Les dernières élections présidentielles et législatives ont remis sur le tapis divers sujets traités auparavant et considérés classés. Certains candidats aux élections ont ressorti le problème de l’indépendance de la BCT et ont repris l’idée de suppression de cette indépendance à l’image de ce qui fut soulevé lors des élections précédentes.

A quel impératif doit correspondre cette indépendance de la BCT? Les défenseurs de cette idée ne nous apportent aucune réponse.

S’agit-il d’une nécessité économique ou financière ?

Depuis sa création en 1958, la BCT était indépendante des décisions du conseil des ministres. Elle bénéficiait du droit de veto sur les décisions, essentiellement du ministre du Plan et des Finances.

Elle avait entre autres prérogatives le contrôle de l’octroi des concours bancaires à l’économie, ce qui lui avait permis de refuser le financement de certaines coopératives. Le ministre des Finances n’avait aucun recours contre ses décisions. La doctrine était que l’indépendance de la BCT soit dictée par la nécessité de défendre la valeur monétaire du dinar, sa stabilité ne doit, par conséquent, obéir à aucune considération politique, alors que les décisions ministérielles se trouvent souvent basées sur des considérations électoralistes. Un bon nombre de pays adoptent cette démarche dans la définition du rôle de la Banque centrale.

Une BCT indépendante, pour stabiliser la valeur de la monnaie, va ipso facto s’engager dans la lutte contre l’inflation par la régulation du crédit à l’économie.

L’émission de la monnaie est le rôle principal de la BCT, cette monnaie est appelée à la banque «monnaie centrale». Elle refinance les crédits consentis par les banques.

Le financement de la trésorerie courante de l’Etat par la monnaie centrale est générateur d’inflation galopante, c’est ainsi que la BCT n’avait jamais pu ni voulu s’aventurer dans cet engrenage malgré l’insistance du ministère des Finances de l’époque. Par contre, la BCT avait adopté comme instrument de politique monétaire, le plancher d’effets publics, c’est-à-dire qu’elle faisait obligation aux banques de détenir l’équivalent de 30% de leurs dépôts en bons publics (bons d’équipements ou bons du trésor).

L’Etat détenait le 1/3 des dépôts bancaires. Cette technique avait fait ses preuves tout au long des années 1960 à 1987 et à éviter l’inflation issue du financement par la monnaie centrale.

Actuellement, une certaine presse nous fait état de 15 à 20 milliards de dinars de bons publics détenus par les banques.

Certains proposent à la BCT de racheter ces bons. Autrement dit, d’émettre 15 à 20 milliards de dinars par la monnaie centrale et prétendent qu’une telle émission n’engendre pas d’inflation. A entendre de tels propos, on perd son latin.

Avec une telle pratique, on aboutit à quelle valeur du dinar, actuellement, il est à son plus bas niveau ?

La BCT, dont la mission consiste à défendre la valeur du dinar, doit, d’après une telle proposition, agir à contresens. Parallèlement à ce rachat de bons publics, il est proposé de baisser le taux directeur de la BCT.

Il n’y a pas une meilleure façon de conduire le pays à la faillite

L’on se demande quelle peut être l’intention de ceux qui émettent de telles idées ?

Est-ce par ignorance? Ou est-ce par volonté de nuire, de pratiquer la politique du pire ? Dans ce dernier cas, quel peut être l’avantage pour le pays d’avoir une monnaie sans valeur et d’être isolé auprès des institutions financières internationales (Banque mondiale et FMI).

Par ailleurs, il y en a qui soulèvent un problème de souveraineté en affirmant l’existence d’un diktat des institutions internationales.

Ces institutions nous posent des conditions permettant le redressement de l’économie et garantissent, par conséquent, le remboursement des crédits qu’ils nous consentent.

Tout prêteur de fonds, y compris les banques privées tunisiennes, exige des emprunteurs certaines garanties de remboursement, voire  un plan de redressement de l’entreprise emprunteuse, pourquoi donc reprocher cette pratique aux institutions internationales ? Il n’y a donc point de diktat à reprocher au FMI ou à la Banque mondiale.

On ne peut reprocher aux autres ce que nous pratiquons avec nos propres entreprises sauf pour des motifs de propagande politique.

Mustapha CHOUIKHA
(Ancien cadre de la BCT)

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