Le collectif contre la torture a affirmé que plusieurs cas d’allégations de torture et de mauvais traitements ont été rapportés durant l’année dernière
Après la révolution, la torture est-elle encore pratiquée dans les prisons et les lieux de détention? Selon les membres du collectif contre la torture, la réponse est affirmative. Bien qu’il y ait une unanimité sur le caractère non systématique de la torture et du mauvais traitement pratiqués dans les prisons et les centres de détention, la torture est désormais une pratique ancrée, affirment les défenseurs des droits de l’Homme et membres du collectif contre la torture. Et bien qu’il y ait une reconnaissance de l’Etat de la journée du 8 mai comme journée nationale contre la torture qui a été déclarée en 2014 par l’ancien président de la République, M. Moncef Marzouki, et officiellement adoptée le 8 mai 2016 par le président Béji Caïd Essebsi, le chemin vers l’éradication des mauvais traitements et de la violence dans les prisons est encore, semble-t-il, long. En effet, les défenseurs des droits de l’Homme déplorent l’absence de volonté politique pour éradiquer ces pratiques. De surcroît, à l’approche des échéances électorales, des membres du collectif, notamment le président de la Ligue tunisienne des droits de l’Homme (Ltdh), Jamel Msalem, appellent les divers partis politiques à se positionner par rapport à la question de la torture.  C’est ce qui ressort en substance de la conférence de presse organisée hier par le collectif contre la torture au siège du Syndicat national des journalistes tunisiens (Snjt), à l’occasion de la journée nationale contre la torture. Comptant 7 organisations non gouvernementales dont on cite principalement la Ltdh, l’Organisation mondiale contre la torture (Omct) et l’Organisation contre la torture en Tunisie (Octt), le collectif se veut un noyau rassembleur pour la lutte contre la torture.

Absence de volonté politique

Intervenant sur le sujet relatif aux conditions de détention, Hajer Nassr, membre de l’Octt, a mis l’accent sur la surpopulation carcérale. Elle a fait savoir qu’au cours de l’année dernière, le nombre de personnes incarcérées a atteint 22 mille, dépassant ainsi largement la capacité d’accueil des établissements pénitentiaires qui est aux alentours de 17 mille personnes. À cet égard, elle a expliqué que la politique répressive régissant le code pénal et le recours répandu à la détention préventive sont à l’origine de cette surpopulation dans les établissements pénitentiaires. En outre, elle a noté que des cas de décès survenus en détention ont été, également, enregistrés.

S’exprimant sur le rôle de la justice, notamment des magistrats, dans la lutte contre la torture, l’ancienne présidente de l’Association des magistrats tunisiens Raoudha Karafi a expliqué que l’absence d’un cadre législatif consacré aux crimes liés à la torture, l’absence de spécialisation et surtout l’absence de suivi des procès intentés contre ceux ayant pratiqué la torture traduisent un manque de volonté politique pour mettre fin à la torture. Par ailleurs, elle a contesté le projet de loi relatif à la justice transitionnelle, proposé par le ministère chargé des Relations avec les instances constitutionnelles, la société civile et des droits de l’Homme et qui permettrait d’ancrer l’impunité, soutient-elle.

De son côté, Oussama Bouajila, représentant de l’Omct en Tunisie, a mis l’accent sur l’impunité qui est à l’origine de la persistance des pratiques de la torture. En outre, il a souligné que les examens médicaux prouvant les actes sexuels — qui sont par ailleurs des pratiques de torture selon les traités internationaux — sont toujours exercés ouvertement dans les établissements de détention.

Par ailleurs, les intervenants ont fait savoir que le 8 mai a été choisi comme journée nationale contre la torture suite à la mort sous la torture de l’activiste Nabil Barakati au centre de détention de Gaâfour (Siliana) le 8 mai 1987.

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