D’après une note publiée récemment par l’Institut tunisien des études stratégiques (Ites), focalisée, en grande partie, sur le problème crucial de l’eau, nerf central du secteur agricole, «les changements climatiques pointent sur le long terme vers les cycles de sécheresse, l’avancée du désert en direction des côtes maritimes du pays, la fréquence des inondations violentes, l’augmentation du phénomène de l’érosion des sols, la force et la fréquence des vents et l’élévation de la température moyenne. Cela ne rassure pas sur l’avenir de l’agriculture et surtout sur la sécurité alimentaire».
Tout un chapitre a été consacré, dans l’accord, à la mise à niveau technologique de l’agriculture en Tunisie et l’aménagement hydraulique du territoire agricole afin de rendre sa production indépendante des aléas climatiques.

Aménagement hydrique
Ce volet comprendra la construction de nouveaux barrages et lacs collinaires afin de collecter le maximum d’eaux pluviales, réduire l’impact des inondations violentes et catastrophiques et injecter l’eau des crues collectées dans les lacs aménagés, les nappes souterraines superficielles ou profondes en déplétion.
D’autres actions sont prévues dont la réhabilitation des barrages envasés par la surélévation de leur structure et surtout par leur nettoyage, la connexion de tous les barrages et grands lacs collinaires pour rendre leurs eaux mobiles afin de pouvoir les diriger à volonté vers les zones de besoins selon les cultures et les saisons.
Il s’agit également de développer des techniques d’irrigation économes en eaux, lutter contre les intrusions d’eau de mer dans les nappes côtières, préserver les sols cultivables contre la minéralisation suite à l’usage excessif des engrais chimiques, faire face à l’érosion pluviale et éolienne des sols cultivables par un aménagement approprié hydraulique et forestier. L’on propose, dans ce chapitre, de recourir au dessalement des eaux souterraines salées et les remplacer par celui de l’eau de mer par l’énergie solaire et/ou éolienne, de développer des semences adaptées au climat tunisien, développer des techniques avancées d’épuration des eaux usées afin de permettre leur usage agricole certifié.

Normes du marché européen
Toutes ces actions s’inscrivent dans le cadre d’un Programme de mise à niveau technologique de l’agriculture et l’aménagement hydraulique qui sera appuyé par un dispositif de recherche scientifique vigoureux et adapté au climat du pays et aux normes du marché européen et par des sessions de formation professionnelle des jeunes agriculteurs.
Ce programme vise aussi à «industrialiser la récolte, la transformation et la commercialisation des produits agricoles et à développer l’infrastructure de transport (pistes agricoles, routes, autoroutes, chemin de fer, ports et aéroports) afin de pouvoir dégager sans délai les produits périssables destinés à l’exportation». Selon l’Ites, «la Tunisie possède des atouts climatiques qui peuvent la rendre plus compétitive en certains créneaux. En effet, allongé dans le sens nord-sud, l’espace agricole tunisien traverse trois zones climatiques : humide, semi-aride et désertique aride avec un abondant rayonnement solaire durant presque toute l’année. Cet environnement climatique permet la diversification des cultures et la prolongation de leur saison de production . «C’est un avantage compétitif naturel d’une grande importance». Sur la voie des réformes.

Grandes cultures
Cependant le problème se situe au niveau de la disponibilité de l’eau, des technologies nécessaires. L’état actuel de l’agriculture pluviale n’est pas viable sur le long terme. C’est pour cela, qu’«il faut y opérer une rupture car cette situation doit changer et l’Aleca peut en être le catalyseur malgré les risques qui s’ensuivent et qui ne peuvent être, avec les politiques appropriées, que temporaires.
Et ce n’est pas avec les grandes cultures que la Tunisie doit espérer être compétitive, mais dans les créneaux spécifiques comme les primeurs, les légumes hors saison, les fruits exotiques et surtout les produits biologiques et les plantes médicinales dont leurs produits peuvent être phares à l’exportation».
L’ites appelle par ailleurs le gouvernement à s’engager sur la voie des réformes qui préparent la Tunisie à affronter sa nouvelle situation dans l’Aleca et les agriculteurs sur la voie d’une autre méthodologie de production, un autre environnement de commercialisation et de compétitivité. L’eau, étant le fond du problème, nécessite la mise en place d’un Programme spécifique pour rendre l’agriculture indépendante de la pluviométrie.

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