L’agence de notation Fitch Ratings vient de réviser la perspective de la Tunisie de « stable »  à « négative », tout en maintenant sa notation souveraine à « B ». Notre pays, frappé de plein fouet par le Covid-19, peine à assurer sa relance économique. Cette crise risque de perdurer si des mesures urgentes ne sont pas prises et des réformes en profondeur entamées.


L’agence de notation Fitch Ratingss a tenu compte de plusieurs critères économiques et financiers avant d’émettre sa notation à la Tunisie, reflétant l’état de l’économie tunisienne qui est tombée au bas de l’échelle et qui a beaucoup de mal à se remettre débout.  Le déficit budgétaire a atteint un niveau inquiétant alors que les liquidités se font de plus en plus rares. La pandémie du Covid-19 a rendu la situation encore plus compliquée puisque de nouvelles dépenses sont sollicitées alors que les revenus sont restés au point mort. Les investissements étrangers n’ont pas suivi une courbe ascendante tandis que les exportations de certains produits sont en baisse.

L’Etat est tenu d’équiper les hôpitaux pris d’assaut par les personnes contaminées par le virus, de payer les salaires d’un effectif énorme de salariés et d’allouer une somme faramineuse à la caisse générale de compensation. A cela s’ajoute une enveloppe destinée à aider les entreprises à survivre à la crise et à préserver les postes d’emploi. Les responsables de l’économie tunisienne font de l’acrobatie pouvoir boucler le schéma de financement de la loi de finances complémentaire de 2020 et prévoir un autre financement pour l’année 2021.

Il n’est donc pas étonnant de voir cette agence de notation émettre des perspectives négatives pour l’économie tunisienne. Il faut trouver une solution urgente à la détérioration des finances publiques par l’application des réformes dans les plus brefs délais. Les réformes douloureuses et impopulaires ne peuvent pas être menées facilement car elles peuvent entraîner l’opposition syndicale et radicaliser les mouvements sociaux. L’agence impute un tel état de fait aussi à la pandémie du coronavirus.

Appliquer les réformes convenues

Pire, le déficit budgétaire se creusera pour atteindre 10,5% du PIB en 2020, contre 3,3% en 2019. Cela reflète une hausse des dépenses salariales en raison des augmentations de salaires accordées dans le cadre d’un accord avec les syndicats en 2019, ainsi que des dépenses plus élevées pour lutter contre la pandémie, face à une baisse des recettes budgétaires due à un ralentissement économique sans précédent. Les majorations salariales sont devenues rituelles chaque année. Pour acheter la paix sociale, le gouvernement n’hésite pas à débourser des sommes faramineuses. Mais cela n’empêche pas les citoyens de déclencher des grèves allant jusqu’à fermer la vanne du pétrole. « L’aggravation du déficit reflète également l’augmentation des dépenses visant à apurer les arriérés de l’Etat envers les fournisseurs privés et les entreprises publiques », lesquels arriérés s’élèvent à 8 milliards de dinars. Pourtant, certains fournisseurs disent avoir du mal à récupérer leur argent auprès de l’Etat et doivent attendre une longue période pour bénéficier de leur dû. Par ailleurs, l’agence de notation souligne que la conclusion d’un nouvel accord avec le FMI permettra de « soutenir la flexibilité du financement extérieur de la Tunisie », mais tout retard supplémentaire à ce niveau « pourrait compromettre le plan de financement du gouvernement pour 2021, qui repose sur un emprunt extérieur net de 8% du PIB, dont 3,5 milliards de dollars sont des émissions d’euro-obligations ».

Une relance qui se fait attendre

A noter que le FMI impose, en fonction de la situation économique et financière du pays, des conditions rigoureuses et parfois impopulaires dans l’espoir d’assurer la relance de l’économie. Il est l’un des principaux acteurs dans la réforme structurelle effectuée par la Tunisie en 1986. Ce bailleur de fonds est, par exemple, pour la vente des entreprises publiques opérant dans les secteurs concurrentiels. Il est favorable aussi à la suppression progressive de la compensation en ciblant les personnes nécessiteuses pour leur donner une subvention leur permettant de faire face à la cherté de la vie.

Et de rappeler que « la Banque centrale reste déterminée à préserver la stabilité des prix et la stabilité financière et a conditionné son soutien au gouvernement à une approbation parlementaire explicite et à des mécanismes de sauvegarde adéquats ». Il est nécessaire d’éviter, en premier lieu, l’augmentation vertigineuse de l’inflation et de recourir automatiquement à la planche à billets. Les ressources financières doivent venir du labeur, des richesses générées, des exportations et des investissements directs étrangers. Autrement, on risque de faire exploser l’inflation et de rendre la situation non maîtrisable.

Pour l’année 2021, « Fitch Ratings » prévoit un retour de la croissance à 4% et qui sera soutenue par la diversification de l’économie tunisienne, la forte production agricole, de riches ressources touristiques et la reprise de l’activité minière. Encore faut-il que les conditions climatiques soient favorables pour augmenter encore plus la production agricole. La reprise de l’activité touristique est conditionnée, dans une large mesure, par la diminution des cas de contamination par le Covid-19 ou son éradication qui n’est pas pour demain. Quant au secteur minier, l’espoir est de ne pas voir ces arrêts fréquents de la production.

Dans un autre chapitre, les prévisions de Fitch tablent sur une inflation moyenne de 5,6% en 2020-2021. En vue d’une éventuelle amélioration des perspectives, Fitch  Ratings recommande un assouplissement progressif des conditions de financement budgétaire à travers la réduction des besoins de financement, une stabilisation des perspectives de la dette extérieure ainsi qu’une reprise de la croissance à des niveaux positifs. La diminution des dépenses budgétaires ne peut se faire que par une meilleure gouvernance qui exclut les importations inutiles, et qui est capable d’alléger la masse salariale ainsi que le déficit budgétaire. Une détérioration des conditions de liquidité extérieure ou un affaiblissement du cadre politique résultant d’un financement monétaire important peut être à l’origine d’indicateurs négatifs. Et un large déficit budgétaire pourrait affecter négativement la stabilité macroéconomique et par conséquent, conduire à une dégradation de la notation souveraine.

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