Avec l’émergence des salles de la Cité de la Culture, les 8 multiplexes Pathé et la rénovation d’anciennes salles, le secteur cinématographique a connu un nouveau souffle en Tunisie pour le plus grand bonheur d’un public relativement toujours présent sur l’année, particulièrement pendant les Journées cinématographiques de Carthage. Pendant les dix dernières années, une dynamique de salles obscures s’est créée malgré toutes les difficultés. Et le public répond présent, surtout quand il s’agit de cinéma tunisien.

Autrefois, avant les années 80, la Tunisie comptait plus de 117 salles de cinéma sur tout son territoire. Aujourd’hui, on n’en compte qu’une vingtaine… la majorité sont à Tunis. Si elles sont pour la plupart ouvertes et actives, c’est en grande partie grâce à un public qui, sur toute l’année, répond présent. C’est bien connu, depuis des décennies, ces mêmes salles connaissent une dynamique sans précédent pendant les Journées cinématographiques de Carthage (JCC). Passion, engouement, Tunis vit annuellement au rythme de la culture cinématographique pendant au moins une semaine. Les festivaliers surfent sur les découvertes en salles, se focalisent davantage sur les premières des nouveaux films tunisiens sélectionnés et affluent à la découverte d’autres films arabes, maghrébins ou autres. Les JCC se déclinent ensuite en format réduit dans les régions pour le plus grand bonheur des Tunisiens hors capitale qui n’ont jamais vu de films dans une salle de cinéma. Cette effervescence cède ensuite la place à une torpeur, néanmoins, plus supportable qu’avant … Il est, en effet, passé le temps où les salles existantes restaient totalement désertées.

L’intérêt du public se fait sentir surtout pendant les nouvelles sorties ciné tunisiennes. En 2018, le premier film d’horreur tunisien «Dachra», réalisé avec très peu de moyens, a généré des entrées très importantes en Tunisie et à l’étranger. L’envie d’aller profiter d’un film en amoureux, en famille ou en groupe y est toujours et est remarquable quotidiennement chez les spectateurs. L’été, les salles connaissent une baisse drastique de visites, mais avec la rentrée, les nouvelles programmations sont affichées, une communication en ligne performante parvient à attirer des consommateurs de films divers. Le cas des multiplexes Pathé, critiqués au départ pour leur coût faramineux, a finalement parvenu à attirer des spectateurs qui payent pour l’expérience : confort de l’espace, qualité image/son.

Le public assure sans doute en grande partie la pérennité des salles de cinéma, même si certaines d’entre elles finissent par péricliter et ne parviennent pas à garder la cadence financièrement …  c’est surtout dû à une mauvaise gestion et à un manque de savoir-faire. Pas de stratégies de travail, pas de business plan, pas de visions, aucun outil. D’autant plus que de nombreuses salles obscures, objets d’héritage familial, tiennent à résister coûte que coûte…

Par ailleurs, les tentatives pour décentraliser les salles de cinéma en dehors de la capitale se multiplient, mais se heurtent souvent aux difficultés d’ordre administratif, financier ou de gestion. «Hakka Distribution», cofondée par Mohamed Frini, est une société de distribution de films indépendants tunisiens et étrangers en salles dans toute la Tunisie. Elle a à son actif Cinémadart, Amilcar et a lancé par la suite la salle Métropole à Menzel Bourguiba. Mohamed Frini revient sur la conception de ce projet. «Il fallait se demander comment faire marcher des salles dans les régions avec un financement mixte. Jusque-là, on a toujours travaillé avec la billetterie. Il fallait décrocher des bailleurs de fonds pour les activités culturelles et la billetterie. Les faire travailler simultanément. Nos outils à Menzel Bourguiba ont été développés par un financement mixte. Un projet sur 3 ans : l’aboutissement est de révéler la salle, son devenir, son apport dans sa région et ça incitera les gens à ouvrir d’autres  salles ailleurs… Le public sur place, quant à lui, ne peut qu’ être toujours présent», (lire entretien pages suivantes).

Des spéculations ont surgi face au boom technologique mondial et à l’avènement des sites de streaming et des plateformes, comme Hulu, Netflix, Disney. Des suppositions qui affirmeraient que tôt ou tard, ils prendront le dessus et massacreront les salles … Ce mode de consommation n’impactera pas les férus et n’enlèvera pas le charme d’une salle de cinéma. Y aller, c’est sortir, se payer un programme autre que de rester chez soi face à un écran, c’est partager une activité en groupe, en famille, c’est être en immersion. Une restructuration financière foncière est en cours pour assurer la pérennité des salles et leur décentralisation dans les régions, à l’image d’une époque lointaine. Le défi de taille à relever c’est d’être en phase avec son époque.

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