La chute a commencé depuis bien longtemps. Les choses se sont dégradées par la suite à une vitesse rapide.  Mohamed Ali Mahjoubi, Bilel Ben Messaoud, le capitaine de l’équipe, et  Mongi Ben Brahim analysent les raisons de ce désastre.

Le mardi 8 septembre 2020 restera à jamais gravé dans la mémoire des Marsois comme un épisode de mauvais goût de leur histoire collective. C’est un mardi noir pour une ville qui s’identifie à son club. L’Avenir Sportif de la Marsa, ce monument du football tunisien réputé pour être un spécialiste de la Coupe de Tunisie, s’est écroulé mardi dernier. L’ASM est relégué en Ligue 3, niveau 1, et ce que craignent les observateurs les plus avertis, c’est que le club banlieusard connaisse le même sort que celui du COT.

Pour comprendre ce qui s’est passé, nous avons interrogé le capitaine de l’équipe, Bilel Ben Messaoud, et deux anciens joueurs, Mohamed Ali Mahjoubi et Mongi Ben Brahim. Ces trois footballeurs se sont accordés sur un point : la discorde est le principal mal qui a précipité la chute du club. La mauvaise gestion sportive, notamment l’instabilité technique et le mauvais casting des joueurs n’en sont que l’envers du décor.

« Nous aurions pu remonter en une saison »

A l’issue de la saison 2016-2017, l’ASM a été relégué en Ligue 2 après avoir perdu le match barrage devant le CO Médenine. A cette époque, le capitaine de l’équipe, Bilel Ben Messaoud, et bon nombre de joueurs-cadres ont servi de boucs émissaires. Trois ans après, le joueur en parle avec la même amertume : « Si l’équipe en est arrivée-là aujourd’hui, c’est à cause de la gestion irrationnelle des affaires du club. En 2017, on m’a imputé, ainsi qu’à d’autres joueurs-cadres de l’équipe, la responsabilité de la relégation en Ligue 2. Aujourd’hui, on refait la même erreur. C’est absurde. D’ailleurs, au lieu de faire des joueurs-cadres des boucs émissaires, il fallait nous garder et si cela avait été fait, l’équipe aurait pu remonter en une saison. Mais à l’été 2017, le bureau directeur de Taoufik Ben Ncib s’est débarrassé des joueurs qui constituaient l’ossature de l’équipe. Il y avait moi, capitaine de l’équipe, ainsi que Fahmi Ben Romdhane, Lassaad Jaziri, Khaled Yahia, Youssef Trabelsi, Mohamed Ali Ben Hammouda et Mohamed Aouichi. Les seuls joueurs qui devaient quitter, c’étaient Talla et Baha à cause du règlement en Ligue 2 en ce qui concerne les joueurs étrangers. Nous avons été écartés alors que nous sommes des joueurs expérimentés ayant le niveau de la Ligue 1. Et même si la Ligue 2 a ses caractéristiques, nous étions en mesure de redresser la barre en l’espace d’une saison. », estime le capitaine marsois.

La guerre des clans

Pour Bilel Ben Messaoud, les choix faits par l’entraîneur Maher Guizani, notamment les recrutements faits à sa demande au début de la saison, sont les causes principales de la chute de l’équipe en Ligue 3 : « Je tiens à soulever le mérite du président Ahmed Ben Youssef et son vice-président Dr Adel Soukni qui ont rectifié le tir en début de saison en remerciant l’entraîneur Maher Guizani et en rompant les contrats des joueurs dont les profils ne correspondaient pas aux besoins du club. Les recrutements faits à la demande de l’entraîneur Maher Guizani étaient catastrophiques. Un très mauvais casting. Il faut dire aussi que les réseaux sociaux ont contribué à la dégradation de l’ambiance au sein de l’équipe. Il y a même des clans dans le bureau directeur, ce qui a créé la discorde au sein du club. Je tiens à préciser que j’ai peu joué cette saison. J’ai disputé mon premier match de la saison avant le confinement contre le Stade Gabésien à Gabès. J’ai joué par la suite dix minutes contre l’équipe de Hammam-Sousse. Puis, j’ai disputé deux matches de Coupe de Tunisie. Enfin, j’ai joué les trois matches de cette dernière phase du championnat. C’est absurde de m’imputer la responsabilité de la relégation en Ligue 3 ».

Mahjoubi : « L’instabilité technique y est pour grand-chose »

Pour Mohamed Ali Mahjoubi, la relégation en Ligue 3 est la conséquence de l’absence d’une stratégie sportive durant cette dernière décennie : « On fait du n’importe quoi ces dix dernières années. L’instabilité technique y est pour grand-chose et une des principales causes de la relégation en Ligue 3. Quand je parle d’instabilité technique, j’évoque le licenciement de Kamel Kolsi au début de la saison 2017-2018 après seulement trois journées. La même erreur s’est produite la saison dernière avec le départ de Lotfi Kadri et l’arrivée de Karim Delhoum. L’autre principale cause de la relégation, c’est le mauvais casting des joueurs fait par Maher Guizani au début de la saison. On recrute trois ou quatre joueurs et non pas huit, d’autant que nous avons des jeunes prometteurs à l’image Ghris, Bouachir, Wahchi et Louati. Il y a aussi la détérioration des relations avec le CSHL, le ST et l’EST, ce qui nous a privés de recruter des joueurs sous forme de prêt. Enfin, il est temps de mettre fin à la guerre des clans, menée, entre autres, sur les réseaux sociaux ».

Mongi Ben Brahim : «Où sont les enfants du club ? »

Mongi Ben Brahim déplore aussi la guerre des clans, mais pas seulement : « C’est l’obscurantisme et l’ignorance du domaine sportif des dirigeants successifs qui ont mené cette institution, qu’est l’Avenir Sportif de la Marsa, vers ce chaos. C’est une catastrophe. Je ne peux être que pantois quand j’entends parler, depuis un moment, que nous avons un effectif capable d’éviter la catastrophe. Des joueurs capables d’assurer le maintien. C’est la preuve de l’incompétence de ceux qui dirigent cette institution. Le président du club ne doit pas assumer à lui seul ce lourd échec. Il a été mis au-devant de la scène sans aucune aide. Le seul reproche que j’ai à faire à Ahmed Ben Youssef,  c’est de ne pas m’avoir écouté. Je l’ai prévenu après la victoire devant Rejiche de la nécessité de confirmer par une autre victoire contre l’ESH Sousse, sinon nous risquions la relégation en D3.  Car ce que j’ai vu aux entraînements n’augurait rien de bon et j’ai eu raison puisque nous avons perdu contre l’ESH Sousse. Je lui ai dit que je  me tiens à sa disposition pour l’intérêt du club. Malheureusement,  il ne m’a jamais rappelé ».

Pour notre interlocuteur : «Ce qui faisait la force de l’ASM, c’est son identité et son public. Malheureusement, beaucoup de personnes qui gravitent au tour du club ne servent que leurs propres intérêts. Où sont passés les enfants du club ? Où sont passés les Ali Selmi, Taoufik Ben Othman et j’en passe ? L’image du club a terni ces dernières années, la formation a été négligée. Certains entraîneurs des jeunes font de la place aux enfants dont les parents sont aisés au détriment des gosses défavorisés. Nous devons nous réunir autour de la table, laisser nos différends de côté et ne servir que les intérêts du club ».

Bref, la discorde doit laisser place à l’union sacrée. La fameuse guerre des clans dont parlent nos interlocuteurs doit cesser. Il est temps que les anciens footballeurs, enfants du club, aient leur place pour redorer le blason de l’ASM.

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