantie sanitaire des viandes ou des animaux. «D’une manière générale, les camions, qui amènent les animaux vivants, transportent dans une deuxième phase les viandes. On les nettoie avec un peu d’eau, on met un peu de plastique puis on y remet la viande. Donc, les bonnes conditions de transport de la viande n’existent pas, d’où la nécessité de mettre fin à ces conditions catastrophiques», souligne-t-il.

Un risque élevé de tuberculose bovine
Les risques de tuberculose bovine existent et persistent car cette maladie passe à l’homme, ce qui menace la santé publique. Le problème de tuberculose est surtout dans l’élevage. Si l’animal passe par un abattoir contrôlé, on peut le sauver et protéger par la suite la santé humaine. Pour réduire et éliminer ce risque, considéré élevé par les professionnels du secteur, il faut appliquer les bonnes pratiques de l’hygiène au niveau de l’élevage.

D’après M. Methnani, il y a d’autres maladies qui menacent notre santé, à l’instar de la brucellose ou les maladies pulmonaires. C’est pourquoi l’application de la réglementation en vigueur concernant les bonnes pratiques d’hygiène et les agréments sanitaires vétérinaires reste l’une des meilleures solutions qui peuvent sauver, en partie, la situation et éliminer ce risque. Mais on a besoin d’un programme national d’assainissement qui pourrait s’étaler sur une trentaine d’années, car ce dernier devrait être appliqué partout, dans toutes les régions et tous les marchés, et d’une manière progressive.

Les moyens financiers, l’autre souci…
On doit, également, avoir des marchés contrôlés et des attestations de certificat sanitaire qui accompagnent l’animal pour assurer sa traçabilité et son identification (numéro de l’animal, son passeport sanitaire… afin qu’il soit contrôlé avant son entrée sur le marché). « Dans sa forme actuelle, ce programme touche un pourcentage réduit de cheptel à cause d’un problème d’indemnisation. Quand on trouve une vache atteinte de tuberculose, on doit procéder à son isolement et puis décider si elle passe à l’abattoir ou non, après avoir effectué tous les tests. Si elle est destinée à l’abattage, on doit indemniser l’éleveur sur la base de 70% du prix du bovin de la vache qui est infectée. Or, ce n’est pas le cas, notamment, dans le secteur privé, ce qui bloque l’avancement de ce plan d’assainissement », explique-t-il.

M. Methnani affirme que les équipes de contrôle et les médecins vétérinaires font leur travail et n’épargnent aucun effort pour améliorer cette situation préoccupante. Mais ce qui pose vraiment problème, c’est l’investissement dans ce programme. « L’assainissement des maladies animales exige beaucoup d’investissement. Donc, le côté financier pose un sérieux problème  pour faire réussir ce projet, loin d’être considéré comme l’une des priorités de notre gouvernement. Le travail effectué dans ce cadre reste toujours insuffisant ».

Pour conclure, M. Methnani indique qu’il faut passer à l’application de la loi en vigueur, mais d’une manière progressive pour éviter la fermeture de la majorité des abattoirs du pays, respecter les bonnes pratiques d’hygiène pendant l’élevage, assurer un bon transport des animaux vers l’abattoir qui doit répondre aux conditions hygiéniques et sanitaires avec une infrastructure respectable… On sent un effort considérable dans ce sens-là après notamment la création d’un comité de suivi et de contrôle des abattoirs qui a éliminé un bon nombre de ces bâtiments qui ne respectent pas la loi. Mais beaucoup reste à faire bien que le manque de moyens financiers pose problème.

Dans le même ordre d’ idées, M. Methnani réitère l’importance de mettre à niveau les abattoirs d’animaux de boucherie, de mettre à niveau les marchés aux bestiaux pour un meilleur contrôle du statut sanitaire des animaux et de mettre en place un plan de surveillance et de contrôle des résidus dans les viandes rouges (résidus d’antibiotiques, d’hormones , de pesticides ,de métaux lourds…).

Charger plus d'articles
Charger plus par Meriem KHDIMALLAH
Charger plus dans à la une

Laisser un commentaire