Le 40e jour du décès de Chadly Klibi organisé le 9 juillet à la Cité de la culture, baptisée à cette occasion du nom de l’illustre homme d’Etat disparu le 13 mai à Carthage, a été l’occasion de la publication d’un ouvrage retraçant sa vie et son œuvre.


«Chadly Klibi 1925-2020» est une publication du ministère des Affaires culturelles, généreusement illustrée par des photos d’archives, dont beaucoup sont inédites. Elle réunit des témoignages de quarante personnalités, parmi lesquelles on compte douze anciens ministres de la Culture, mais également des diplomates, des artistes, des femmes et hommes de lettres, des historiens, des juristes, des journalistes…Tous ont accompagné Chadly Klibi dans l’une ou l’autre des diverses sphères de sa foisonnante carrière : à la tête de la radio tunisienne, au ministère des Affaires culturelles, à la présidence de la municipalité de Carthage et à la Ligue des Etats arabes. Le livre s’achève sur une bibliographie listant les livres, articles, discours de Chadly Klibi : une manière de rappeler que l’homme maîtrisait aussi l’art de l’écriture, muni qu’il était d’une plume sensible et fine, que venait enrichir une profonde culture.

Dans son témoignage, Béchir Garbouj, ancien directeur de cabinet de Chadly Klibi, SG de la Ligue des Etats arabes (1981-1990), le diplomate revient sur la genèse de la nomination de Klibi à la tête du ministère des Affaires culturelles.

« Début des années 60. Bourguiba hésitait encore à créer un ministère de la culture. Ce dirigiste avait peur de la tentation (ou peut-être de l’accusation) de mainmise sur un secteur qui ne peut s’épanouir que dans la liberté et la transgression. Mais le Général de Gaulle, s’appuyant sur André Malraux, venait de franchir le pas en créant un ministère des Affaires culturelles. Ce fut une sorte de feu vert».

A ce moment-là se posa la question du candidat idéal à ce poste. Bourguiba demanda alors, toujours selon le récit de Béchir Garbouj, à quelques collaborateurs de lui soumettre des propositions. Le Président opte pour la candidature de Chadly Klibi.

« On peut parier que si Klibi ‘‘l’emporta’’, ce fut parce que ses idées étaient celles qui s’inséraient le mieux dans l’œuvre de refondation engagée depuis 1956 par Bourguiba », écrit Béchir Garbouj.

Le 7 octobre 1961, le chef de l’Etat lui attribua la mission de mettre en place les différentes structures du ministère des Affaires culturelles qu’il dirigea lors d’une première période jusqu’en 1970.

«Son projet de ministre se résumait en une formule pleine de grandeur : démocratiser la culture et faire en sorte qu’elle soit accessible à tous et partout dans le pays. Promesse tenue. La culture n’était plus seulement le privilège des citadins chanceux», note de son côté Latifa Lakhdar, universitaire et ancienne ministre des Affaires culturelles. Son témoignage est d’autant plus fort qu’elle a vécu, enfant à Zarzis, les fruits de la politique de Klibi, accédant librement au cinéma et gratuitement aux livres à travers les bibliothèques publiques, qui ont couvert tout le territoire du Nord au Sud du pays.

Sonia Mbarek, autre ministre des Affaires culturelles, rend hommage à son leadership et sa capacité à mobiliser autour de lui de jeunes artistes et de valeureux intellectuels. Ce sont eux probablement qui lui ont proposé d’impulser «une politique basée entre autres sur l’enseignement généralisé des disciplines artistiques (théâtre, musique, dessin), le financement des troupes théâtrales et musicales, la mise en place d’un cadre réglementaire des pratiques artistiques, la création des prestigieux festivals de Carthage, Hammamet, des Journées cinématographiques de Carthage, etc.».

Le témoignage de Raja Farhat dans l’ouvrage met en avant  les fruits de la politique culturelle du Malraux de Bourguiba. L’homme de théâtre relate son voyage à Avignon avec le reste du groupe de la compagnie de jeunes acteurs ayant décroché en 1967 le premier prix du Festival du théâtre scolaire, une création de Chadly Klibi. Raja Farhat se rappelle  la fascination et le bonheur inouïs de ces adolescents face à Planchon, Béjart et Vilar lors de soirées de débats et de discussions autour des œuvres de ces géants du théâtre et de la danse. Car Klibi avait décidé, pour inciter ces jeunes à poursuivre des carrières dans le quatrième art, à les envoyer à cette prestigieuse rencontre autour du théâtre. Il réussit son pari et laissa après son départ du ministère une génération férue d’art et de culture.

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