Le secteur du numérique et du digital se révèle comme un précieux vecteur en mesure de contribuer de manière significative à la stratégie de riposte face à la recrudescence du coronavirus dans notre pays. Mais sa réalisation sur le terrain n’est pas évidente.


A l’heure où la pandémie de la Covid-19 dévaste le monde entier, il est intéressant de se demander quelle est la place du secteur du numérique et des nouvelles technologies dans la lutte contre cet ennemi invisible. Mais après quelques mois de gestion de cette crise sans précédent, les décideurs se sont rendu compte que seul le numérique peut offrir l’alternative de riposter rapidement car cette guerre annoncée contre la Covid-19 est une véritable course effrénée.

Partant de ce constat, l’Institut Tunisien des Etudes Stratégiques (Ites) vient de publier une série de mesures d’urgence et de riposte stratégique pour surmonter cette crise sanitaire et éviter une saturation du système de santé, avec, comme axe stratégique, de continuer d’accélérer le passage au digital.

Réduire les rencontres physiques

Il est fortement recommandé d’éviter, voire de décider, de ne plus mener de réunions physiques regroupant les plus hauts responsables de l’Etat et de l’Administration entre eux, voire avec leurs collaborateurs et de remplacer lesdites réunions par des rencontres virtuelles via un système de visioconférences tunisien hautement sécurisé, de sorte que, si l’une de ces personnes venait à tomber malade, elle ne transmettrait pas le virus aux autres.

Un tel système pourrait être mis en œuvre assez rapidement et serait accessible pour tout type de connexion : fixe ou mobile avec un accès nécessitant un certificat électronique (Digigo ou token). Ce système de visioconférence pourrait même être utilisé lors des réunions internes des ministères, que ce soit pour les administrations centrales ou les réunions avec les structures régionales. Il pourrait, également, être utilisé par l’ARP qui doit éviter les réunions plénières et les réunions de commission en présentiel.

A quoi sert le Centre des opérations numériques du gouvernement ?

L’Ites recommande, également, de mettre en place une plateforme pour la surveillance et le suivi de la pandémie, étant donné que la deuxième vague de la Covid-19 prend de plus en plus d’ampleur et semble ne pas être maîtrisée par les services concernés du ministère de la Santé ; des retards importants au niveau de la publication des statistiques, des problèmes d’approvisionnement en réactifs, une mauvaise maîtrise des lits disponibles dans les services hospitaliers, notamment en réanimation…Face à cette situation non rassurante, la propagation de la pandémie risque de rendre la maîtrise des informations et des données de plus en plus difficile si rien n’est fait rapidement et si le numérique n’est pas effectivement mis à contribution et d’une manière intelligente.

Pour ce faire, il est plus que jamais temps de mettre en place une plateforme intégrée et des outils de suivi et de pilotage de la Covid-19 qui serait centralisée et alimentée en données, à partir des applications déjà existantes et des différentes sources. Quand ces données ne sont pas disponibles, elles seront saisies par les différents intervenants au niveau des régions.

Il faut aussi mettre en place un Centre des opérations numériques du gouvernement (Conig), chargé des mégadonnées de l’Etat et de leurs utilisations pour la surveillance opérationnelle de l’évolution de la situation, l’émission d’alertes, l’anticipation et la prise de décisions. Ce centre aura à gérer les données produites et collectées par l’Etat, telles que celles du Data-Covid et assurer le traitement des données en temps réel (real time data analytics) afin d’identifier les informations et connaissances pertinentes, formuler des prédictions ou prévisions et faciliter la prise de décisions par les autorités gouvernementales. Le Conig mettra en place un plan d’urgence numérique (PUN) suite à une évaluation critique de la manière dont le numérique a été utilisé tout en capitalisant sur l’expérience des pays qui ont été les plus touchés lors du premier pic de la pandémie. Ce plan mettra en œuvre des procédures d’urgence et utilisera de nombreux outils numériques, de data analytiques et d’intelligence artificielle pour anticiper, alerter et coordonner.

La télémédecine et la télésurveillance au rendez-vous !

Durant la période de confinement, certaines mesures ont été prises pour accélérer et faciliter le développement de la télémédecine, mais ces dernières sont demeurées incomplètes et n’ont pas été effectivement mises en œuvre. Pour ce faire, l’Ites appelle à accélérer la mise en œuvre de la télémédecine et de la télésurveillance des patients par la mise en œuvre de tous les moyens nécessaires ainsi que la publication des textes réglementaires non encore publiés ou en autorisant l’exercice de la télémédecine à titre exceptionnel pendant cette nouvelle vague afin d’en éviter la propagation.

