Ce livre est un magnifique hommage à la femme, mais aussi à celui qui l’a mise à l’honneur, Hassen Hosni Abdelwaheb.

En son temps, le livre fit référence. Si Hassen Hosni Abdelwaheb, fin lettré, historien, né au sein d’une illustre famille de Mahdia, qui marqua son siècle par son érudition et ses écrits, avait consacré un important ouvrage à la gloire de femmes tunisiennes : Al Shahirat. Ce qui n’était pas encore dans l’air du temps faisait, à l’époque, symbole, et posait les jalons d’un mouvement plus vaste, d’une vague de reconnaissance qui allait être reprise, consolidée et imposée par Bourguiba et porter jusqu’au Code du statut personnel. Le livre, une étude historico-littéraire des femmes qui se sont illustrées dans l’histoire de la Tunisie, fut publié en 1917, ce qui en dit long son caractère précurseur. Il aura fallu cependant attendre jusqu’en 1965 pour que l’ouvrage, depuis longtemps épuisé, fût enfin réédité. Dessein délibéré, attitude réactionnaire, anti-féminisme latent, le fait est que l’on ne trouva une traduction en français de cet ouvrage essentiel que cinquante ans après sa parution, à l’initiative du Centre national de traduction, sous le titre de «Tunisiennes Célèbres», à une époque où la bataille pour l’émancipation de la femme battait son plein. Quant à la version arabe, c’est aujourd’hui, à l’initiative du Credif qui ne manque jamais de rendre un juste hommage à la femme tunisienne, qu’on la doit.

En 1917, Si Hassen Hosni Abdelwaheb, connu pour son esprit brillant et sa discrète humilité, écrivait :

«Notre propos dans ce livre d’histoire n’est pas du tout de donner notre avis sur la meilleure façon d’éduquer la femme… mais seulement de présenter la vie des Tunisiennes les plus célèbres, de rassembler les récits éparpillés de leurs vies, de faire leur éloge et perpétuer leur mémoire, dans l’espoir de recréer la tradition, de suivre l’exemple des pieux ancêtres, et de voir la jeune Tunisienne moderne prendre ces femmes vertueuses pour modèles…. Rien n’est plus édifiant que les leçons d’histoire».

Alors, bien sûr, la Tunisie a changé, les femmes ne sont plus les mêmes, encore que le combat n’ait jamais cessé.

Mais les valeureuses Tunisiennes, Aziza Othmana, Sayda al Manoubya, Zayneb al Tijanya, Atf la Hafside, Jazia al Hilalia, Billara la Mahdoise, Arwa la Kairouanaise servent toujours d’icônes, et n’ont jamais été absentes de l’imaginaire collectif. De nombreux auteurs en ont évoqué la mémoire. Des prix ont été accordés à leur nom pour honorer d’autres valeureuses : prix Elyssa, prix Fatima Fehrya, prix Zoubeïda Bchir…

Aujourd’hui, le Credif vient de faire paraître une superbe réédition des «Tunisiennes Célèbres», de Si Hassen Hosni Abdelwaheb, avec une préface de Najla Allani, sa présidente. Pour celle-ci, c’est, certes, un acte de reconnaissance nationale, mais aussi familiale, car cet ouvrage, elle l’avait découvert dans la bibliothèque de son père. Pour cette universitaire, qui enseignait «l’histoire de la représentation», la question essentielle était de savoir comment amener un jeune public vers des textes anciens. Par l’image d’abord. Et donc elle invita une jeune plasticienne de talent, Dora Borgi, à travailler sur l’iconographie de l’ouvrage. Les planches illustrant le livre ont fait l’objet d’une exposition, renforçant l’aspect visuel de la chose. Par une prestation artistique, mapping et chorégraphie de Mohamed Ben Slama. Par le son ensuite, puisque le livre sera accompagné d’un enregistrement audio avec la voix de Emira Dhifallah.

Ce livre est un magnifique hommage à la femme, mais aussi à celui qui l’a mise à l’honneur, Hassen Hosni Abdelwaheb.

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