Achraf nous a quittés. Discrètement, sur la pointe des pieds, s’éloignant peu à peu de la vie réelle, se fondant doucement dans nos souvenirs.

On la savait pourtant pas très loin, mais si peu là déjà que l’on préférait se souvenir. Se souvenir de cette grande dame, de cette drôle de dame, qui passait sans transition de la plus exquise urbanité à la plus tonitruante familiarité, de la conversation la plus courtoise aux éclats les plus hilarants.

Toujours avec le même humour décapant, l’audace pertinente, l’à- propos cinglant. Achraf fut la première à se lancer dans ce qui était encore à l’époque une aventure : l’édition de beaux livres.

Elle avait créé sa propre maison, le Dar Achraf, par devoir filial, pour éditer les mémoires de son père. Puis se prenant au jeu, elle entama une magnifique collection consacrée aux demeures de prestige des différentes cités.

Comme tout le monde l’aimait, tout le monde participa avec elle à cette épopée : les meilleurs photographes, les plus belles plumes de l’époque se firent partie prenante.

Les maisons les plus protégées lui ouvrirent leurs portes. Rien n’aurait pu ou voulu lui résister. Il y eut Hammamet, Carthage, Sidi bou Saïd, Jerba et la Médina. Elle avait travaillé sur un Alger, et rêvait d’un Mahdia.

Une amie éditrice d’une grande maison avait coutume de dire qu’avec ses cinq titres, Achraf Azzouz était plus connue qu’elle même avec son catalogue de cinquante ouvrages. Ce qui n’était pas uniquement une boutade.

Aujourd’hui, ses livres sont des collectors que les bibliophiles gardent précieusement, et que seuls quelques bouquinistes proposent encore.

Achraf, quant à elle, avait gardé le plus précieux : un cercle d’amis fidèles, la trace d’une trajectoire lumineuse, l’écho d’un rire, le reflet d’une belle âme

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