En attendant le prochain braquage, ou plutôt le prochain crime odieux, le débat continue autour de l’approche à même de freiner la hausse de la criminalité dans le pays sur fond de discussions parfois stériles, de solutions sécuritaires tronquées et surtout d’échange d’accusations entre certaines parties.

Encore un crime crapuleux qui a coûté la vie à un jeune âgé d’à peine 21 ans. Son acte de bravoure suite au braquage d’une femme enceinte à l’hôpital La Rabta à Tunis devrait alerter les autorités sur la nécessité de mettre un terme à un phénomène de plus en plus préoccupant. La jeune victime, ouvrier boulanger de son état, a tenté d’intercepter un voleur à la tire qui venait d’arracher le téléphone portable d’une femme mais le malfrat n’a pas hésité à riposter et lui porter un coup fatal  usant d’une arme blanche. En dépit des tentatives de secours, la victime succomba à l’hémorragie, laissant derrière lui une famille en deuil. Le braqueur était bien connu des services de police pour ses antécédents judiciaires. 

En attendant le prochain braquage, ou plutôt le prochain crime odieux, le débat continue autour de l’approche à même de freiner la hausse de la criminalité dans le pays sur fond de discussions parfois stériles, de solutions sécuritaires tronquées  et surtout d’échange d’accusations entre certaines parties. Les unités de police sont dans la plupart du temps injustement pointées du doigt à ce propos. Elles constituent le plus souvent le bouc émissaire idéal. Les chiffres en rapport avec la criminalité et notamment avec la violence ne cessent d’augmenter depuis une dizaine d’années. On ne parle plus que d’ensauvagement de la société, d’insécurité et d’impunité criminelle.

Du côté des syndicats de la police, les moyens dont disposent les unités et brigades d’intervention ne peuvent plus faire face à la montée d’une nouvelle génération de jeunes délinquants extrêmement violents qui ne reculent devant rien sous l’effet de produits psychotropes. Cela sans compter une législation qu’ils jugent «trop clémente» à l’égard des braqueurs et le renforcement, après la révolution, des mécanismes de la protection des droits des accusés,  compliquant ainsi la tâche aux policiers évoluant sur le terrain.

Toutefois, la lutte contre l’hydre de la criminalité est un tout indissociable, plaident certains hauts cadres sécuritaires. Le ministre de l’Intérieur, Taoufik Charfeddine, est de cet avis. Lors de son audition lundi 16 novembre par la Commission de la sécurité et de la défense de l’Assemblée des représentants du peuple, il a insisté aussi bien sur le rôle de la famille que de la société dans la lutte contre la criminalité. Une sensation de déjà vécu et de déjà entendu dans ce discours mais les solutions radicales tardent à suivre. 

Si les citoyens appellent à renforcer les rondes sécuritaires sur les places publiques et notamment tard le soir en vue de les sécuriser et décourager les braqueurs, il n’en est pas de même pour les représentants de la société civile  qui refusent  le retour aux «vieux réflexes» sécuritaires et redoutent les exactions policières d’avant la révolution. Il ne faut pas non plus bayer aux corneilles et laisser sévir les braqueurs. Le département de l’Intérieur ne devrait pas porter le chapeau, il incombe à d’autres parties de s’y impliquer totalement, dont les deux ministères des Affaires sociales et de l’Éducation. L’abandon précoce de l’école et l’exclusion sociale sont le plus souvent à l’origine de l’augmentation de la délinquance et la criminalité.

En matière de criminalité, la Tunisie est classée dixième à l’échelle arabe. Elle est 73e à l’échelle mondiale, selon une étude publiée par l’Institut des études stratégiques en 2018.

Charger plus d'articles
Charger plus par Samir DRIDI
Charger plus dans Actualités

Laisser un commentaire