21h00 pendant la semaine, 20h00 dans d’autres gouvernorats et pendant les week-ends… Le couvre-feu est réactivé afin de «mieux lutter contre la propagation du coronavirus» en Tunisie. La 2e vague a placé le pays  «Zone rouge» et le couvre-feu a même été rallongé pour deux autres semaines. Pour beaucoup de jeunes, le couvre-feu est synonyme de contraintes, de restrictions de liberté de circulation, pour d’autres, la débrouillardise est de mise et l’adaptation doit se faire…

Issam M. 23, ans, étudiant en lettres, quitte l’université plus tôt en empruntant au moins deux métros. Muni de sa bavette, et de son gel, debout près de la fenêtre, il s’arrange pour rebrousser chemin vers chez lui contournant ainsi les heures de pointe et les encombrements pré-couvre-feu. Avec son colocataire, ils préparent à manger, se font des parties de jeux vidéo, regardent un film, invitent deux ou trois autres proches, étudient si c’est nécessaire et dorment à une heure raisonnable. «Je trouve que c’est vraiment un bon rythme de vie. On peut tout faire finalement : valider sa journée au travail, et s’accorder du temps à soi et à son corps pour se reposer. Il y a moins de virées nocturnes, et c’est navrant… mais vivre ainsi une bonne période pour faire baisser les cas de Covid-19, je suis preneur», déclare-t-il, enthousiaste.

De nombreux étudiants vivent comme lui et s’adaptent à ce mode de vie clairement peu agréable mais gérable. L’important c’est de ne pas oublier ces gestes barrières et, bien sûr, de respecter le couvre-feu sous peine de se voir coller une amende ou se faire embêter par les autorités. Le règlement c’est le règlement, mais au final rien n’empêche les jeunes qui vivent seuls de poursuivre leur vie normalement chez eux.

Asma K., étudiante à l’école de la santé, ne sort pas comme ses colocataires, mais elles vivent toutes la belle vie chez elles : elles cuisinent, étudient, font le ménage, passent du temps ensemble, surfent sur internet et reçoivent des proches. Asma avoue passer du bon temps avec elles, parce qu’en temps normal, elles se voient très peu.

Pour d’autres, un jeune sous le couvre-feu dort forcément mieux : Tarek, 27 ans, s’offre un café, presque au quotidien en plein air, l’après-midi et rentre à 20h00, dîne et dort près de 10 heures, faute de s’occuper comme il faut à la maison. Le lendemain, il est forcément plus en forme.

Rentrer à une heure raisonnable fait les belles nuits des parents, qui voient forcément bien plus leurs enfants avec eux : ils sont davantage dans l’échange, dans la discussion. Il s’agit de ce même sentiment de retrouvailles ressenti pendant les 3 mois de confinement. Couvre-feu et confinement rapprochent, c’est indéniable.

La contrainte assurée 

Avoir un nid douillet, des parents et des proches sous le même toit, ce n’est pas donné à tout le monde. Certains vivent mal le couvre-feu et angoissent la nuit à force d’absorber toute la négativité liée à l’actualité du corona. L’insomnie devient récurrente et la somatisation gâche des quotidiens entiers. La santé mentale étant importante pour une meilleure lutte contre la pandémie, céder à  la mauvaise humeur et à l’anxiété peut affaiblir le système immunitaire et exposer de potentiels malades du corona, y compris les jeunes, à de dangereux cas d’infection.

Molka, 30 ans, somatise. Elle est hypocondriaque et souffre d’anxiété depuis le début de la pandémie. Son quotidien est déjà gâché : ce n’est pas le couvre-feu qui va l’affecter davantage. Vivant toute seule, elle avoue qu’être loin de sa famille lui pèse, mais pour des raisons professionnelles, impossible de faire autrement. Pour la jeune femme, les nuits paraissent longues, dénuées de compagnie mais elle dit que c’est mieux que de prendre le risque d’être en contact avec des personnes potentiellement porteuses et de nuire à mes parents déjà fragilisés.

Pour celles et ceux qui travaillent la nuit, la rentabilité est en baisse. Des jeunes qui travaillent en tant que serveurs dans des restaurants, des cafés ou ailleurs se doivent d’arrêter le service tôt pour pouvoir rentrer. Comme c’est un boulot en plus, et qu’ils sont étudiants les matins (pour la plupart) : alterner les deux reste très difficile et épuisant. Pour les amoureux des mondanités par contre, beaucoup s’offrent des dîners et des moments de convivialité jusqu’au petit matin chez eux, faute de circulation, et ce, pendant les week-ends surtout.

Globalement, la résignation prend le dessus pour mieux vivre le couvre-feu, même si c’est une solution peu convaincante pour beaucoup : empêcher les gens de circuler la nuit n’arrange rien tant qu’ils circulent deux fois le matin. Un confinement d’une semaine baisserait efficacement la contamination.

Le couvre-feu reste appliqué dans certains pays, notamment en France et en Irlande où il a été très mal pris par la population jeune de ces pays. Des citoyens bloqués et entassés chez eux la nuit jusqu’en décembre et pendant les vacances de fin d’année.    

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