Avec la désignation par le Président Kaïs Saïed de Hichem Mechichi en vue de la formation du prochain gouvernement dans un délai expirant le 25 août et l’obligeant à révéler la composition de son équipe ministérielle, au plus tard le 26 août, l’on s’est posé la question suivante : quelle est la démarche que le Chef du gouvernement désigné va choisir pour mener ses consultations avec les chefs des partis et des coalitions représentés au Parlement et aussi avec les responsables des organisations professionnelles, des associations de la société civile, sans oublier les personnalités dites «nationales» dont il jugera utile d’écouter les propositions.

On s’est interrogé si le ballet quotidien auquel il nous a été donné d’assister à deux reprises au palais Edhiafa allait se reproduire, quand Habib Jemli recevait pour former son gouvernement (qui n’a pas obtenu la confiance des députés même après le prolongement d’un mois du délai constitutionnel) et quand les responsables des mêmes partis, organisations et associations défilaient au même palais pour deviser avec Elyès Fakhfakh, écouter ses analyses, lui exposer leurs conditions et leurs exigences et attendre ses réponses.

Une seule réponse à ces questionnements a fusé auprès des services de communication du Chef du gouvernement désigné : Hichem Mechichi tiendra deux points de presse par semaine en vue d’éclairer l’opinion publique sur ce qu’il va se passer réellement entre lui et ses différents interlocuteurs.

Quant à ceux que le Chef du gouvernement désigné va rencontrer, il nous a été donné de comprendre qu’ils ne feront pas de déclarations aux médias à l’issue de leurs entretiens avec Mechichi.

Et les premiers à être reçus au palais Edhiafa, à savoir Noureddine Taboubi, Abdelmajid Ezzar, Habiba Jerbi, Samir Majoul et Néji Bghouri, le président du Syndicat des journalistes, ont apparemment respecté «les consignes» ou «les recommandations amicales» du Chef du gouvernement désigné et n’ont pas fait de déclarations aux journalistes, peut-être pour laisser la primeur à Mechichi lors de sa première conférence de presse qu’on attend une semaine après le démarrage des consultations.

Sauf que les chefs des blocs parlementaires reçus par Mechichi, une fois les vacances de l’Aïd El Kébir consommées, c’est-à-dire à partir du lundi 3 août, n’ont pas suivi la consigne et ont livré aux journalistes les déclarations coutumières chargées de petites phrases incolores et inodores où le citoyen désireux d’être informé sur la tournure des négociations reste sur sa faim, même si ces rencontres sont à leur première étape, comme l’a laissé entendre Noureddine B’hiri, chef du bloc parlementaire d’Ennahdha, donnant l’impression que Mechichi envisage de rencontrer, de nouveau, les représentants nahdhaouis mais, cette fois, en la personne de leur président, Rached Ghannouchi, afin de conclure les choses sérieuses, ce qui revient à dire les ministères qui seront attribués aux nahdhaouis en contrepartie de leur confiance au futur gouvernement.

Et comme le Chef du gouvernement désigné se contente toujours de garder le silence à l’issue de chaque rencontre avec l’un des hommes politiques et comme ses services de communication ne publient pas de communiqués à l’issue de ces rencontres explicitant la position de Mechichi sur les grandes questions de l’heure, dont en premier la nature du gouvernement que les Tunisiens attendent et la possibilité de voir ce gouvernement constitué sans la participation d’Ennahdha, nous nous sommes contentés de nous rabattre sur les déclarations des représentants du parti Achaâb, Attayar ou Qalb Tounès pour comprendre où va, pour le moment, la boussole des consultations qu’on présente comme des rencontres-prises de contact, en attendant le démarrage des véritables négociations qui seront couronnées par l’annonce de la composition de la prochaine équipe gouvernementale.

Un pas déjà franchi

Il reste qu’à travers les déclarations des représentants d’Achaab et d’Attayar, on a le sentiment qu’un pas a été franchi dans la mesure où ces mêmes partis prennent aujourd’hui leurs désirs ou leurs rêves pour des réalités, considérant qu’il est possible pour Mechichi de former un gouvernement sans Ennahdha même à travers des compétences dites indépendantes.

Et ces mêmes partis laissent entendre dans leurs déclarations que Mechichi partagerait leurs analyses et serait convaincu qu’un gouvernement sans Ennahdha pourrait arracher la confiance des députés même si les nahdhaouis et leurs alliés, essentiellement les députés d’Al Karama et certains autres jugés indépendants même suivant généralement les ordres d’Ennahdha s’empêcheront de voter pour le gouvernement Mechichi.

Il reste à savoir comment et quand Mechichi va parler pour éclairer l’opinion publique sur ses intentions et lever l’amalgame que certains cherchent à répandre en s’octroyant le droit de parler en son nom au risque de le compromettre dans des choix ou des décisions qui engagent l’avenir du pays.

A. DERMECH

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