Vivant dans des régions pauvres, manquant d’une infrastructure de base moderne et ne disposant pas d’un tissu industriel étendu, les jeunes ne pensent qu’à partir tenter leur chance sous d’autres cieux.

Les régions intérieures de la Tunisie souffrent, depuis des années, d’un déséquilibre évident dû à plusieurs facteurs. D’où la décision des gouvernements successifs d’appliquer «la discrimination positive», mesure qui tarde à venir. En effet, les régions intérieures du Nord, Centre et Sud-Ouest sont restées dans une situation misérable. Même les régions côtières, réputées riches en activités industrielles et hôtelières, sont en dégradation constante. Un travail colossal devrait être mené pour remettre les pendules à l’heure et mettre à niveau les régions qui manquent de tout, à savoir une infrastructure de base solide, des équipements collectifs modernes et des zones industrielles adaptées aux exigences des promoteurs et des investisseurs tunisiens et étrangers.

En fait, malgré les avantages financiers et fiscaux prévus par la loi sur l’investissement, fournis à tout investisseur qui crée son projet dans les zones dites de développement régional, rares sont les hommes d’affaires qui osent y lancer des projets, et ce, pour diverses raisons objectives. D’abord, dans ces zones de développement régional, la main-d’œuvre est rare, pour ne pas dire inexistante. De plus, les compétences habitant les grandes villes ne veulent pas s’éloigner trop de leur lieu de résidence pour habiter une délégation qui manque de tout et surtout de lieux de loisirs et de distraction.

Une situation déplorable

Le seul lieu où les habitants de ces régions lointaines peuvent s’amuser, c’est le café qui est occupé toute la journée par des chômeurs à la recherche d’une bonne opportunité d’emploi. Les régions de l’Ouest sont réputées, notamment, pour leur activité agricole. On constate plusieurs périmètres céréaliers, ainsi que des fermes plantées d’arbres fruitiers et de produits maraîchers.  La main-d’œuvre agricole est rare, notamment pendant la récolte, ce qui fait que les fruits restent une longue période dans les arbres avant d’être cueillis. Il suffit que la saison agricole soit mauvaise pour que les agriculteurs voient leurs revenus péricliter, ce qui les plonge dans la pauvreté et la misère.

Endettés ou surendettés, les agriculteurs ne savent pas à quel saint se vouer pour obtenir un crédit saisonnier et repartir du bon pied afin d’entamer une nouvelle saison agricole. L’exode rural et l’émigration vers d’autres pays constituent pour certains jeunes une solution pour fuir l’oisiveté. Ainsi, ces régions s’appauvrissement progressivement et leurs habitants, notamment parmi les jeunes, partent vivre sous d’autres cieux. Ils voyagent de façon clandestine, encourant des risques réels en empruntant la voie maritime. 

Le temps est venu, aujourd’hui, d’améliorer les conditions de vie dans ces régions, longtemps abandonnées. Récemment, on a annoncé l’appel à candidature pour le lancement du projet Irada qui devrait concerner tous les gouvernorats, du Nord au Sud. Ce projet, financé par l’Union européenne, vise à entamer le processus de la décentralisation réelle afin d’éviter la gestion centrale des affaires régionales. En effet, les habitants, qui sont des particuliers et des investisseurs, par le biais de la société civile et des organisations professionnelles, sont appelés à concevoir les projets dont ils ont besoin, en suivant leur exécution et leur mise en fonction.

Des pôles de développement

Un budget sera alloué  par le gouvernement à ces conseils régionaux pour qu’ils puissent mener à bien leur mission conformément à la nouvelle orientation qui accorde à la région la place de choix aux niveaux économique, social et culturel. Ainsi, les régions oubliées pourraient être, au bout d’un certain temps, de vrais pôles de développement où se trouvent des entreprises de petite et moyenne taille ainsi que de grandes entreprises capables de générer de nouvelles richesses et de mettre à niveau ces régions tout en améliorant les conditions de vie des habitants.

Plusieurs études ont mis en exergue la situation sociale déplorable dans les régions intérieures de la Tunisie. Les conditions défavorables des études poussent les enfants, obligés de parcourir des kilomètres dans un climat rigoureux pour parvenir à leurs établissements, à abandonner l’école. De plus, ils n’ont pas assez de moyens financiers pour s’offrir des vêtements respectables ni pour acheter les livres et les fournitures scolaires. Leurs parents les obligent à travailler la terre en vue d’améliorer leurs revenus. A noter que cette situation concerne aussi bien les garçons que les filles en bas âge. Certains établissements scolaires, comme c’est le cas à Kairouan, ne disposent même pas d’eau potable.

S’agissant des travailleuses agricoles, leur situation n’est pas plus confortable. Elles se réveillent à l’aube pour aller travailler la terre, en contrepartie d’une somme modique. A défaut d’un transport adéquat et confortable, elles sont transportées dans une camionnette comme de vulgaires produits agricoles risquant, ainsi, leur vie. D’ailleurs, on a enregistré, plus d’une fois, des accidents qui ont coûté la vie à ces pauvres malheureuses. C’est dire que les  conditions de vie et de subsistance dans ces régions sont loin d’être décentes. Le projet Irada pourrait changer la donne en améliorant progressivement les conditions de vie et de travail.

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