Par Anis SOUADI


En juin 2020, nous avons affirmé, dans ces mêmes colonnes, que l’optimisme de certains de nos décideurs d’avoir maîtrisé ou presque la crise du Covid-19  semble démesuré, et que tout relâchement, soudain et peu planifié risque d’être fatal.

On a affirmé également que la décision du gouvernement Fakhfakh de rouvrir les frontières est totalement irresponsable, car l’éventualité d’une nouvelle vague de la pandémie est toujours d’actualité.

Ce qui désole réellement, c’est que le dispositif de lutte  contre la pandémie a été, dans une proportion plutôt large, prometteur. Les statistiques montrent justement que ce dispositif, notamment la fermeture des frontières et le confinement total, ont permis, en l’espace de deux mois, de réduire le niveau de transmission à plus de 60%. Il aurait été donc plus pertinent de maintenir ces dispositions et de se montrer patient. Ce n’était malheureusement pas le cas.

Aujourd’hui, trois mois après, on  subit dramatiquement les conséquences de ces dispositions irréfléchies.

Mais là n’est pas toute la question : ce qui est plus profond, c’est qu’au niveau de notre cercle de décision, on s’entête toujours à camper sur les mauvaises dispositions, ce qui atteste d’un manque flagrant de réactivité face à l’évolution alarmante de la conjoncture aussi bien sanitaire que socioéconomique.

Le refus du ministère de l’Education (et celui de l’Enseignement supérieur) de suspendre les cours, malgré tous les appels insistants de l’Ugtt et  de la société civile,  en témoigne largement.

Justement, une telle attitude est plutôt incompréhensible et difficile à justifier, surtout que tout le monde (à l’exception de nos deux ministres)  est bien conscient de la fragilité et de la vulnérabilité de cette catégorie sociale. Il est vrai en effet que faute d’un dispositif de sécurité fiable et rigoureux, le milieu scolaire se retrouve largement exposé à cette pandémie.

Et il ne faut aucunement se fier aux avis de certains scientifiques qui ne cessent d’affirmer, sans fondement et sans aucune argumentation logique, que le niveau de transmission du virus est très réduit chez les jeunes.

En effet, les statistiques disponibles contredisent nettement ces avis. Depuis le démarrage de la  nouvelle année scolaire, le nombre des élèves testés positifs connaît une tendance régulièrement à la hausse. On parle aujourd’hui de plus de 600 cas confirmés. Et on est certain que le nombre est beaucoup plus important, étant donné que les analyses ont touché, jusque-là, un échantillon très réduit.

Un tel état des lieux place les décideurs devant une responsabilité morale, humaine et historique de revoir rapidement leur position et d’éviter à toute une génération le pire.

La suspension des cours ne doit pas être perçue justement comme une rupture avec le droit fondamental à l’enseignement, mais plutôt comme une nouvelle barrière de sécurité provisoire. Et c’est bien là toute la différence.

Cette barrière de sécurité est plutôt  inévitable, surtout pour un pays qui reste encore très mal outillé pour gérer des situations pareilles.

D’ailleurs, l’on estime qu’il est temps aujourd’hui que notre pays pense à mettre en place, même à moyen terme, un système fiable d’apprentissage à distance. Cela suppose toutefois un niveau technologique très développé. Or, la Tunisie est toujours trop en retard à ce stade.

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