Le corps de la fillette a été emporté par les eaux, alors qu’elle  accompagnait sa mère, une veuve sans ressources financières. Toutes les deux étaient en quête de quelques bouteilles en plastique à proximité d’un oued à Bhar Lazrag. Son corps n’a pas été encore retrouvé, comme si elle s’était volatilisée, raconte sa mère. « Je me suis retournée, je n’ai pas trouvé ma fille », déplore-t-elle.

Dites-moi de quelle manière tu veux mourir, je te dirai dans quel pays tu dois vivre. Passer de vie à trépas après un braquage ou en chutant dans une bouche d’égout ne peut survenir, justement, que dans un pays où tout s’effondre. La responsabilité est ridiculement et âprement discutée après chaque plainte déposée par les familles des victimes, et les communes s’amusent à botter en touche sur les questions inhérentes au bien-être du citoyen et la promotion du développement local. La grogne des citoyens à l’égard des mairies prend des dimensions plus grandes.

La mère, une veuve sans ressources

Non loin du quartier huppé de Marsa Cube, l’arrondissement de Bhar-Lazrag, à forte densité urbaine, comme c’est le cas pour tous les quartiers populaires, ne fait que confirmer les écarts entre les classes sociales et les régions, avec le grand nombre de jeunes marginalisés et le taux élevé de chômage et de pauvreté. Dans cet arrondissement, les gens se rabattent sur les petits métiers de fortune, comme la fouille des poubelles en quête de bouteilles en plastique. La survie pour une modique somme d’argent. Le nouveau code des collectivités locales n’a fait qu’enliser les quartiers populaires dans les communes encore plus dans la marginalisation, l’appauvrissement sous l’effet de la politique des deux poids, deux mesures.  

La jeune fille Rahma, âgée de 29 ans, a été braquée et violée et son corps n’a pu être retrouvé que quelques jours après son assassinat dans un ravin situé dans un espace vert, délaissé et abandonné par la commune du Kram, comme par ailleurs tant d’autres espaces.

Quant à la petite fille âgée de dix ans qui a fini dans une bouche d’égout à Bhar Lazrag, à La Marsa, son corps a été emporté par les eaux.  Décideurs, et notamment les maires, se trouvent aujourd’hui sur le banc des accusés. La petite fille accompagnait sa mère, une veuve sans ressources financières. Toutes les deux étaient en quête de quelques bouteilles en plastique à proximité d’un oued à Bhar Lazrag. Son corps n’a pas été encore trouvé, comme si elle s’était volatilisée, raconte sa mère. « Je me suis retournée, je n’ai pas trouvé ma fille », déplore-t-elle.

Mais voilà que la municipalité de La Marsa sort de l’ombre et réagit rapidement en publiant un succinct communiqué dans lequel elle présente ses condoléances à la famille de la victime, tout en précisant que la responsabilité incombe à l’Onas et non à ses services. Les principes généraux relatifs au nouveau code des collectivités locales en rapport avec la libre administration, les compétences et pouvoirs réglementaires, ainsi que de la coopération décentralisée, ne sont plus, paraît-il, à l’ordre du jour, quand il s’agit de se disculper et de jeter l’anathème sur d’autres parties.

Toutefois, le communiqué est retiré quelques heures après sa publication. L’explication du président de la mairie, Moez Bouraoui, n’est pas du tout convaincante.  Ce dernier a souligné dans sa déclaration à une radio privée qu’ils ont voulu ainsi éviter que le sujet ne se transforme en «source de disputes»  sur la plateforme de la municipalité de La Marsa.  Dilettantisme,  précipitation et surtout une accusation saugrenue visant l’Onas. Dans l’autre camp, celui des citoyens, certains ont demandé la démission de tous les responsables de la commune de La Marsa.     

Maires velléitaires !

Encore un drame qui met en doute la capacité des communes à mettre en œuvre certains principes annoncés en fanfare lors de l’adoption de la loi organique relative au code des collectivités locales en mai 2018, dont surtout la démocratie participative et la gouvernance ouverte, la bonne gestion, la solidarité et la coopération  décentralisée, de l’aménagement du territoire, de l’urbanisme et du développement durable.

Certains maires sont au service des partis politiques, sinon comment expliquer le geste d’un président de municipalité qui adresse, en sa qualité de maire, une lettre de félicitations au président du parti Ennahdha après l’échec de la motion de retrait de  confiance, ou la fondation d’un  fonds pour la zakat ?

La jeune Rahma, assassinée puis violée dans un espace vert abandonné par la municipalité du Kram à Ain Zaghouan, n’avait-elle pas droit à la vie comme la toute petite fille tombée dans une bouche d’égout à Bhar Lazrag?    

Signalons que Slim Mehrizi a démissionné de son poste en tant que maire de la commune de La Marsa à la fin de l’année 2019. Dans un entretien livré à notre journal le 1er novembre de la même année, les causes de son départ qu’il a évoquées sont toujours d’actualité : «Aujourd’hui, nous avons des gens qui sont dans la frustration et dans la haine parce qu’ils n’ont pas eu ce qu’ils voulaient. Que de rêves brisés pour le citoyen lambda !» .

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