L’Instance vérité et dignité chargée de mener à bien la justice transitionnelle n’a vraisemblablement pas réussi la réconciliation qu’on attendait d’elle, entre toutes les franges de la société suite à la révolution du 14 janvier. Par contre, elle a tout fait pour attiser les conflits et animosités, transformant la réconciliation en de multiples procès qui renforcent la division du peuple.

Autre anomalie, la période sur laquelle elle devait exercer son rôle a outrepassé de beaucoup le règne de Ben Ali puisque l’Assemblée nationale constitutive l’a chargée officiellement d’enquêter sur les agissements du pouvoir depuis la date du retour triomphal du leader Habib Bourguiba à La Goulette, le premier juin 1955, soit plus de dix mois avant la proclamation de l’indépendance nationale, et 32 ans avant le renversement du président Bourguiba par Ben Ali sachant que 16 mois après la proclamation de l’indépendance, le Bey laissait place à la République.

On a donc ainsi octroyé à l’IVD et à sa présidente d’évaluer plus que deux régimes politiques, ce qui a permis d’intégrer l’assassinat du leader Salah Ben Youssef parmi les anomalies attribuées au régime du président déchu.

Hier, après avoir entendu le témoignage de Lotfi Ben Youssef, fils de Salah Ben Youssef, et les revendications des avocats de la défense, la chambre criminelle spécialisée dans les affaires de justice transitionnelle au sein du Tribunal de première instance de Tunis a décidé le report de l’examen de l’affaire de l’assassinat de Salah Ben Youssef à une date ultérieure.

Rappelons que Salah Ben Youssef était le second de Bourguiba au sein du parti Néo-Destour et qu’il avait refusé la stratégie des étapes aboutissant à l’autonomie interne que le président du Conseil de la République française Mendès-France avait, lors d’un discours solennel à Tunis même, promis d’octroyer. Ce désaccord avait mené la Tunisie vers un conflit interne entre les partisans des deux leaders jusqu’à l’exil volontaire de Ben Youssef en Allemagne. Puis, suite à la guerre de Bizerte, son assassinat dans la ville de Berne.

Les faits rapportent que le crime s’était produit suite à une rencontre de Ben Youssef avec un de ses amis proches dans un lieu public où il l’avait invité, et c’est là qu’il  a été abattu. L’enquête allemande s’arrête là. Et les suspicions de l’opinion publique tunisienne accusèrent souvent Béchir Zarg Laâyoun et Hassan Ben Abdelaziz El Ouerdani. Il se trouve que Bourguiba évoqua lors de ses conférences sur le «Mouvement national» aux étudiants de l’Ipsi à la faculté de Droit de Tunis, un ou deux noms qui resteront dans les esprits comme un «aveu».

Dans le procès de céans, les accusés sont : Habib Bourguiba, Béchir Zarg Laayoun ,Hassan Ben Abdelaziz El Ouerdani , Abdallah Ben Mabrouk El Ouerdani, Mohamed Ben Khlifa Mehrez et Hamida Binterbout.

Une autre hypothèse avait circulé en Allemagne et en Europe, celle d’un «feu vert» du Renseignement égyptien. Après la réconciliation spectaculaire entre Bourguiba et Abdennaser qui s’était déplacé et avait tenu un discours à Bizerte, Ben Youssef serait devenu un boulet au pied du leader panarabe qui lui promettait auparavent d’être son représentant dans la lutte pour l’indépendance dans l’ensemble du Maghreb arabe comme contrepoids au FLN algérien jaloux de son autonomie.

M’hamed JAIBI

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