Au lendemain de l’Indépendance, l’Etat a instauré la Caisse Générale de Compensation pour venir en aide aux familles démunies qui étaient nombreuses en Tunisie et, particulièrement, dans les régions intérieures. Cette compensation concerne essentiellement les produits alimentaires de base, comme la semoule, le pain, les pâtes, l’huile végétale et le sucre. Une partie du coût des hydrocarbures était également supportée par l’Etat. Au fil des années, les Tunisiens, riches et pauvres, se sont habitués à cette compensation et ne peuvent, sous aucun prétexte, accepter que le prix de la baguette soit vendu à son prix réel, autour de 600 millimes au lieu de 190 millimes.

Pourtant, la Banque mondiale, dont la Tunisie est un fidèle client, recommande de pratiquer la réalité des prix, en donnant aux personnes à revenu limité une subvention leur permettant de supporter le prix du pain au prix réel. Plusieurs Tunisiens n’acceptent pas une telle proposition, d’autant plus que le registre de la pauvreté ne couvre pas toutes les personnes à revenu limité dans le pays. Il y aurait certainement des familles qui ne seraient pas inscrites dans ledit registre et devraient, par conséquent, supporter la cherté de la vie sans bénéficier de la fameuse subvention.

C’est vrai que le volume des dépenses de la Caisse Générale de Compensation ne cesse d’augmenter d’une année à l’autre, atteignant une somme faramineuse. En tout cas, l’Etat a engagé une réflexion en vue de rationaliser les dépenses de cette caisse qui a accompli une mission délicate depuis des années et continue à la faire pour soutenir les familles nécessiteuses et à revenu limité. Il s’est avéré que même certains professionnels dans le secteur de la restauration utilisent des produits subventionnés pour préparer leurs plats, comme l’huile végétale en bouteille, le pain, la semoule et le sucre.

Ces plats sont vendus à des prix exorbitants. Les agents de contrôle économique ont constaté avec amertume que l’huile végétale est absente de plusieurs points de vente, mais disponible dans les restaurants et les vendeurs de beignets. Pourtant, cette huile importée et compensée est destinée exclusivement aux ménages. Certains produits compensés sont également exportés illégalement par la contrebande vers certains marchés voisins. Avant de penser à pratiquer la réalité des prix, il est nécessaire d’assainir les circuits de distribution et de rappeler à l’ordre toute personne qui veut s’enrichir sur le dos du contribuable. En fait, les sommes allouées à la CGC proviennent en grande partie des impôts prélevés sur les entreprises et les citoyens. La Tunisie compte, aujourd’hui, de nouveaux pauvres compte tenu de la dégradation de la situation financière de plusieurs citoyens qui appartenaient, quelques années plus tôt, à la classe moyenne. Ces nouveaux pauvres ont besoin encore de la compensation, mais ne sont pas encore inscrits dans le registre de la pauvreté. Ils représentent des milliers de travailleurs percevant un salaire modique par rapport aux prix affichés dans le marché. Il faut prendre en compte cette catégorie avant de passer à l’action.

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