Selon le comité de défense des martyrs Chokri Belaïd et Mohamed Brahmi,  l’un des lieutenants de l’appareil secret, le dénommé Mustapha Khedher, a été officiellement accusé, le 28 mai dernier, de rétention d’informations sur l’opération d’assassinat du martyr Brahmi. L’appareil secret d’Ennahdha serait, aussi, derrière le brouillage de toutes les pistes mentant à la vérité.


Sept ans après, l’affaire du martyr Mohamed Brahmi, assassiné le 25 juillet 2013, n’a pas livré tous ses secrets. Pourtant, les preuves de culpabilité ne manquent pas au dossier de l’instruction pour trancher et juger, sans tarder, les coupables. Dans un contexte commémoratif, le comité de la défense a tenu, hier matin à Tunis, une conférence de presse sur « le rôle de l’appareil secret d’Ennahdha dans l’assassinat de Brahmi », un des illustres fondateurs du Courant populaire après la révolution.

Maître Anouar Bassi, membre de la défense du martyr, est revenu sur les rebondissements de l’enquête judiciaire, assurant avoir à sa disposition toutes les pièces à conviction qui témoignent de l’implication du mouvement Ennahdha et ses complices — soit des cadres sécuritaires — dans ce crime politique odieux, selon ses propos. «Aujourd’hui, on peut dire, documents à l’appui, détenir les ficelles de la vérité », déclare-t-il, pointant du doigt l’ex-juge d’instruction Bechir Akremi, devenu, depuis 2016, procureur de la République du tribunal de première instance de Tunis. Il a accusé ce magistrat d’avoir camouflé les preuves, d’avoir fait main basse sur la justice et d’avoir manipulé  le déroulement de l’enquête. Selon lui, ce juge « controversé » n’a pas cessé de tout ménager pour mettre Ennahdha et ses compères au-dessus de tout soupçon. « Les masques sont tombés, le dénommé Akremi a été acculé à renoncer à s’occuper de l’affaire, qui a été transférée, le 14 juillet dernier, au Tribunal de  l’Ariana», a-t-il conclu.

Quatre suspects

Dans la foulée de ces rebondissements, Me Wafa Alibi, membre du comité de défense, s’est attardée sur les décisions judiciaires de la Chambre d’accusation comportant d’autres révélations de taille. Il s’agit de trois données importantes : annulation des accusations, a priori, adressées à l’encontre de Wahid Toujani, Mustapha Ben Amor et Mehrez Zouari, auxquels s’ajoute Ali Laârayadh. La plainte du comité de défense déposée à leur encontre est, de nouveau, renvoyée au ministère public. L’on demande, alors, à Bechir Akremi de maintenir l’affaire ou de la transférer, martèle-t-elle. Autre donnée, Ameur Belaazi, Mustapha Khedher et Mohamed Akkari, trois présumés impliqués dans l’affaire qui sont aussi mis en cause. « Désormais, le rôle de l’appareil secret du Mouvement nahdhaoui dans l’assassinat du Brahmi n’est plus à démontrer.. », indique-t-elle. Et de poursuivre que le juge d’instruction aura beaucoup à faire pour démêler l’écheveau et édifier sur les dessous de l’enquête. Il devrait enquêter sur les informations relatives à l’assassinat que l’ambassade des Etats-Unis à Tunis doit livrer à la justice. De même, le ministère de l’Intérieur est appelé à tout révéler, y compris l’ensemble des documents et correspondances envoyés du 12 au 25 juillet 2013 à la Présidence du gouvernement. 

Le procès transféré à l’Ariana

Pour son collègue Imen Gzara, l’affaire où il y a eu effusion de sang ne sera pas étouffée. Et là, Ennahdha semble, à ses dires, être la partie qui s’intéresse le plus à ne pas dévoiler la vérité. Son aile sécuritaire secrète y demeure fortement impliquée. A preuve, un de ses lieutenants le dénommé Mustapha Kedher a été officiellement accusé, le 28 mai dernier, pour rétention d’informations sur l’opération d’assassinat du martyr Brahmi. L’appareil secret d’Ennahdha a été, aussi, derrière le camouflage de toutes les pistes mentant à la vérité. Pis encore, le nom de l’actuel président de l’ARP et président du parti islamiste Rached Ghannouchi refait, également, surface.

L’homme, qui aurait entretenu des relations suspectes avec Khedher, est, lui aussi, mis sur le banc des accusés. « Son numéro de téléphone portable (de Ghannouchi) avait, à plusieurs reprises, sonné la veille du 25 juillet 2013, soit le jour de l’assassinat du chef du courant populaire, Mohamed Brahmi devant son domicile à l’Ariana», a-t-elle encore rappelé, témoignant que toutes les communications téléphoniques étaient avec Mustapha Khedher. Il est temps, dit-elle, de libérer la justice de toute forme de pression. Bechir Akremi avait tant protégé Ennahdha et son président, affirme Me Gzara. Et pour cause.

L’affaire Brahmi est désormais entre les mains du Tribunal de l’Ariana, c’est ce qu’a ordonné tout récemment la cour de cassation de Tunis.

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Un commentaire

  1. Liberte

    24/07/2020 à 08:35

    Ce martyre ne trouvera jamais justice, ni surtout la paix. On connaît avec certitude les assaillants et les vrais commanditaires de son assassinas et hélas la justice ne peut rien faire ni comment réagir pour faire avancer l’affaire.

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