Enjeu majeur, le chômage des diplômés universitaires semble ne pas inquiéter outre mesure nos partis politiques qui ont d’autres priorités
L’emploi pour les jeunes, une des principales revendications de la révolution et slogan phare scandé lors des émeutes qui ont eu lieu en janvier 2011, demeure pourtant le parent pauvre de l’ensemble des préoccupations des partis politiques éminents durant ces huit dernières années. En effet, au bout de l’année qui a succédé la révolution, le taux de chômage a connu une augmentation exponentielle,  accusant un saut considérable d’environ 5% s’élevant ainsi à 18%.  Un chiffre qui n’est point surprenant compte tenu du nombre des entreprises étrangères qui, depuis, ont  quitté le pays. Mais également, vu la baisse drastique de l’activité touristique. Une chute tributaire à l’environnement sécuritaire très fragile qui a caractérisé la période suivant la révolution où la multiplicité des actes terroristes a engendré une altération de l’image de la Tunisie en tant que pays touristique.  Depuis 2013, le taux de chômage a stagné aux environs de 15%. Un taux toujours élevé qui, face au désœuvrement des gouvernements successifs, a provoqué  dans la durée un climat social tendu, en l’occurrence dans les rangs des jeunes. Pourtant, à l’approche de chaque rendez-vous électoral, les promesses chimériques des politiques abondent. Des slogans comme la création de centaines de milliers d’emplois sont hissés et scandés  lors des campagnes électorales. Rappelons-le, certains partis politiques se sont même engagés à « changer le modèle de développement économique de la Tunisie » !

La croissance économique : antidote du chômage 

Cependant, pour résorber le chômage, l’équation est aussi évidente : il faut qu’il y ait, tout simplement, de la croissance économique. En effet, selon la loi d’Okun qui établit une relation corolaire entre le chômage et la croissance du PIB, un seuil de croissance de 3% est exigé pour faire baisser significativement le chômage. Bien entendu, ce taux est approximatif  car il varie selon la démographie du pays ainsi que ses spécificités, étant donné qu’il dépend de deux facteurs, à savoir  l’évolution de la population active et de la productivité du travail. En considérant l’évolution de la croissance du PIB en Tunisie depuis la révolution, on constate que  c’est à partir du deuxième trimestre de l’année 2017 que le taux de croissance économique commence à dépasser les 2% mais qui peine toujours à franchir le seuil des 3%. En d’autres termes, cette hausse relative du taux de croissance a permis de stabiliser le chômage aux alentours de 15% sans pour autant arriver à le faire baisser significativement. Et l’on comprend, ainsi, les raisons de l’acharnement du gouvernement pour  une augmentation immédiate et à tout prix de la croissance du PIB, même dans le cas où elle serait tirée par une amélioration de l’activité touristique, surtout que le secteur des services se taille la part du lion du marché du travail avec 51,9% de l’ensemble des occupés. 

Le cercle vicieux du chômage des universitaires

Mais en Tunisie, le chômage des diplômés universitaires demeure l’enjeu majeur. S’établissant aux alentours de 30%, ce taux se décline sur le plan social en des phénomènes inquiétants. Les menaces d’enrôlement dans les groupuscules terroristes étant le scénario le plus dangereux.  En effet, en marge d’une réunion tenue récemment entre le ministère de l’Emploi et les diverses parties prenantes du domaine de l’emploi, notamment les partenaires sociaux, pour débattre de la stratégie nationale pour l’emploi qui sera annoncée le 30 juin prochain, Khalil Ghariani, membre du bureau exécutif de l’Utica, a mis l’accent sur l’inadéquation entre l’offre et la demande en termes d’emplois en tant que principale cause du  déséquilibre du marché du travail. A vrai dire, cette déclaration est un secret de Polichinelle. L’on a beau crier le dumping exercé par l’Université tunisienne qui date de plusieurs décennies et qui a engendré d’une part une baisse de la qualité de l’enseignement et par conséquent l’appauvrissement au niveau des compétences acquises — généralement déplorée par l’employeur — et d’autre part un flux continu de diplômés qui peinent à intégrer le marché du travail. Et la ministre de l’Emploi et de la Formation professionnelle d’affirmer que le taux d’intégration professionnelle des universitaires ne dépasse pas les 20%, contre 62% pour les apprentis.  C’est dire que le  chômage est un  problème structurel multidimensionnel. Et qu’il n’est point judicieux de s’aventurer à étaler d‘une manière irréfléchie, parfois inepte, des chiffres irréalisables juste pour drainer les électeurs. Ces électeurs qui n’ont plus d’ailleurs confiance en la rhétorique de la classe politique qui oublie et se souvient par ricochet les préoccupations de la population jeune. 

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