Le SG de l’Union pour la Méditerranée assure que la gravité de la crise du Covid-19, que l’humanité n’a pas vécue depuis près d’un siècle, a confirmé de nouveau que les systèmes dont nous dépendons sont non seulement de plus en plus interdépendants, mais aussi de plus en plus vulnérables.

L’Union pour la Méditerranée (UpM) vient de signer une déclaration tripartite entre l’Organisation des Nations unies pour le développement industriel (Onudi), la Principauté de Monaco et l’Union pour la Méditerranée (UpM) pour un développement industriel inclusif et durable et l’autonomisation des femmes en Tunisie. Quel est l’objectif de cet accord ?

La coopération tripartite conjointe avec l’Onudi, la Principauté de Monaco et l’UpM a pour objectif de renforcer l’autonomisation des femmes en Tunisie pour un développement industriel inclusif et durable.

L’accord vise particulièrement à soutenir le projet prévu pour une durée de quatre ans, qui cible le développement de micro, petites et moyennes entreprises (Mpme) dirigées par des femmes afin de créer plus d’opportunités d’affaires et d’emplois pour les femmes en âge de travailler en Tunisie.

L’objectif spécifique est d’augmenter l’accès des entreprises dirigées par des femmes qui créent des produits cosmétiques et parapharmaceutiques à base de produits naturels aux marchés nationaux et internationaux. En Tunisie, cette production couvre les huiles essentielles, les eaux florales et les plantes aromatiques et médicinales, ainsi que les parfums, crèmes, masques et savons. Le secteur compte une main-d’œuvre féminine importante.

Cette intervention pilote fait partie d’une initiative plus large visant à autonomiser les femmes urbaines et rurales dans sept pays (Algérie, Egypte, Jordanie, Liban, Maroc, Palestine et Tunisie) au Moyen-Orient et en Afrique du Nord : «Promouvoir l’autonomisation des femmes pour un développement industriel inclusif et durable dans la région Mena (PWE)». L’initiative a reçu le label UpM depuis en 2015., un label qui fournit un soutien à la mise en œuvre du projet à travers l’expertise, des possibilités de réseautage et une visibilité accrue afin de promouvoir des pratiques innovantes au niveau régional.

La crise sanitaire du Covid-19 a touché tous les pays membres de l’UpM. Quel a été le rôle de l’UpM dans la gestion de cette crise ? Y a-t-il eu une intervention spécifique ?

En l’espace de quelques mois, la pandémie de Covid-19 s’est étendue à tous les coins du monde et nous a poussés dans une crise sans précédent, dont la gravité n’a pas été vue depuis près d’un siècle. La pandémie a confirmé de nouveau que les systèmes dont nous dépendons sont non seulement de plus en plus interdépendants, mais aussi de plus en plus vulnérables. Cette réalité, valable à l’échelle mondiale, est néanmoins plus urgente pour la région méditerranéenne, où les conditions de fragilité et d’exposition se concentrent davantage. Les éléments de fragilité existant dans la région — notamment les niveaux élevés d’inégalités socioéconomiques et l’urgence du changement climatique — sont en effet appelés à s’aggraver du fait de la pandémie. La hausse des températures progresse notablement 20% plus vite que la moyenne mondiale dans la région.

Cette situation a relancé le débat sur la nécessité de reconsidérer le modèle actuel de dynamique économique et la viabilité de relocaliser certaines des chaînes d’approvisionnement plus près de chez eux — le concept de proximisation. En effet, la région de l’UpM reste l’une des zones les plus fragmentées économiquement au monde, avec des flux commerciaux fortement biaisés vers une concentration plus élevée dans l’UE représentant 90% de tous les flux commerciaux euroméditerranéens et 9% supplémentaires entre l’UE et ses pays du Sud et les voisins de l’Est de l’UpM. Le commerce Sud-Sud ne représente quant à lui que 1%. La proximité potentielle est donc essentielle non seulement pour la sécurité et la stabilité économiques, mais aussi pour une intégration régionale plus structurée et durable dans la région euroméditerranéenne, qui est, comme vous le savez, l’essence même du processus de Barcelone et le nœud du mandat de l’Union pour la Méditerranée.

