Il existe aujourd’hui un sérieux hiatus entre le discours des élus municipaux et les attentes des citoyens aspirant à de réelles réformes et  non à un retour à des pratiques de l’ancien régime et à un discours imprégné d’autosatisfaction et de fausses promesses.
Les partis politiques savent  très bien le grand enjeu des élections municipales en raison de l’autonomie en matière de gestion des affaires locales que confère le nouveau code des collectivités locales aux municipalités (principe de l’autonomie administrative et financière) et notamment à certains maires peu soucieux de faire participer les citoyens à la prise de décision et peu enclins à travailler dans la transparence. 

Quand les partis politiques contournent la loi
Tout a été permis par les partis politiques lors des dernières élections municipales pour accéder à la gouvernance locale dans les 350 municipalités dont 85 ont été créées après la publication du décret gouvernemental le 26 mai 2016. Dépassement des délais fixés pour présenter les rapports financiers ou non-présentation de ces rapports,  absence totale de transparence et flagrantes infractions au niveau des revenus et des dépenses électorales marqués notamment par un financement  d’origine inconnue qui jette la suspicion sur des alliances et des pratiques douteuses. Cerise sur le gâteau, ces financements au profit du parti Ennahdha et qui rappellent  les dérives  de l’ancien régime avant la révolution quand les morts avaient droit au vote.

La Cour des comptes n’a fait que constater les dégâts pour certains dépassements émanant surtout des partis politiques et a avancé des recommandations se rapportant à trouver les solutions idoines à même de mieux contrôler  la campagne électorale et imposer des règles strictes en matière de financement. Certes des listes ont été sanctionnées et dont le nombre s’élève à 84, mais c’est très peu comme mesures prises si nous prenons en considération  les autres graves dépassements enregistrés et qui ont permis à des partis bien connus de rafler la majorité des sièges et de se positionner en pole position dans ces élections sans risque d’être dérangés puisque la loi n’a pas encore prévu de sanctionner le financement des campagnes électorales par les « revenants ».    

«Le parti avant la patrie», semblent-ils lever comme slogan. Pour l’heure, le constat d’échec n’est plus à démontrer  avec des situations qui déroutent dans la majorité des communes ressemblant de plus en plus à des surfaces lunaires, des étals anarchiques favorisant le commerce parallèle et qui étouffent  la liberté de circulation des citoyens et une police (qui n’en est pas une) environnementale dépourvue de moyens et qui manque cruellement de visibilité dans la majorité des communes.

Le nouveau code des collectivités locales avait promis monts et merveilles aux citoyens  mais au bout du compte le principe de la démocratie participative n’a pas été respecté et la bonne gouvernance dans la gestion des affaires locales s’est muée en cauchemar pour le citoyen avec des maires s’offrant des véhicules de luxe et d’autres occupés beaucoup plus à régler des comptes  avec  les intellectuels de la gauche tunisienne et «tirer» sur la libre parole sans se soucier des problèmes des communes relatifs à l’hygiène et la propreté des communes, la pollution sonore en été,  la préservation de l’environnement et des places publiques.

Les municipales un tremplin pour les élections législatives
Entre démission de certains élus, dissolution d’autres conseils municipaux et refus de la mesure de dissolution, comme c’est le cas au Bardo, la gouvernance locale passe indubitablement par une zone de turbulences et la gestion kafkaïenne de la majorité des conseils municipaux, dont certains souffrent inexorablement d’encadrement et d’appui financier, n’est que la partie émergée de l’iceberg qui cache  une course acharnée et effrénée au pouvoir. Les partis politiques sont en train de  fourbir leurs armes pour les prochaines élections impliquant dans ces préparatifs leurs alliés dans certains conseils municipaux. Ainsi, commence-t-on à voir sur les réseaux sociaux des appels aux citoyens à s’inscrire sur les listes électorales. Ce qui est frappant dans ces appels, ce sont les noms des partis politiques et les logos des municipalités qui figurent côte à côte. 

Il existe aujourd’hui un sérieux hiatus entre le discours des élus municipaux et les attentes des citoyens aspirant à de réelles réformes et  non à un retour à des pratiques de l’ancien régime et à un discours imprégné d’autosatisfaction et de fausses promesses, comme l’attestent ces rues qui s’enjolivent pour un moment et perdent leur décor et leur charme en un clin d’œil  après la fin de certaines cérémonies officielles. Sur la majorité des sites web des municipalités, c’est la communication de  pacotille qui domine, illustrant cette  descente vertigineuse aux bas fonds du ridicule. Un ridicule qui  laisse le citoyen pantois et le pousse à boycotter les élections.

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