Lors de la discussion hier du budget de l’Etat et de la loi de finances pour l’exercice 2021, en présence du Chef du gouvernement, plusieurs députés ont mis l’accent sur l’importance du dialogue pour trouver une approche participative à même de sortir le pays de la crise économique et sociale. Amnésiques ou schizophrènes ? Ces députés qui appellent au dialogue ont-ils oublié que la crise provient justement de l’hémicycle du Bardo, qui, pendant dix ans, a pris l’allure d’un grand chapiteau, voire d’une arène de gladiateurs où les factions politiques ont croisé le fer ? Que c’est sous ce chapiteau qu’on fabrique les fake news et qu’on arrose le peuple de vraies-fausses nouvelles qui alimentent les crises ?     

Oui, l’Assemblée des représentants du peuple prend souvent l’allure d’une foire d’empoigne où tout est permis. Il y est permis de monter des procès avec des « traîtres » sur le banc des accusés et des « héros » à décorer.

Dix années de clavaire, avec des récits rocambolesques, mettant les nerfs des Tunisiens à vif et affectant le moral des troupes militaires et sécuritaires qui se battent sur tous les fronts pour préserver la sécurité nationale à un moment où le pays était en butte à des attentats terroristes et à des rumeurs colportées sur des personnes honnêtes. Nos élus chargés de veiller sur les affaires économiques et politiques, au lieu de s’unir et de faire bloc commun à un moment où le pays était pris dans le tourbillon d’une crise qui a emporté dans son sillage stabilité, tourisme et investissements,  n’ont pas tardé à se tirer dans les pattes, chaque fois que l’occasion se présentait, laissant dans la débâcle des forces loin d’être compactes et alimentant davantage les divisions.

A entendre leurs formules assassines et leurs accusations virulentes, criant au loup sans voir sa queue, on ne peut que penser qu’ils n’étaient que des acteurs effectifs dans la manœuvre de déstabilisation de l’Etat et du pays. Car, quand on tire à boulets rouges sur les ministres, l’administration, les investisseurs, qu’on prend en otage des hommes d’Etat, et qu’on met en doute la loyauté des proches collaborateurs du Président, on ne peut que baliser la voie au chaos et aux troubles. C’est d’ailleurs pour cela que les protestataires échappent à tout contrôle. Ils ne font plus confiance aux autorités locales, aux députés, aux hommes politiques et aux syndicalistes. Ils ne comptent que sur eux-mêmes et leur boussole demeure le Chef de l’Etat malgré ses pouvoirs constitutionnels limités. Car pour eux, il incarne la seule lueur d’espoir dans la grisaille ambiante. Alors ce dialogue, il faudrait d’abord l’instaurer entre les députés. Car charité bien ordonnée commence par soi-même.

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