Ils sont partout. Devant une banque, dans un souk, dans le hall de l’aéroport, devant les ambassades, au fond d’une boutique de commerce, voire au coin d’une rue. Ils, ce sont nos trafiquants de devises qui continuent, mine de rien, de sévir, les bras longs et presque toutes voiles dehors !
Si le hasard, ou une tierce personne, vous permet d’en dénicher un, vous ne le regretterez pas, car vous êtes tombé sur l’oiseau rare, celui qui accède à votre demande, si exigeante soit-elle. C’est que le quidam, véritable banque ambulante, est fin prêt à échanger, au bas prix vos dinars, voire votre fortune, contre la monnaie étrangère que vous désirez. Le tout en deux temps, trois mouvements, loin des regards des badauds, et sans même vous dire merci à la fin de la transaction.
Car, pour lui et ses semblables, le temps c’est l’argent, c’est-à-dire empocher le pactole et disparaître illico presto comme un chat dans la nuit. Ni vu ni entendu ! Ce qui est encore plus bizarre, c’est que, dans quasiment 99,99% des cas, on ne signale guère la présence de faux billets, qu’il s’agisse de dollars, d’euros ou d’ores scandinaves. Un travail de pro, quoi.
Maintenant que le «client» est en possession de devises obtenues au marché noir, que va-t-il en faire ? Réponse : s’il est dans le business, il peut les faire fructifier, en campant, à son tour, le rôle de revendeur. S’il compte voyager, il n’a qu’à se débrouiller pour les cacher soigneusement dans ses valises avant de prendre l’avion. Et le tour est joué…

L’euro est roi
Par ailleurs, l’euro est désormais la devise la plus prisée, because la dégringolade historique du pauvre dinar face à cette monnaie.
Fortement convoité par l’acheteur, l’euro est pas devenu roi aux yeux des Tunisiens désireux de voyager en Europe, d’une façon générale, et en France, d’une façon particulière. Et il va sans dire que passer sa commande auprès d’un trafiquant revient beaucoup moins cher qu’une opération de change dans une agence bancaire.

Le oui, mais…
Et l’Etat dans tout cela ? Eh bien, ce n’est pas faute d’avoir essayé. En effet, l’on sait que de nombreux réseaux de trafic de devises ont été démantelés, que des barons ont été arrêtés et que des dizaines de millions de dinars (des centaines, selon certaines sources policières et douanières) de monnaies étrangères ont été saisies. La note est encore plus gaie, quand on se rappelle que les coups de filet réalisés aux dépens de ces filiales clandestines l’ont été non seulement dans les postes frontaliers (aériens, maritimes et terrestres), mais aussi et surtout le long du réseau routier du pays et sur la voie publique.
Bilan officieux : des dizaines de millions de dinars , en termes de saisies sont rentrées dare dare dans les caisses de l’Etat. Et, bien évidemment, c’est au moins ça de gagné pour une économie nationale fortement malmenée par ce trafic, avec, à la clé, un manque à gagner estimé, officiellement, à plus de 50% des recettes totales de la Trésorerie du pays. Reste à savoir si l’Etat est capable de mieux faire dans ce bras de fer abracadabrant. Oui, si la veille ne faiblit pas et redouble d’intensité et d’efficacité. Non, si les grands barons de ce trafic qu’on dit très puissants et bénéficiant, quelque part, de points d’appui solides, continuent de courir.

Mohsen ZRIBI

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