Il aura suffi qu’un drame se produise pour que les femmes rurales se retrouvent du jour au lendemain propulsées sous les feux des projecteurs. En l’intervalle de quelques mois, c’est le même scénario qui s’est finalement répété : après la mort de nouveau-nés, c’est celle d’ouvriers et d’ouvrières agricoles qui a suscité une prise de conscience salutaire, extirpant les autorités concernées de leur léthargie.
Les femmes rurales en général et les travailleuses agricoles en particulier étaient loin de se douter que leur voix finirait un jour par se faire entendre, mais de quelle manière ! Ces laissées-pour-compte et vaillantes combattantes qui endurent sans broncher les vicissitudes de la vie et qui prêtent quotidiennement le flanc au danger contre un maigre pécule servant à subvenir aux besoins de leurs proches passent en premier l’intérêt de leur entourage. Aujourd’hui, le programme Ahmini qui cible 500.000 femmes opérant dans le secteur agricole a été lancé afin de leur garantir le droit à la couverture sociale et à une pension de retraite les mettant à l’abri du besoin et leur évitant, par ailleurs, de continuer à travailler dans les champs après l’âge de soixante ans. Le moins que l’on puisse dire est que cette initiative a le mérite d’être louable dès lors qu’elle va permettre d’élargir le réseau des affiliés de la Cnss aux catégories rurales les plus pauvres et les plus exposées aux aléas de la vie en leur permettant de cotiser pour pouvoir jouir d’un droit inaliénable qui est celui de l’accès à la santé. Mais c’est au niveau de la forme et de la communication que le bât blesse. La cotisation journalière ou mensuelle doit se faire via une application mobile «Ahmini», fruit d’une convention conclue le mois de mars dernier entre Tunisie Telecom et la Caisse nationale de sécurité sociale. Cela suppose que non seulement les ouvrières agricoles soient dotées d’un téléphone portable mais qu’elles soient, par ailleurs, capables de suivre et d’appliquer convenablement les instructions découlant de ce programme. Chose plus facile à dire qu’à faire en ce sens que cette application pourrait, en effet, paraître compliquée pour des femmes qui ont quitté les bancs de l’école précocement et qui sont pour la plupart analphabètes. C’est bien beau de lancer un programme de cette envergure. Toutefois, tout un travail d’information, de communication et de sensibilisation et surtout d’accompagnement aurait dû être effectué en amont et en aval afin de s’assurer que ce programme couvre tout le territoire tunisien et que les 500.000 ouvrières concernées puissent en bénéficier sans exception. Pour l’heure, à peine plus de la moitié en aurait entendu parler. Il semblerait que les autorités locales et les responsables concernés aient du pain sur la planche.

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