Sur fond de tensions politiques accentuées par la crise économique, le Parlement tunisien est la scène de multiples tergiversations et manœuvres  susceptibles de l’éloigner de sa mission principale… Une charte verra le jour très prochainement et porterait sur les relations entre la société civile et l’ARP. Le président du Centre d’études méditerranéennes et internationales (Cemi), Ahmed Driss nous présente sa lecture de la situation actuelle et des scénarios envisageables.

Comment évaluez-vous le rendement de l’Assemblée des représentants du peuple, alors qu’elle est presque à l’arrêt actuellement ?

Trop faible. Une comparaison rapide avec la législature précédente rend compte de cette faiblesse. En effet, l’ARP sortante a voté durant la même période deux fois et demie de plus de lois. Même en prenant en compte la crise sanitaire qui a considérablement ralenti le fonctionnement de l’institution, le rendement de la présente ARP reste très en deçà de ce qui est demandé. Pendant ce temps, beaucoup d’énergie est dépensée, souvent vainement, dans des querelles politiciennes sans incidence positive sur la vie quotidienne des citoyens.  

 

D’une part, le Chef du gouvernement est démissionnaire et, d’autre part, le président de l’ARP est l’objet d’une motion de retrait de confiance. Ne pensez-vous pas qu’on va vers une dissolution du Parlement et la convocation de nouvelles élections législatives par le Président de la République? Ou est-ce que la nouvelle personnalité que le Président désignerait pour former le nouveau gouvernement serait capable de dresser une feuille de route tenable et rassemblerait les diverses tendances politiques autour d’un projet de sortie de crise?

La dissolution du Parlement est un moyen constitutionnel justement prévu pour résoudre certaines crises et débloquer une situation de paralysie institutionnelle. Ce même moyen pourrait aussi constituer un outil de coercition aidant à convaincre les forces parlementaires à trouver des compromis pour éviter des élections anticipées, ce qui est le plus probable pour la situation qui prévaut en Tunisie. La plupart des partis parlementaires, et même des indépendants, n’ont aucun intérêt à aller à la rencontre de leur électorat ; ils vont donc chercher à peser sur le choix du nouveau chef du gouvernement et sur la composition de celui-ci. Toutefois, la situation aujourd’hui semble donner plus d’options au Président de la république, la trouvant plus propice à un choix moins partisan et donc plus indépendant. Cela dit, indépendant ou politique, le futur chef du gouvernement aura à hériter des mêmes difficultés et aura beaucoup de mal à imposer un plan d’urgence de sauvetage accepté par tous, partis politiques et organisations nationales.  

 

Pensez-vous que la société civile est capable d’inverser la tendance actuelle de blocage et quel rôle pourra-t-elle jouer afin de recarder les débats politiques actuels?

Il faut se demander au départ de quelle société civile on parle. S’il s’agit par exemple de l’Ugtt, alors oui cette organisation est capable à tout moment et avec un effet immédiat d’obliger les décideurs de changer de cap. Quant au reste de la société civile, il est uniquement capable d’agir sur le long terme, impactant la culture, le comportement et l’appropriation de l’espace démocratique et ses exigences en termes d’Etat de droit et de bonne gouvernance.

 

Nous avons eu des échos autour d’une convention de collaboration entre l’ARP et la société civile et qui serait officialisée très prochainement. Quels sont les objectifs de ce partenariat et quel apport attendu de la société civile dans cette situation caractérisée par un flou persistant notamment sur le plan politique?

C’est plutôt une charte et non une convention qui définit les valeurs et principes de base des relations entre l’ARP et la société civile qui travaille avec celle-ci ou ayant une activité en relation avec les parlementaires. Ainsi les deux parties doivent accepter d’être inclusives, ouvertes, intègres, impartiales et agir dans le cadre du respect mutuel sans aucune interférence dans le travail et le fonctionnement de l’autre, évitant ainsi la suspicion et la méfiance. La société civile et l’ARP doivent ainsi travailler main dans la main afin d’améliorer le produit législatif et être plus répondant aux attentes des citoyens.

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