Le 1er décembre 2020 était une journée de colère pour les médecins généralistes, unis toutes et tous devant le ministère de la Santé pour protester contre le décret gouvernemental N°2019-341 du 10 avril 2019 fixant le cadre général du régime des études et les conditions d’obtention des diplômes en études médicales. Venues des quatre coins du pays, les blouses blanches sont déterminées à se faire entendre. Sur place, le désarroi gronde …

«Ce décret signe l’arrêt de mort de la médecine en Tunisie !» «Dignité et justice» et autres slogans saisissants ont été scandés à Bab Saâdoun, en face du ministère de la Santé. Les médecins rassemblés en masse sont au rendez-vous, solidaires, afin d’exprimer leur détresse face à un décret qui les dévalorise : une loi qui oblige les médecins généralistes à reprendre un cursus universitaire et des études d’équivalence, pour être considérés comme faisant partie de la médecine de famille.

La revendication primaire, scandée sur place, reste la suppression totale de ce décret gouvernemental «de la discorde et de l’humiliation suprême» qui prévoit une nouvelle spécialité, condamnant les médecins généralistes en activité aujourd’hui à reprendre les études. Autrement dit, les diplômes obtenus et les cursus validés jusque-là n’ont plus aucune valeur. Les protestations pacifiques, jusqu’à ce jour, durent depuis plus d’un an, «mais la patience a ses limites», comme l’a crié une femme-médecin, offusquée par le silence des autorités, tout comme ses collègues, présents en masse à ses côtés. Les médecins généralistes de la fonction publique s’insurgent face à des autorités qui font la sourde oreille.

Dr Rima Benzarti, membre du bureau exécutif du Syndicat des médecins généralistes de la fonction publique et coordinatrice principale du mouvement des médecins organisé dans toute la République, déclare, outrée, à «La Presse» : «On est en colère, oui ! La Tunisie, au lieu d’être reconnaissante envers les médecins qui se sacrifient sans arrêt pour leur fonction contre des salaires de misère et travaillant dans des conditions difficiles leur tourne le dos. On a été rabaissés en nous enlevant nos diplômes. Ce décret a dévalorisé le médecin. On est devenu sans statut. Notre intégrité et notre indépendance en tant que médecins pratiquants nous ont été retirées». Sur place, on dénonce  «esclavagisme institutionnalisé». Le généraliste doit, en effet, refaire son cursus pour exercer ce qu’il a toujours fait. Les étudiants sont épargnés et leur situation est en règle. Les médecins sont mis de côté.

Trois appellations différentes — et qui mènent à la confusion — désignent le même emploi. Le même titre. Un médecin spécialiste en médecine de famille et un médecin généraliste n’ont pas à être dissociés, selon les protestataires interrogés. Un alignement est donc de mise et un éclaircissement urge, car un statut aussi flou est une insulte à la santé en Tunisie, déjà en déclin, et ne fera qu’encourager les médecins à partir ailleurs.

Une plainte à l’OMS sera déposée selon les syndicalistes présents sur place et une autre sera déposée au tribunal de défense des droits humains à La Haye. Ce droit revendiqué est universel. Ce décret est une violation des droits des travailleurs.

Dr Amor Youssef, médecin généraliste protestant contre le décret 341 qui selon lui divise les médecins d’une manière injuste en médecins généralistes, médecins habilités à pratiquer la médecine de famille et les spécialistes en médecine de famille déjà en fonction depuis des décennies. Ce décret est une honte : «Il oblige les médecins en fin de carrière à reprendre leurs études à la faculté pour exercer légalement. Je travaille depuis plus de 30 ans, et voir une aberration pareille ne peut que m’outrer. Nos médecins sont très sollicités à l’étranger et reconnus partout dans le monde, le pays fait tout pour les faire fuir», conclut ce docteur.

Comme annoncé dans un communiqué adressé au gouvernement par l’Umgsp (Union des médecins généralistes de la santé publique), le 1er décembre 2020 marque le début de cette grève annoncée sur 4 jours, jusqu’au 4 décembre 2020. La foule risquerait de s’agrandir. Les véhicules chargés de médecins venus de toutes parts s’entassent au fur et à mesure. La solidarité se fait sentir. La grève générale touchera donc les services internes, les consultations externes, ainsi que les services Covid-19, mis en place. Les blouses blanches dans un contexte de pandémie ne repartiront qu’après obtention de gain de cause.

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