Le recours à ces outils n’est pas sans intérêt. Concernant la télémédecine, elle peut être d’un grand secours pour éviter le déplacement des malades, porteurs du virus ou non, afin de limiter les risques de contagion et de propagation. Elle peut aussi être d’un grand apport pour la télésurveillance des patients, qu’ils soient à domicile ou en structure hospitalière. Quant à la télésurveillance, elle permet de suivre la situation d’un patient sans avoir à être dans la même chambre que lui et ainsi éviter la contagion ainsi que le port d’une tenue spécifique.

Passer au paiement sur le mobile

Au cours de la première vague de la Covid-19 et le confinement, le ministère des Finances a annoncé la mise en œuvre d’un portemonnaie électronique pour la distribution des aides sociales ainsi que le développement du paiement mobile. Force est de constater que, suite au déconfinement, un relâchement a été observé ; le système de portemonnaie électronique semble avoir été abandonné et la Poste, lors de la distribution des mandats du mois de septembre 2020, a repris des remises en guichet, planifiées en fonction des numéros de la carte d’identité.

Face à cette situation, l’Ites recommande de reprendre d’urgence le projet de paiement mobile (m-payement) et de le mettre en place d’une manière incitative, ce qui permettra d’éviter les encombrements devant les bureaux de Poste et d’éviter les échanges de monnaie physique, billets de banque et pièces de monnaie, vecteurs de propagation du virus.

Assurer la continuité des apprentissages, mais à condition…

La première vague du coronavirus a engendré un confinement total et la fermeture des structures d’enseignement. Si certaines structures étrangères et privées ont pu assurer un enseignement en ligne, les structures publiques, faute de moyens et surtout par décision politique, n’ont rien fait dans ce sens. Concernant l’enseignement supérieur, chaque structure et chaque enseignant ont été libres de choisir ce qu’ils voulaient faire. Mais depuis la rentrée scolaire et en prévention de la nouvelle vague, il a été décidé que l’enseignement (primaire et secondaire) ne soit dispensé qu’un jour sur deux et que les cours soient allégés. Si cette solution peut sembler acceptable en raison des conditions de certaines classes et certaines structures d’enseignement, elle n’est pas justifiée pour d’autres. En effet, de nombreuses structures d’enseignement, publiques et privées ont la possibilité de poursuivre l’enseignement présentiel, tout en respectant les mesures de distanciation alors que d’autres peuvent assurer des cours complémentaires à distance.

Face à cette situation préoccupante, l’Ites recommande de mettre en œuvre et de tester les possibilités offertes par les nouvelles technologies et l’enseignement à distance. Une telle mesure permettra d’assurer la continuité des apprentissages, tout en minimisant l’impact de la crise sur les compétences des élèves.

Qu’en est-il de la société civile ?

Pendant la première vague et suite au confinement et aux conséquences sociales déplorables qui s’en sont suivies, l’Etat a entrepris plusieurs actions sociales qui sont venues appuyer les aides sociales distribuées. De son côté, la société civile s’est largement mobilisée et a entrepris plusieurs actions. Il est arrivé que les actions de l’Etat et de la société civile se chevauchent comme il est également arrivé que des besoins aient été identifiés mais que, faute de moyens ou de coordination, rien n’a pu être fait.

Face à cette situation et étant donné que la gestion de la crise du coronavirus est infiniment complexe, l’Ites recommande de mettre en place un mécanisme de coordination des actions avec la société civile. Ce mécanisme comportera, entre autres, une plateforme numérique recensant les besoins, qui vont d’une personne âgée, habitant seule et ayant besoin de quelqu’un pour lui faire ses courses, à la famille nécessiteuse démunie de moyens et ayant besoin d’aide sociale ou de courses, voire de tout autre besoin. Cette plateforme serait alimentée et consultée par la société civile et les services publics concernés. Il demeure, bien entendu, que cette plateforme et ses utilisateurs doivent impérativement respecter les données personnelles et la dignité des personnes.

La facture se fait aussi à distance

Il est fortement recommandé que l’administration tunisienne et les entreprises publiques acceptent les factures électroniques, voire n’acceptent que les factures électroniques conformément aux dispositions (non mises en œuvre) de la loi de Finances 2016 qui exige des entreprises relevant de la Direction des Grandes Entreprises du ministère des Finances, DGE, à ne remettre aux administrations, collectivités publiques et locales et aux entreprises publiques que des factures électroniques.

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