A Ennahdha, la polémique entre les lieutenants fidèles au président Rached Ghannouchi et ceux qui l’exhortent à respecter le règlement intérieur du parti semble mise en veilleuse ces derniers jours. Sauf qu’on continue à évoquer toutes les astuces possibles pour contourner le règlement intérieur du parti et essayer de légitimer l’amendement tant contesté de l’article 31.

Même si l’article 31 du règlement intérieur d’Ennahdha sera amendé afin de permettre au président du parti de briguer un troisième mandat, il ne sera pas appliqué lors du prochain congrès du parti prévu fin 2020. Il sera, en effet, appliqué à l’occasion du 12e congrès qui se tiendra en 2024». Abdellatif Mekki, l’un des membres du Conseil de la choura, l’un des illustres signataires de la fameuse lettre des 100 frondeurs appelant Rached Ghannouchi à ne pas se porter candidat à la présidence du parti lors du prochain congrès et l’un des premiers responsables nahdhaouis contestataires de la mainmise exercée par Rached Ghannouchi sur tous les rouages du parti nahdhaoui sait de quoi il parle en répondant à la question que les observateurs, analystes et aussi les militants nahdhaouis se posent : et si Ghannouchi réussissait avec le soutien de ses partisans à faire passer, au cours du congrès, l’amendement tant contesté par les frondeurs dont le nombre est en nette évolution, selon certaines sources parlant au nom des signataires de la fameuse pétition ?

A cette grande question, Noureddine B’hiri, l’un des fervents et fanatiques soutiens de Rached Ghannouchi dans sa quête d’un troisième mandat successif à la tête du parti, se contente d’affirmer que les congressistes auront à trancher dans la mesure où le dernier mot revient pour ce qui est de l’instauration d’un troisième mandat présidentiel, voire l’annulation pure et simple de la limitation des mandats présidentiels à un nombre déterminé, d’une part, ou pour ce qui est, d’autre part, le maintien de l’article en question dans sa formulation actuelle impliquant la nécessité pour Rached Ghannouchi de quitter la présidence du parti au terme du 11e congrès national d’Ennahdha dont les travaux sont attendus, à la fin de l’année 2020, au cas où le Covid le permettrait.

Sauf qu’en dépit de sa formation juridique en tant qu’avocat de métier et des grandes connaissances et de l’expérience en matière de gestion des situations les plus difficiles dont il a fait montre durant plus de six ans en tant que président du bloc parlementaire nahdhaoui, Noureddine B’hiri passe sous silence le fait que Rached Ghannouchi ne pourra pas postuler à un nouveau mandat même si l’amendement de l’article 31 est voté par les congressistes et qu’il lui faudra attendre l’année 2024, soit le 12e congrès, pour avoir la possibilité d’être réélu à la présidence du parti.

On ne sait pas si Noureddine B’hiri fait semblant d’ignorer cette disposition contenue dans le règlement intérieur d’Ennahdha disposition-condition existant dans le règlement intérieur ou même le statut de plusieurs partis et organisations à l’instar du fameux article 20 contenu dans le statut de l’Ugtt et que les syndicalistes s’apprêtent à amender, lors d’un congrès exceptionnel non électif censé avoir lieu fin octobre en concrétisation des recommandations du dernier Conseil national, mais qui sera retardé sûrement à cause de la propagation menaçante, de jour en jour, du coronavirus.

Ceux qui connaissent Noureddine B’hiri de près et sont au fait de «son intelligence d’un homme du parti» savent qu’il sait très bien qu’il est nécessaire de trouver une astuce juridique qui permettrait de contourner l’obligation d’attendre le 12e congrès pour faire appliquer l’amendement en question.

Et l’astuce juridique tant voulue n’est autre que le recours à l’organisation d’un référendum interne à travers lequel la base nahdhaouie sera appelée à cautionner l’amendement ou le rejeter comme ce fut le cas à l’occasion des législatives 2019 quand la direction a décidé d’ouvrir les listes des candidats du parti aux candidats indépendants, décision qui a été approuvée, à l’époque, à raison de 63% des votants nahdhaouis.

Cette retrouvaille a été évoquée par certains partisans de l’amendement quand la lettre des 100 frondeurs a suscité une grande polémique au sein des médias. Mais elle a fini par ne plus être discutée quand certains responsables qui ont quitté le parti ont décidé de le réintégrer, comme Riadh Chaïbi ou Mohamed Hamza, en attendant que les contacts avec Hamadi Jebali portent leurs fruits. L’idée du référendum qui n’a pas trouvé que des partisans parmi des responsables nahdhaouis, plus particulièrement ceux qui soutiennent le troisième mandat, s’est sentie encore affaiblie à la suite du cuisant échec de Fethi Ayadi, député et ancien président du Conseil de la choura et l’un des signataires de la lettre des 100 frondeurs, dans sa confrontation face à Imed Khemiri en vue de la présidence du groupe parlementaire nahdhaoui en remplacement de Noureddine B’hiri qui serait appelé, selon certaines indiscrétions, à occuper le poste de secrétaire général du parti resté vacant depuis la démission de Zied Laâdhari il y a quelques mois.

Reste les quelques déclarations de certains responsables nahdhaouis rappelant que la division est toujours à l’ordre du jour au sein du parti même si les derniers développements dus surtout au Covid-19 et à la rentrée parlementaire pourraient laisser entendre que les frondeurs sont en train de perdre du terrain.

Ainsi, Imed Hammami, connu pour être un fidèle de Rached Ghannouchi, vient-il de surprendre les observateurs en révélant certains secrets du parti en affirmant qu’Ennahdha programmait de faire tomber Elyès Fakhfakh bien avant que l’affaire de conflit d’intérêts l’impliquant ne soit rendue publique.

Et la réponse à ce déballage des secrets qui devraient être préservés n’a pas tardé puisqu’il semble qu’on a changé de stratégie pour contrer les protestataires de la ligne Ghannouchi.

Et c’est à El Ajmi Ourimi, député et membre du bureau exécutif (dont les activités sont gelées actuellement) de répondre à Imed Hammami en minimisant la teneur de ses propos pour dire qu’il s’agit d’une libre opinion exprimée par un haut dirigeant du parti ayant le droit de livrer aux médias ses analyses et ses approches quant à la résolution des différends qui secouent le parti.

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