Le limogeage de Kaïs Kabtni de son poste de représentant permanent de la Tunisie auprès de l’Organisation des Nations unies (ONU) à New York a provoqué un tollé auprès de certains des anciens diplomates qui ont considéré que cette décision régalienne a été abusive et porte atteinte à son honneur. Or, même si l’ancien ambassadeur aurait subi une injustice, cela ne lui confère pas le droit de souiller l’image de son pays et celle du président qui est le grand chef de cette diplomatie. Sans entrer dans les détails de cette affaire et les raisons qui ont conduit à le démettre de ses fonctions, Kaïs Kabtani  aurait commis l’erreur de faire fi du droit de réserve que recommande l’éthique diplomatique.

Il pouvait, expliquer, justifier et présenter les arguments qui le disculpent auprès de sa hiérarchie. Il pouvait aussi démissionner, rentrer à Tunis et défendre sa position ici, mais il n’avait nullement besoin de déballer tout le linge auprès des médias étrangers. Ce comportement prouve que ce diplomate est capable d’enfreindre l’éthique diplomatique à la première secousse. Mais notre propos n’est pas là et ce n’est pas le moment de mener une charge contre un diplomate mécontent et irrité. Car le vrai problème réside dans l’appréhension des principes de la nouvelle diplomatie tunisienne. En effet, chaque président arrive avec un nouveau style diplomatique et une nouvelle conception de la politique étrangère. Les valeurs changent en fonction des personnes et de leur conception du monde.

On n’aborde pas, en 2020, une même question telle que la cause palestinienne avec les mêmes approches et outils diplomatiques que sous Bourguiba, sous Ben Ali ou sous feu Béji Caïd Essebsi qu’avec Kaïs Saïed ou Moncef Marzouki. Finis les temps où la politique étrangère tunisienne jouait à sommes nulles. Le débat international n’est plus abstrait, il est devenu plus clair, plus concret et exige des réponses fortes et audibles. C’est pourquoi le statut de diplomate à l’allure plutôt de fonctionnaire public est révolu. Il n’est plus uniquement un porteur passif de missives. Aujourd’hui, un diplomate, un chef de mission est au cœur de l’action.  Il est guidé par les valeurs d’une politique étrangère qui s’appuie sur une vision claire du monde et des intérêts que vise son pays. C’est l’identité de son pays qu’il doit exprimer et le regard de la Tunisie sur l’état du monde qu’il doit refléter.

Il survient, en effet, que des diplomates qui n’arrivent pas à mesurer le renouveau de leur mission se sentent floués ou déçus. Et c’est peut-être le cas de Kaïs Kabtni ou de Moncef Baâti.  Mais c’est peut-être aussi à cause d’une politique étrangère aux contours encore imprécis que seuls quelques initiés ou proches du Président en savent les principes et les objectifs. Pour plus d’efficience diplomatique, le Président devrait peut-être les réunir et exposer dans un discours, comme celui du 13 août à l’occasion de la célébration de la fête de la Femme, les principes qui guident son action internationale et les objectifs assignés aux chefs de mission diplomatique. La voix de la Tunisie n’en sortira que plus forte et plus rayonnante.

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