Il existe un risque réel que la crise aggrave la pauvreté et élargisse les inégalités. Les États membres de l’UpM mettent donc un accent sans équivoque sur l’économie sociale, non seulement comme moyen alternatif de fournir une valeur économique, sociale et environnementale, mais aussi comme moyen intelligent de libérer des ressources, de créer des emplois durables et de générer une croissance économique inclusive dans la région. Ce secteur représente à lui seul plus de 3,2 millions d’entreprises et d’organisations et 15 millions d’emplois dans la région euroméditerranéenne

L’UpM encourage le développement de nouvelles méthodes de travail ainsi que de nouvelles formes de formation et d’éducation pour libérer ce potentiel. Avec le soutien financier de la GIZ, au nom du ministère fédéral allemand de la Coopération économique et du Développement (BMZ), il a notamment lancé un programme de subventions pour la promotion de l’emploi destiné à soutenir les organisations à but non lucratif de la Méditerranée qui œuvrent pour offrir des opportunités aux personnes compte tenu de la crise économique induite par le Covid-19.

Finalement, coïncidant avec le 25e anniversaire du Processus de Barcelone adopté en 1995, la Conférence Women 4 Mediterranean de cette année est destinée à servir de jalon pour évaluer et faire le bilan de ce qui a été accompli au cours des 25 dernières années en matière d’égalité des genres. La Conférence cherche à la fois à analyser l’impact de la crise du Covid-19 sur les femmes et les filles et à mettre en évidence le rôle clé qu’elles ont joué dans la lutte contre la pandémie.

Les États membres de l’Union pour la Méditerranée sont convenus de proposer des solutions pour relever les défis socioéconomiques liés à l’eau – notamment, en favorisant la résilience climatique. Quelles sont les solutions proposées par l’UpM ?

L’approvisionnement en eau potable et l’assainissement de l’eau sont essentiels pour protéger la santé humaine pendant l’épidémie de Covid-19. Le lavage des mains dans les ménages est passé de 9 à 12 litres par personne et par jour à la suite des mesures d’atténuation de la pandémie, ce qui représente une augmentation moyenne de 5 % de la demande en eau à usage domestique.

Les fournisseurs d’eau et d’assainissement dans la région euroméditerranéenne sont soumis à une pression accrue pour continuer à fournir des services d’eau et d’assainissement gérés en toute sécurité, avec une demande accrue d’équipements, une restriction des mouvements du personnel et une réduction des coûts de récupération. Pour aider à coordonner une réponse à l’échelle régionale à la pandémie, l’UpM a organisé plusieurs initiatives. A titre d’exemple, depuis la découverte de traces de Covid-19 dans les stations d’épuration des eaux usées, l’UpM collabore avec le Centre commun de recherche de la Commission européenne pour organiser un webinaire présentant les lignes directrices et les outils permettant d’assurer la sécurité de ces infrastructures.

Les premiers résultats d’une enquête sur le secteur agroalimentaire ont identifié quelques solutions et initiatives concrètes pour relever les défis qui touchent la région méditerranéenne. Pouvez-vous nous en donner un aperçu ?

L’UpM soutient le Partenariat pour la recherche et l’innovation en Méditerranée (Prima), une initiative soutenant le développement de solutions innovantes sur l’agriculture durable et l’eau en Méditerranée. Dans cet esprit, l’UpM et la Fondation Prima ont coorganisé en juillet un débat sur les scénarios futurs pour le secteur agroalimentaire dans la région euroméditerranéenne. Les différents panels ont débattu des principales tendances et enjeux du secteur agroalimentaire, sur la base d’une enquête sur les scénarios futurs pour l’agroalimentaire dans la région, développée par Prima ou les résultats seront bientôt publiés. Parmi les résultats, il en ressort le problème de l’instabilité de la chaîne d’approvisionnement internationale en cette période de pandémie présentant une menace pour le commerce alimentaire et qui confirme l’importance de l’approvisionnement alimentaire local, parmi les mesures d’atténuation.

L’eau, la nourriture, l’énergie et les écosystèmes sont interdépendants et essentiels au bien-être humain, à la réduction de la pauvreté et au développement durable. En effet, l’agriculture représente 70% du total des prélèvements mondiaux d’eau douce, tandis qu’environ 30% de l’énergie mondiale totale est utilisée par le secteur alimentaire. Les demandes d’eau, de nourriture et d’énergie augmentent en raison de la croissance démographique et du développement économique. On estime que d’ici 2050, le monde aura besoin de 50% de plus d’eau, 60% de plus de nourriture et 80% de plus d’énergie.

En l’absence d’une réponse coordonnée à l’échelle mondiale et avec le risque de voir les considérations environnementales glisser au bas de l’ordre du jour en ces temps de crise économique, nous pouvons nous attendre à davantage de chocs sous la forme d’événements météorologiques extrêmes ou de nouvelles flambées infectieuses. Tout en s’attaquant à la situation sans précédent créée par la pandémie de Covid-19, l’UpM continuera donc à mener les conversations très nécessaires visant à préparer la région à faire face, à lutter et même à inverser les impacts inévitables du changement climatique et environnemental.

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