Les dispositions du PLF 2021 visent quatre objectifs principaux. Il s’agit de la poursuite de la réforme fiscale et la modernisation de l’administration, l’encouragement de l’épargne et le soutien de l’investissement, le renforcement des ressources du budget et la lutte contre l’évasion fiscale et la rationalisation des transactions en cash. Pourtant, experts, économistes, investisseurs… ne cessent de critiquer ce projet qui, selon leurs avis, manque de  solutions réalistes. Tarak Cherif, président de la Confédération des entreprises citoyennes de Tunisie (Conect), estime que « les mesures qui ont été prises par le PLF ne démontrent pas une volonté politique pour sortir de l’étranglement que vivent les entreprises, bien au contraire…». Entretien. 

Certains jugent que la loi de finances 2021 va mener le pays à la faillite. Pour eux, le PLF poursuit des objectifs irréalisables, surtout dans ce contexte de crise sanitaire. Qu’en pensez-vous ?

 La situation des finances publiques ne cesse de s’aggraver. Le déficit budgétaire de l’Etat atteindra 8 milliards de dinars en 2021. De son côté, le taux de l’endettement, estimé à 92,69% du PIB, atteindra près de 112,3 milliards de dinars en 2021 contre 99,9 milliards de dinars prévu en 2020. Et le service de la dette continue de s’alourdir pour atteindre 15,7 milliards de dinars contre 11,8 milliards de dinars prévu en 2020. Depuis la Révolution, la dette sert à couvrir les dépenses budgétaires, la compensation et l’augmentation de la masse salariale au détriment de l’investissement. On ne peut plus continuer sur cette voie et nous n’avons pas la possibilité de dépenser encore des millions de dinars qu’on ne possède pas et qu’il faudra bien rembourser un jour.

Pouvez-vous nous faire une lecture de ce projet de loi ? Est-ce que le projet proposé  est en mesure de sortir le pays de la crise économique, sanitaire et sociale ? 

Selon le PLF, le budget, pour l’année 2021,  est de 52,6 milliards de dinars et ne cesse d’augmenter d’une année à l’autre. Les ressources propres de l’Etat totalisent 33 milliards de dinars, dont 29,7 milliards de dinars de recettes fiscales, 2,484 milliards de dinars de recettes non fiscales et 800 millions de dinars de dons.

Les dépenses budgétaires totalisent 41 milliards de dinars, dont 20 milliards de dinars de masse salariale (auxquels il faut ajouter les salaires des entreprises publiques) et moins de 4 milliards de dinars de dépenses pour l’investissement.

Le budget de 2021 est loin des réalités économiques et sociales et ne répond pas aux attentes et aux besoins des acteurs économiques. Ce qui nous inquiète énormément, c’est l’absence de vision claire et de volonté politique pour rationaliser ces interventions, rechercher un meilleur équilibre budgétaire et rationaliser les dépenses publiques.

Y a-t-il des mesures qui ont été prises pour soutenir l’entreprise, booster l’investissement et créer l’emploi ?

Dans des circonstances pareilles, et suite à une période de confinement et la pandémie du Covid-19, on attendait des mesures courageuses d’incitation à l’investissement, des facilités pour sauver les entreprises en difficulté, des décisions pour encourager l’exportation et des faveurs pour la création d’emplois.

Ainsi, les mesures, qui ont été prises par le PLF, ne démontrent pas une volonté politique pour sortir de cet étranglement, bien au contraire, on va augmenter la fiscalité des entreprises non résidentes.

Que proposez-vous pour que ce projet de loi soit plus adapté au contexte général actuel ?

A notre avis, si on est obligé de maîtriser les équilibres à travers une LF, ceci devra passer par la recherche de nouvelles sources qui existent, notamment dans l’informel, et la rationalisation des dépenses publiques. Etat obèse et dépensier qui engendrera une fiscalité confiscatoire au détriment de l’entreprise, qui est le noyau de la création de richesse et de la productivité.

Pour une loi de finances bien conçue, il faudrait choisir l’approche inclusive et participative en impliquant toutes les parties prenantes, à savoir les organisations professionnelles, syndicales, économiques et sociales. Il faut profiter de cette période pour faire les réformes nécessaires afin de rendre le pays attractif, les entreprises plus productives, comme, par exemple, l’élimination du monopole, les réformes de la logistique, du système éducatif et du secteur de la santé. Il faut également légiférer pour encourager l’industrie, le tourisme et l’agriculture, en exigeant, par exemple, un contrôle technique pour les produits importés. 

La situation de crise dans laquelle nous sommes doit être mise à profit pour expliquer au peuple que ces grandes réformes sont nécessaires, et même vitales pour le pays. Si l’on demeure dans la tétanie actuelle, les mêmes causes vont produire les mêmes effets. 

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