La «Tunisian society of cinematographers» (TSC) est l’Association tunisienne des directeurs de la photographie cinématographique qui vient de voir le jour. Dans cet entretien, son président, le directeur photo Amine Messadi, nous donne plus d’explications sur les objectifs de cette association.


L’idée d’une association de directeurs photo a mis longtemps pour mûrir…

L’idée de créer un espace de débat et d’échange autour de notre métier a été lancée en 2015 avec feu Ali Ben Abdallah. En effet, il est rare que ce métier soit débattu et l’on se contente, simplement, de décrire l’image bonne ou mauvaise au passage sans aller plus loin. L’idée a encore mûri pendant le confinement avec un cercle de professionnels en D.O.P. On ne pense pas seulement au débat, mais aussi à la formation et à la chaîne de production qui évolue tous les jours avec les nouvelles technologies. On voit même naître de nouveaux postes dans le département image qui n’existaient pas auparavant et les professionnels ont besoin de faire tout le temps des mises à jour. C’est ce qui nous a encore motivés, entre autres, à lancer cette association.

Comment avez-vous envisagé vos rapports avec le syndicat des techniciens ?

Le syndicat des techniciens englobe tous les techniciens exerçant dans le cinéma mais, aujourd’hui, à mon sens les soucis de chaque département sont en train d’évoluer et le nombre des techniciens ne cesse de s’accroître. Les préoccupations de chaque département non plus ne sont plus les mêmes. L’idée est de lancer des associations qui n’ont rien à voir avec le syndicat et de créer des QG de réflexions sectorielles qui proposent le fruit de ces réflexions aux syndicats. Comme pour les chefs Op, l’idée a séduit les assistants et les cadreurs qui vont également lancer une association (Tunisian Cinema Crew). Pour lors, nous avons créé un bureau constitué de Hazem Berrabah, Ikbal Arafa, Imed Issaoui, Karim Chalghoum et moi-même.

Est-ce aussi une manière de valoriser la fonction de DOP à laquelle celle de l’auteur-réalisateur fait de l’ombre ?

C’est totalement assumé de notre part : le directeur de la photographie pour le cinéma (je ne parle pas de télé) est également un élément important dans cette écriture particulière. Oui disons-le : le DOP aujourd’hui doit être considéré comme un auteur. Il n’est pas là pour exécuter, il a les mêmes droits que le comédien ou le réalisateur. Dans le cinéma, l’image est une création et les directeurs photo dans le monde sont considérés comme des artistes-auteurs. La preuve de la place étroite du directeur photo, c’est qu’en Tunisie par exemple pendant les JCC qui est un grand festival arabe et africain, on n’a jamais entendu parler d’un master-class animé par un directeur photo tunisien, africain ou arabe et, pourtant, nous avons des noms prestigieux dans ce métier.

Est-ce un métier qui s’exporte ?

Bien évidemment ! Et il fait partie de l’histoire du cinéma tunisien ! Cela a commencé par Youssef Ben Youssef qui a travaillé avec Mohamed Malass. Aujourd’hui, il y a Sofiène El Fani, Mohamed Maghraoui, Hazem Berrabeh ou moi-même qui travaillons avec des réalisateurs étrangers de renom et sur des productions internationales. C’est très important de prendre en considération cette touche tunisienne à travers l’image dans l’histoire du cinéma arabe et africain.

L’association se propose aussi de réfléchir sur l’archivage des images…

En effet ! Au temps de la pellicule, les images d’un DOP sont conservées quelque part dans un laboratoire en général. Aujourd’hui, on travaille avec du numérique dont l’archivage est difficile. Tout est stocké sur un disque dur et parfois une fois le film achevé, on efface les rushs pour exploiter les disques durs. En tout cas, pour nous, c’est un sujet de réflexion très sérieux qu’on doit vulgariser auprès des producteurs, entre autres. Aujourd’hui, il y a de nouvelles technologies comme la LTO qui permet d’archiver tous les rushs sur des disques qui ne consomment pas beaucoup d’espace. Mais il faut expliquer cette nouvelle technologie dans ses détails et c’est l’un des objectifs de notre association par exemple. Ce partage d’information et cette mise à jour constante font aussi partie des fonctions d’un DOP à mon sens.

Vous avez aussi parlé de formation, qu’entendez-vous par là ?

Nous constatons malheureusement que la formation universitaire en termes d’image souffre de plusieurs carences. Nous constatons cela dans la réalité du terrain et à travers les stagiaires ou les assistants qui nous accompagnent sur les plateaux. Les jeunes diplômés arrivent avec un savoir technique et ils croient que la maîtrise technique de la caméra leur suffit pour être directeur de la photographie en cinéma. Ceci est une idée complètement erronée. Il y a de grands directeurs photo dans le monde qui n’avaient rien à voir avec l’approche technique d’une caméra; par contre, ils avaient une approche esthétique et artistique de l’image et c’est ce qui manque dans les formations aujourd’hui. Cette association va nous permettre d’encadrer également ces jeunes (à travers les master class) et de leur expliquer ces approches esthétiques et les faire profiter de nos expériences.

Les nouvelles technologies ont-elles facilité le métier du directeur de la photographie selon vous ?

Non, cela n’a jamais été facile. Un DOP a toujours des choses à apprendre et c’est avant tout une question de maturité sur tous les plans, mais c’est aussi une question de culture et de sensibilité qui vient avec l’âge. Bien sûr qu’avec un téléphone, aujourd’hui, on peut tout filmer et les nouvelles technologies démocratisent la prise de l’image, mais ce qui distingue un directeur photo, c’est que son image est toujours un plus par rapport au flux des images qui nous inondent dans la publicité ou les réseaux sociaux ou les télés par exemple. C’est le côté artistique ou le background culturel qui reste toujours le plus difficile à acquérir.

La TSC ambitionne-t-elle de devenir un label, à l’instar de l’ASE (American society of editing) ou de l’ASC (Amerian society of cinematographer) ?

Oui, on compte créer un Label TSC qui ne sera pas délivré à tout le monde suite à une adhésion, mais à des directeurs photo dont le travail a reçu l’aval d’un conseil artistique et technique (une sorte de comité de sages). Pour nous, ce sera un label de qualité. Cela encouragera également les DOP à s’aventurer plus dans la création pour intégrer ce label.

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